La coordonnatrice du MEPACQ du Saguenay-Lac-Saint-Jean-Chibougamau-Chapais, Caroline Jean, affirme que les organismes communautaires sont déçus de l'attitude de leur ministre responsable, François Blais, qui ne semble pas reconnaître la valeur de leur action.

Des organismes à bout de souffle

Sans aller jusqu'à demander officiellement la tête du ministre, le Mouvement d'éducation populaire en action communautaire du Québec (MEPACQ) ne versera pas une larme si le premier ministre Philippe Couillard offre un nouveau défi à François Blais, lors de son remaniement ministériel après les Fêtes.
Car selon sa coordonnatrice, Caroline Jean, jamais un ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale n'a affiché une telle incompréhension, voire du mépris, envers la cause qu'elle défend.
«Nous avons la réputation de n'être que des chialeux. Et ce n'est pas auprès du ministre que nous pouvons aller chercher une reconnaissance de notre travail. Pour lui, les seuls vrais droits sont les droits civiques. La justice sociale que nous réclamons n'est que de l'idéologie et il se demande pourquoi il devrait financer de tels groupes qui ne font que contester le gouvernement», a lancé Mme Jean mercredi matin, devant les membres du Cercle de presse du Saguenay.
Cela fait en sorte que les quelque 333 organismes de défense collective des droits au Québec, dont 19 sont dans la région, sont à bout de souffle. Aucun n'a encore fermé ses portes ici, comme cela s'est produit ailleurs dans la province, mais Mme Jean affirme, sans les nommer, que trois devraient disparaître au cours des prochains mois si rien n'est fait.
Le manque de financement n'est pas le fait que du ministre Blais. Depuis 2001, l'enveloppe qui leur est dévolue n'a pas augmenté. Ou si peu. C'est pourquoi les groupes en défense collective des droits lancent à travers le réseau du MEPACQ une vaste offensive destinée à obtenir 40 M$ de plus à son budget annuel de 18 M$. La bouchée est grosse, mais comme l'indique Caroline Jean, il y a 15 ans de rattrapage à faire.
Le MEPACQ a déjà commencé la distribution d'autocollants, mais il ne s'agit que d'une première étape. On promet des actions plus tard.
Aide concrète
Accusée d'être à la tête d'une organisation de chialeux, la coordonnatrice rappelle que l'an dernier, 12 des 19 organisations de défense de la région dont elle a pu obtenir des données sont intervenues directement 25 000 fois auprès de 12 000 personnes ou groupes ciblés. Ça va de l'accompagnement devant les tribunaux administratifs, consultations budgétaires, mise sur pied de cuisines collectives et construction de logements, en passant par la distribution de coupons alimentaires.
Caroline Jean ne comprend pas l'entêtement du gouvernement à ne pas leur fournir les moyens d'aider une population qui subit déjà les affres de l'austérité, car l'action de ces groupes vient aplanir les problèmes et enlève de la pression sur le système.
«Les gens n'ont pas d'idée à quel point nous pouvons être créatifs pour mener nos actions communautaires avec des budgets de 30 000 ou 40 000$ par année (la moyenne au Québec est de 56 000$)», dit-elle. S'y ajoutent des milliers d'heures de bénévolat. L'an dernier, on en a compté 11 528 seulement pour Accès condition de vie Lac-Saint-Jean.
Avec 40 M$ de plus, le MEPACQ espère qu'on pourrait fournir un financement annuel de 117 585$ pour un organisme local, 159 108$ pour un organisme régional et 279 912$ pour un organisme national.