La vétérinaire Nadia Fortin a trouvé une tique sur son chat Salem, que l’on voit dans les bras de sa fille Abygaelle, sur cette photo.
La vétérinaire Nadia Fortin a trouvé une tique sur son chat Salem, que l’on voit dans les bras de sa fille Abygaelle, sur cette photo.

Des tiques porteuses de la maladie de Lyme découvertes à Saint-Félicien

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Une tique porteuse de la bactérie causant la maladie de Lyme a récemment été découverte à Saint-Félicien. Selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), cette tique aurait été transportée par les oiseaux migrateurs, qui, ce faisant, créent un risque possible de contracter la maladie de Lyme partout en province.

Il y a quelques semaines, Nadia Tremblay, une vétérinaire de gros animaux de Saint-Félicien, a trouvé une tique en flattant son chat. « La tique était restée accrochée au poil de mon chat, qui passe beaucoup de temps dehors, mais elle était morte », raconte-t-elle.

Consciente du risque d’infection pour la maladie de Lyme, elle a envoyé la tique au laboratoire de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, qui se trouve à Saint-Hyacinthe, pour la faire analyser.

À peine 48 heures plus tard, elle recevait le résultat positif de la présence de la bactérie Borrelia burgdorferi, qui cause la maladie de Lyme, dans la tique.

Les résultats en main, elle a publié la nouvelle sur son compte Facebook, une publication qui a été partagée plus de 160 fois. « J’ai voulu le dire publiquement, car plusieurs personnes pensent que la maladie de Lyme est juste à Montréal », explique la vétérinaire.

Ne pas s’inquièter, pour le moment

Selon Marion Ripoche, conseillère scientifique à la surveillance, évaluation de risque et contrôle des maladies infectieuses à l’INSPQ, les tiques sont parfois présentes, mais elles ne sont pas encore installées durablement dans la région. « Ce serait probablement des tiques apportées par les oiseaux migrateurs en provenance de zones endémiques plus au sud du Québec », explique-t-elle.

La détection d’une tique infectée ne signifie pas que le risque est plus élevé, ajoute-t-elle, mais qu’il faut rester vigilants en appliquant les mesures de prévention personnelle. Par exemple, elle recommande le port de vêtement long, l’inspection au retour de zones à risque et le retrait rapide de toute tique détectée, car la transmission de la bactérie nécessite que la tique reste accrochée au moins 24 heures sur la personne.

Les données de surveillance de l’INSPQ indiquent que la tique Ixodes scapularis, responsable de la transmission de la maladie de Lyme, n’est pas endémique dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean... pour le moment. « La situation pourrait être amenée à changer dans les prochaines années, notamment en lien avec les changements climatiques, lesquels pourraient favoriser l’installation durable des tiques », ajoute Marion Ripoche.

Le risque de contracter la maladie de Lyme existe donc dans la région, mais il est plutôt faible. Seulement deux cas ont été rapportés au Saguenay–Lac-Saint-Jean, en 2014 et en 2017, respectivement. Dans la région, Saguenay est le seul endroit ayant un risque présent sur la carte de risque de l’INSPQ.

Changements climatiques

La biologiste et chercheuse spécialisée sur les changements climatiques à l’Université McGill Virginie Millien soutient également que la tique à pattes noires est une espèce opportuniste qui aime bien s’accrocher aux oiseaux migrateurs pour voyager des États-Unis jusqu’à nos latitudes. Une fois au Québec, elle s’agrippe souvent à la souris à pattes blanches, un hôte qui propage très bien la maladie de Lyme, ainsi qu’au cerf de Virginie. Cette dernière souligne que l’hiver limite la survie de la tique, mais avec les changements climatiques, sa zone de répartition endémique s’étend d’environ 10 kilomètres par an vers le nord.

Pour le moment, la tique est endémique dans plusieurs régions du sud du Québec, mais pas au Saguenay–Lac-Saint-Jean. C’est dans les Cantons-de-l’Est et en Montérégie que l’on retrouve la majorité des cas de maladie de Lyme, soit 82 % des cas déclarés en 2018.