Des parents d’enfants autistes réclament des méthodes d’attribution des postes différentes pour les enseignants en adaptation scolaire afin de mieux correspondre aux besoins de leurs enfants.

Des parents d’enfants autistes inquiets

Des parents d’enfants autistes qui fréquentent des classes adaptées de l’École secondaire Kénogami dénoncent le mode d’attribution des postes au sein de la Commission scolaire (CS) De La Jonquière, lequel, estiment-ils, cause préjudice à leurs enfants en les privant de la stabilité dont ils ont besoin. Inquiets, ils lancent un cri du coeur afin de sensibiliser les différents intervenants aux impacts de cette façon de faire sur leur famille.

Chaque année, les enfants sont susceptibles de changer d’enseignant en raison d’une entente entre le Syndicat des enseignants et la Commission scolaire De La Jonquière qui leur permet de postuler pour tous les postes, peu importe si la personne qui l’occupe souhaite le conserver. Quant à elle, la convention collective ne permet pas de tenir compte de l’expérience et de la formation avec la clientèle présentant un TSA (trouble du spectre de l’autisme) lors de l’attribution des postes.

Ainsi, les élèves des classes d’adaptation scolaire, dont plusieurs se désorganisent lorsqu’ils font face à des changements, doivent composer avec l’arrivée d’un nouvel enseignant qu’ils ne connaissent pas et qui, affirment les parents, ne possède parfois pas d’expérience avec les enfants autistes. Une situation qu’ils jugent inacceptable.

«Un professeur qui ne possède aucune formation ni expérience valable en autisme peut décider de prendre le poste d’un excellent enseignant dans une classe d’adaptation scolaire qui désire pourtant le conserver pour l’année suivante et qui possède de l’expérience et des connaissances, affirme Mélanie Minier, maman d’une fillette de 11 ans autiste de bas niveau, c’est-à-dire très sévère. Inutile de vous mentionner que nous, parents, vivons un grand stress à chaque rentrée scolaire, lequel s’ajoute déjà à celui que nous vivons au quotidien. [...] Jamais dans notre vie privée, nous ne laissons nos enfants aux soins de personnes n’ayant aucune connaissance ni compétences en autisme.»

Mesures d’exception

Des parents ont choisi de dénoncer la situation dans une lettre où ils expliquent les conséquences de telles façons de faire. Ils souhaitent que les règles soient appliquées autrement pour les classes d’adaptation scolaire destinées aux enfants autistes et/ou handicapés.

«Dans ces classes-là, ça prend des mesures d’exception. Cette situation contrevient au droit qu’ont nos enfants de recevoir des services spécialisés, comme tout enfant handicapé au Québec, adaptés à leur condition particulière pour qu’ils puissent s’épanouir», affirment les parents dans la lettre qui a été envoyée conjointement au président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, au ministre de l’Éducation, ainsi qu’à la Protectrice du citoyen. La présidente de la Commission scolaire De La Jonquière, le Syndicat des enseignants, la responsable de l’adaptation scolaire, le directeur des communications, la protectrice de l’élève et la directrice de l’École secondaire Kénogami, ainsi que le député Sylvain Gaudreault, ont également reçu copie de la lettre.

Tout à recommencer

Loyce Bélanger est maman d’un garçon de 11 ans autiste de bas niveau et non verbal. L’an dernier, après des mois de travail, le garçon s’est adapté à son enseignante et a terminé l’année en situation de réussite. En début d’année, le changement d’enseignante l’a replongé dans une situation d’échec. «Il faut le ‘‘réapprivoiser’’. Ç’a des conséquences à l’école, mais aussi à la maison, sur la famille. Tous les anciens comportements qui ont été corrigés reviennent», témoigne-t-elle.

Dans leur lettre, les parents rappellent qu’un enfant autiste a besoin de constance et de stabilité, notamment de personnes connues en qui il a confiance et qui connaissent ses besoins et ses modes de communications, les situations qui l’amènent à se désorganiser, les façons de prévenir les crises ou de les désamorcer, ainsi que les façons de lui enseigner pour qu’il acquière de nouvelles compétences.

«Il faut que j’envoie ma fille à l’école avec un professeur qui ne connaît pas l’autisme. Ça peut prendre des mois pour se familiariser. Pendant ce temps, l’enfant n’évolue pas. Ces professeurs peuvent devenir bons, mais ça prend du temps. Là, la Commission scolaire les forme pendant l’année scolaire, donc ils s’absentent et doivent être remplacés, ce qui demande encore une très grande adaptation», déplore Mélanie Minier.

