Le directeur québécois du syndicat Unifor, Renaud Gagné, demande au gouvernement de Justin Trudeau de respecter ses engagements et de négocier de nouvelles ententes commerciales progressistes intégrant la protection des travailleurs.

Des négociations qui inquiètent Unifor

La protection des travailleurs constitue un enjeu incontournable de la renégociation de l’ALÉNA et le syndicat Unifor considère que le gouvernement canadien agit de façon inquiétante quand il conclut le Partenariat Trans-Pacifique pendant qu’il discute avec les États-Unis et le Mexique pour fixer de nouvelles règles commerciales en Amérique du Nord.

Il s’agit de l’un des constats du directeur québécois d’Unifor, Renaud Gagné, de passage dans la région lundi dans le cadre de la tournée annuelle du syndicat qui regroupe 4000 membres concentrés dans les secteurs de l’aluminium et de la forêt au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les litiges commerciaux ont déjà heurté de plein fouet les membres d’Unifor avec les surtaxes sur le bois d’œuvre ainsi que le papier journal et la pâte Kraft (Kénogami et Dolbeau).

« Les dispositions de l’Accord de partenariat transpacifique ne sont pas connues, mais on peut s’attendre à ce que le Canada ait fait des ouvertures. On doit s’attendre à ce que les Américains réclament au minimum ce que le Canada a accepté d’accorder dans le cadre de l’autre accord commercial lorsque l’on regarde les positions protectionnistes que le président Donald Trump défend de plus en plus », reprend Renaud Gagné.

À titre d’exemple, les Américains voudraient obtenir 50 % du contenu des voitures canadiennes. Ce sont des milliers d’emplois en cause. L’exemple de Novabus illustre bien le danger que représente le piège du contenu américain. L’entreprise québécoise a ouvert une usine dans la région de Plattsburgh pour y effectuer le montage des autobus de New York. Aujourd’hui, l’usine américaine fait le montage des autobus destinés aux grandes villes canadiennes.

Le directeur québécois d’Unifor se rappelle la promesse du gouvernement libéral de Justin Trudeau. Ils ont pris l’engagement de négocier des ententes progressistes. Selon ce qui se passe dans les rondes de négociations, Unifor n’a pas encore la preuve que le gouvernement canadien sera en mesure de respecter ses promesses.

Unifor émet de sérieuses réserves sur tout le volet de la protection des travailleurs dans l’accord qui pourrait être conclu au terme de la présente ronde de négociations. Renaud Gagné souligne toute la problématique des subventions, mais également la protection des travailleurs. Le traitement des travailleurs peut constituer une forme davantage pour une entreprise.

« BMW a l’intention d’ouvrir une usine au Mexique. Ils vont payer les travailleurs 3 $ par jour. Au moins 50 % de la population du Mexique n’a pas les moyens d’acheter ce qu’elle produit. Quand vous payez des travailleurs 2 $ à 3 $ par jour, ça fait une véritable différence », ajoute Renaud Gagné qui réclame un chapitre complet du futur traité afin de protéger les droits des travailleurs dans les trois pays.

En plus de la protection des travailleurs, Unifor comprend difficilement comment une petite entreprise de 250 travailleurs dans le secteur du papier journal peut provoquer une guerre commerciale comme celle qui se déroule en ce moment entre le Canada et les États-Unis. Selon M. Gagné, même aux États-Unis les politiciens et imprimeurs condamnent cette nouvelle guerre, mais le Département du commerce est intraitable. À terme, les producteurs canadiens risquent de se faire imposer une taxe à l’exportation de l’ordre de 25 à 30 %.

Unifor ouvrira un autre front, pendant la prochaine année, alors que les Québécois iront aux urnes. Le syndicat entend défendre des positions progressistes pour faire avancer des enjeux sociaux comme le salaire minimum à 15 $, le réinvestissement dans les services publics, la protection des emplois et la sauvegarde de l’environnement dans le contexte de la lutte aux changements climatiques.