Des travailleurs sont toujours en pause forcée depuis le début de la pandémie.
Des travailleurs sont toujours en pause forcée depuis le début de la pandémie.

Des métiers toujours sur pause

Les nouvelles annonces du gouvernement québécois concernant la relance graduelle des activités économiques font des heureux. C’est que bien des travailleurs ont pu recommencer à vaquer à leurs occupations professionnelles, au cours des dernières semaines. Toutefois, plusieurs naviguent toujours devant l’inconnu. À leur grande déception, tout ce qui est annoncé présentement ne les concerne pas, ou très peu.

C’est le cas, entre autres, pour les chauffeurs de ligne, bassistes, danseurs professionnels, chanteurs professionnels, éclairagistes, techniciens de scène, agents de voyage, propriétaires de bar, barmaids, entraîneurs de gym et plus encore.

Des travailleurs de la région ont ainsi accepté de témoigner de leur situation.

La chanteuse Cynthia Harvey s’inquiète de son avenir.

Chanteuse professionnelle

Pour Cynthia Harvey, une chanteuse professionnelle du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui oeuvre dans le domaine de la culture depuis 27 ans, plus ça avance, plus l’avenir est incertain.

Elle l’affirme ouvertement : la crise actuelle la plonge dans une période très difficile.

« Je ne sais sincèrement pas comment certains s’en sortiront. Je suis pigiste, je vends des shows à des entreprises ou à des particuliers. Je participe à des festivals, j’accompagne des créateurs, s’exprime-t-elle, un peu fébrile, dans une entrevue avec Le Progrès. En ce moment, je mets mes lunettes roses pour rester de bonne humeur parce que la situation est extrêmement anxiogène. »

Cette dernière l’avoue : pour mettre toutes les chances de son côté, elle a récemment produit son curriculum vitae, parce que, disons-le, la prestation à laquelle avait droit Cynthia a pris fin le 7 juin dernier.

« Imaginons que je veux travailler pour toi et que je me présente avec mon CV. J’ai de l’expérience en ventes, par exemple. Mais ça date d’il y a 25 ans », ajoute Cynthia, perplexe, précisant qu’elle n’a pas été sur le marché du travail depuis 27 ans, étant travailleuse autonome depuis le début de sa carrière de chanteuse.

D’ailleurs, elle et son associé, Rob Langlois, ont dû prendre la décision de fermer leur entreprise, Groupe Triode. « Je n’ai pas le choix. C’est ce qui va se passer dans la prochaine semaine ou l’autre... Nous mettons un point final à tout ça. Je ne peux plus tenir ça ouvert. Avec des frais fixes et aucun revenu, c’est plus difficile », admet-elle.

Qu’arrivera-t-il à Cynthia dans les prochains mois ? Même l’avenir ne le sait pas. « Se trouver une nouvelle carrière de force à 44 ans, c’est extrêmement anxiogène, laisse-t-elle tomber. J’aime mieux garder mes lunettes roses, même si elles sont sales », conclut-elle en fin d’entrevue, le coeur gros.

Stéphane Lepage est technicien de scène.

Technicien de scène

Stéphane Lepage est technicien de scène depuis une quinzaine d’années et est également propriétaire de l’entreprise Soluson, un commerce qui se spécialise principalement dans la location d’équipements pour divers événements.

Il le confirme dans une entrevue accordée au Progrès : ses activités professionnelles roulent au ralenti. « C’est très... très... très tranquille. Pour l’instant, il n’y a rien, tout est arrêté. Il n’y a pas de job, il n’y a pas de shows », lance-t-il.

Même du côté de son entreprise. « C’est quand même assez terrible parce que tous les contrats ont été annulés. Nous avions des contrats en novembre, ils ont été annulés. Et là, les gens annulent les contrats des Fêtes. »

Stéphane Lepage ne s’en cache pas: il a beaucoup de questionnements quant au redémarrage des activités dans les mois à venir. « C’est de savoir de quelles manières tout ça va redémarrer. Avec Soluson, nous faisons beaucoup de contrats corporatifs, c’est-à-dire beaucoup de conférences de presse. Quand nous aurons la permission de recommencer à en refaire, est-ce que nous serons dans des milieux clos ? Comment ça va fonctionner du point de vue des salles ? Est-ce que nous tomberons à la moitié de la capacité ? », se demande-t-il.

« C’est démesuré actuellement, nous ne savons pas où tout ça peut se rendre, de quelle manière ça va se rouvrir, comment on va pouvoir faire ça. C’est beaucoup d’inquiétude pour nous, surtout pour nos employés. Plusieurs se trouveront des emplois dans d’autres domaines. Donc, est-ce qu’ils voudront revenir dans le milieu de la culture ? », questionne-t-il.

 Géatan Girard est propriétaire de bars.

Propriétaire de bar

Géatan Girard a toujours oeuvré dans le milieu des bars. Il a d’ailleurs acheté le Bar Saint-Anne, en 1989, et il est également propriétaire du Bistro Sainte-Marthe, fermé depuis le 12 mars, situé près de la Petite Maison Blanche.

« Du plus loin que je me rappelle, c’est en 1970 », fait-il savoir en parlant de ses débuts comme entrepreneur.

Tout récemment, on apprenait que les restaurants et les bars détenant un permis de restauration pourraient rouvrir dès le 15 juin en région, mais malheureusement pour l’homme d’affaires, cette nouvelle annonce ne le concerne pas puisqu’il ne possède aucun permis de restauration. « J’ai l’impression que nous rouvrirons seulement en dernier, laisse-t-il tomber en entrevue. Les premiers fermés et les derniers rouverts.»

De plus, Géatan Girard ajoute avoir eu des problèmes à avoir droit au « fameux emprunt » pour venir en aide aux petites entreprises éprouvant des difficultés financières en raison de la COVID-19. « Au début, les propriétaires de bar ne pouvaient pas avoir droit au prêt de 40 000 $ annoncé par le gouvernement Legault. Heureusement, ç’a changé », lance-t-il.

Ce montant lui sert principalement de support pour payer les frais fixes. « Tout le monde est en pause, mais nous ont doit payer les assurances, Hydro-Québec, les taxes. Les banques ne sont pas sur pause, elles, ça continue à rouler, a laissé savoir l’homme d’affaires. C’est 3000 à 4000 $ de frais fixes par mois. Qu’on le veuille ou non, le 40 000 $ s’entame tranquillement pas vite.»

L’homme d’affaires se trouve également, lui aussi, sans réponses claires depuis le début de la crise sanitaire.

« Pour le moment, c’est difficile, c’est l’inconnu », conclut-il.