Les parents implorent le syndicat de changer les règles. Ils demandent que les enseignants choisis soient formés «de façon sérieuse» par des gens spécialisés et que ceux en poste soient évalués avant qu’un autre puisse «prendre» leur poste. «Nous sommes inquiets. On ne cible personne. On n’en veut à personne. On veut que ça se règle», concluent les mamans.

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PAS DE STABILITÉ, AFFIRME LE SYNDICAT

Impossible d’assurer la stabilité des enseignants quand on ne peut pas assurer la stabilité des postes. Voilà ce qu’affirme Nicole Émond, présidente du Syndicat de l’enseignement De La Jonquière (CSQ), qui explique que tous les postes de la Commission scolaire doivent être attribués chaque année en fonction de la clientèle. 

Tous les 30 juin, les enseignants de la CS De La Jonquière se retrouvent sans poste. Rien ne garantit à un enseignant qu’il pourra conserver sa classe ni même demeurer dans l’école où il se trouve. 

La situation prévaut au primaire, au secondaire, à la formation professionnelle et pour les classes d’adaptation. 

«Les postes n’appartiennent à personne. Tout le monde choisit à nouveau son poste en fonction de l’affichage. Il y a un nouvel affichage chaque année», affirme-t-elle, soulignant que les besoins changent en fonction du nombre d’élèves et de leurs besoins. 

«Certaines années, il y a une, deux, ou trois classes d’adaptation. L’affichage peut changer. Parfois, on forme aussi des classes de degrés multiples. Des classes ferment. Que fait-on avec un professeur qui perd sa job? On ne peut pas juste parler de stabilité des enseignants si on ne parle pas de stabilité dans l’affichage. Mais ça, c’est la clientèle qui le détermine. Souvent, les enseignants voudraient rester dans leur classe et dans leur école, mais leur classe n’existe plus ou le poste change.» 

La présidente confirme que l’ouverture annuelle de tous les postes est issue d’une entente patronale-syndicale en vigueur depuis de nombreuses années. «Ce n’est pas une règle syndicale, c’est une entente locale négociée entre les syndiqués et les patrons.»

Elle affirme que les postes sont stables à environ 70% et qu’environ 30% des postes changent chaque année. «Si on compare à l’ensemble des commissions scolaires, c’est pas mal similaire.»

Nicole Émond assure que les enseignants qui composent avec des clientèles particulières reçoivent des formations. «La Commission scolaire offre de la formation pour toutes les situations et les enseignants y participent.»

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UNE CLAUSE DE TROIS ANS À LA CSRS

Les règles d’attribution des postes pour les classes en adaptation scolaire sont bien différentes à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay (CSRS), où une certaine stabilité est assurée pour les élèves vivant avec un trouble du spectre de l’autisme. 

À la CSRS, contrairement à la Commission scolaire De La Jonquière, les enseignants peuvent postuler seulement pour un poste qui se libère. Les postes ne sont pas ouverts automatiquement. 

Une clause assure également plus de stabilité aux élèves qui composent avec un TSA ou un problème de santé mentale. 

«Deux catégories d’élèves ont une certaine protection. Les enseignants des classes d’élèves avec des problématiques en santé mentale ainsi que ceux avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA) sont protégés pour trois ans», affirme Julie Boucher, représentante des enseignants du secteur de l’adaptation scolaire du Syndicat de l’enseignement du Saguenay. «Quand un enseignant arrive en adaptation scolaire, il doit y rester trois ans. Sa place est protégée pour deux raisons. D’abord, pour assurer une stabilité aux élèves, puis ensuite, parce qu’il y a beaucoup de perfectionnement qui se fait avec ses enseignants. Même une personne qui possède plus d’ancienneté ne peut venir prendre la place d’un enseignant en adaptation scolaire qui n’a pas terminé ses trois années.»

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L'EXPÉRIENCE ET LA FORMATION NE COMPTENT PAS

La Commission scolaire De La Jonquière assure que les enseignants responsables des classes en adaptation scolaire sont formés pour y enseigner. L’expérience avec une clientèle particulière, notamment les enfants avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA), ne peut toutefois être prise en compte lors de l’attribution de postes. 

« Les professeurs en adaptation scolaire ont étudié pour être enseignants en adaptation scolaire. Ils sont formés, sauf situation exceptionnelle », assure Dominic Arseneau, porte-parole de la CS De La Jonquière, qui compte plus d’une vingtaine de classes en adaptation scolaire de différents types. 

« La convention collective fait toutefois en sorte qu’on ne peut pas tenir compte de l’expérience avec des enfants TSA ou de la formation des enseignants pour l’octroi de postes. Les enseignants sont libres de postuler où ils veulent. Ceux qui travaillent avec cette clientèle reçoivent toutefois une formation en début d’année », affirme-t-il.