Dominique Corneau ne cache pas qu’il n’arrive pas à effacer certaines images de sa mémoire, même si les tristes événements se sont produits il y a plusieurs années.

Des images difficiles à effacer

Le policier retraité de Saguenay, Dominique Corneau, se souvient de la grande majorité des drames qu’il a eu à vivre au point où il peut encore aujourd’hui identifier tous les endroits où il a eu à intervenir. Il arrive difficilement à les oublier.

«Il y a des images qui ne s’effacent pas de notre mémoire. Je pourrais me promener en ville et te dire ce qui s’est passé dans plusieurs maisons. Je pourrais te décrire ce qui s’est passé et ce que j’ai vu», explique M. Corneau, lors d’un entretien.

«Ce n’est pas toujours facile de s’en sortir. À qui peux-tu en parler? Ta conjointe! Elle ne veut pas toujours savoir ce qui en est. Même chose pour les collègues qui ne veulent pas en parler», indique le policier à la retraite.

Comme tous ses confrères policiers de la Sûreté du Québec (SQ) et des autres corps policiers, Dominique Corneau est triste d’apprendre que l’agent Patrick Bigras s’est enlevé la vie, 10 ans après avoir été le premier à découvrir les corps de deux enfants du cardiologue Guy Turcotte, poignardés à plus de 40 reprises par leur père.

Au cours de sa carrière, Dominique Corneau a donc vécu son lot d’appels de détresse. Il en retient quelques-uns.

«Deux événements ont retenu mon attention. Il y a un enfant que je n’ai pas retrouvé. On est passé à côté et c’est son père qui l’a trouvé. Il était mort gelé. C’est difficile de vivre ça.»

«Et il y a ce cas d’un nouveau-né qui ne respire plus. Sa mère l’avait pourtant entendu pleurer juste avant. Lorsqu’elle est allée le voir, il était en arrêt cardio-respiratoire. Lorsque je suis arrivé sur place, j’ai fait les manoeuvres de réanimation, mais il ne se passait rien. Les ambulanciers l’ont amené à l’hôpital et lorsque je suis arrivé, un drap blanc le recouvrait et l’infirmière s’essuyait les yeux», de raconter M. Corneau.

Ce dernier se souvient que l’ambiance était difficile dans le logement de la famille. La maman était en panique et le papa cherchait à comprendre. Il avait réussi à faire signe à deux de ses confrères, arrivés sur les lieux, qu’il n’y avait plus rien à faire.

«Toutes ces images ne s’effacent pas de notre tête», a répété Dominique Corneau.

S’il est parvenu à mettre cet événement dans une petite case de son cerveau, il n’a pu le faire pour toujours.

Environ 10 ans après les événements, alors qu’il donnait une conférence à des étudiants, Dominique Corneau est revenu sur cette triste histoire.

«La boule m’est montée dans la gorge et je suis venu les yeux pleins d’eau. J’ai demandé un instant et je me suis rendu à la salle de bain. J’ai eu la réaction 10 ans plus tard.»

Celui-ci aimerait bien posséder la recette miracle pour que les jeunes policiers puissent faire face, sans problème, à ce genre d’événements.

«On a beau recevoir la meilleure formation possible, être placé dans les scénarios les plus réalistes, tu sais que dans ces cas-là, tu peux te tromper. Mais ce n’est pas la vraie vie. Dans la vraie vie, c’est autre chose», conclut-il.

Si l’aide n’a pas toujours été au rendez-vous dans les corps policiers, la situation a changé. Les agents peuvent bénéficier d’une aide rapide pour les aider à passer au travers une situation dramatique.