Le directeur général de la Maison d’accueil pour sans-abri de Chicoutimi, Michel Saint-Gelais.

Des services sociaux déficients

Depuis la création du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS), des organismes communautaires estiment qu’il est aujourd’hui plus difficile d’avoir accès à des services sociaux. C’est le cas de la direction de la Maison d’accueil pour sans-abri de Chicoutimi, qui dénonce que le système de santé se renvoie trop souvent la balle en ce qui concerne les cas de santé mentale et de toxicomanie.

Le directeur général de la Maison d’accueil, Michel Saint-Gelais, était de passage devant les membres du Cercle de presse du Saguenay, mercredi matin, afin de discuter de l’itinérance. Il était accompagné de la coordonnatrice du Service de travail de rue de Chicoutimi, Janick Meunier.

« Depuis la centralisation, c’est terriblement difficile d’avoir accès à des services sociaux. Par exemple, si je me présente avec un homme souffrant de problèmes de santé mentale et de toxicomanie, le psychiatre va nous dire de régler le problème de toxicomanie en premier. Si on se déplace dans un centre de dépendance, on va nous dire que l’individu doit être médicamenté préalablement. C’est très lourd et compliqué », estime Michel Saint-Gelais.

De plus en plus, des hommes âgés de 65 ans et plus et souffrant parfois de démence, se présentent à la maison. « Nous nous présentons avec eux à l’hôpital, mais nous n’avons pas de suivi », ajoute-t-il.

« Il y a une réelle surcharge de dossiers et des délais très longs. C’est normal, mais lorsqu’on est avec une personne qui a la volonté de se soigner pour des problèmes de dépendance, un trois mois d’attente pour une première rencontre, ça peut jouer pour beaucoup sur le volontariat », note de son côté Janick Meunier.

« Ça se renvoie la balle d’un côté comme de l’autre et ça ne semble pas aller en s’améliorant », ajoute Michel Saint-Gelais.

La coordonnatrice du Service de travail de rue de Chicoutimi, Janick Meunier.

Cannabis

De passage au Cercle de presse pour parler de l’itinérance et de la Nuit des sans-abri qui aura lieu vendredi au centre-ville de Chicoutimi, les intervenants ont affirmé ne pas mourir d’inquiétude, lorsque questionnés au sujet de la légalisation du cannabis.

« On en a parlé avec les gars (la Maison d’accueil ne s’adresse qu’aux hommes). Ils sont bien au courant que le pot, ça va être traité comme l’alcool. Donc c’est tolérance zéro à la maison. Mais bien honnêtement, je ne crois pas qu’on verra une grande différence. Les problématiques de dépendance ne sont pas liées au cannabis actuellement, mais plutôt à la boisson et à d’autres substances. On verra bien, mais ce qu’on veut surtout que les gens comprennent, c’est que légalisation ne veut pas dire banalisation et recommandation », a indiqué le directeur.

Manque de main-d’oeuvre

Présentement, seulement quelques chambres sont libres à la Maison d’accueil. « L’hiver sera difficile, redoute Michel Saint-Gelais. Nous sommes aussi aux prises avec le manque de main-d’œuvre. Il est difficile de combler les postes. Présentement, nous n’avons pas de gardien de nuit, ce qui nous force à toujours être présents », explique-t-il.

Michel Saint-Gelais rappelle que l’itinérance peut toucher tout le monde. « On ne le dira jamais assez. Un homme qui avait un bon emploi dans les mines, par exemple, avec un gros train de vie, et qui se retrouve sur le chômage puis sur l’aide sociale et qui perd tout, ça se voit. Un autre qui a des douleurs chroniques et qui doit prendre de la morphine, mais qui en prend un peu trop et dont le médecin lui coupe ses prescriptions, ça se voit aussi », raconte Michel Saint-Gelais, ajoutant qu’il reste un travail colossal à faire pour briser les préjugés tenaces face à l’itinérance et à la pauvreté.