Le Marché centre-ville de Chicoutimi offre la livraison de boîtes de bières régionales.
Le Marché centre-ville de Chicoutimi offre la livraison de boîtes de bières régionales.

Des idées originales pour l'achat local

Mélanie Côté
Mélanie Côté
Le Quotidien
Les entreprises régionales qui n’offrent pas de services essentiels se démènent pour poursuivre leurs activités et, surtout, pour survivre à la crise. Au cours des dernières semaines, plusieurs initiatives ont vu le jour et ont permis aux commerces de se garder la tête hors de l’eau. Il y en a des dizaines, peut-être même des centaines, mais Le Progrès en a répertorié cinq qui touchent à plusieurs secteurs d’activités. Vente de chocolat, de bières de microbrasseries régionales, de sauces piquantes, de jouets et même de produits de bureau, tout y passe.

Marché centre-ville de Chicoutimi

La livraison n’a rien de nouveau pour le Marché centre-ville de Chicoutimi, une épicerie située sur la rue Jacques-Cartier Ouest. « On en fait depuis 40 ans ! », lance d’emblée le directeur, Pierre Bouchard. 

Mais un coup de fil de Louis Hébert, de la Microbrasserie La Chouape de Saint-Félicien, il y a quelques jours, a fait naître une nouvelle initiative. « Pourquoi pas une boîte de bières régionales ? », a-t-il suggéré.

« Nous en avons toujours eu, confirme M. Bouchard. Mais nous avons décidé d’aller plus loin. Pendant la crise, nous faisons la livraison. »

En effet, pour 75 $, livraison incluse, un conseiller prépare une sélection de 12 bières régionales de son cru. « C’est une caisse découverte ! Faites-nous confiance », explique M. Bouchard, qui confirme que l’idée fonctionne super bien. 

Il y a deux équipes sur la route, de Chicoutimi jusqu’au boulevard Mellon, à Arvida. Et si vous restez un peu plus loin ? « On est parlables, assure M. Bouchard. Le but est de rester rentables en respectant les consignes. »

Le commerce EncrEco est complètement différent d’il y a deux semaines, avoue la propriétaire Louise Gravel.

Encreco

Le télétravail, l’école à la maison, le cégep ou l’université à distance. Les articles de bureau sont très utiles en temps de crise. Chez EncrEco, l’idée de se tourner vers l’achat en ligne et la livraison a sans doute sauvé l’entreprise, assure la propriétaire Louise Gravel, qui compte sur deux succursales, à Chicoutimi et à Jonquière. 

« Nous gérons environ 100 commandes par jour. L’entreprise est complètement différente d’il y a deux semaines. Habituellement, notre clientèle se compose à 70 % d’entreprises. Là, c’est environ 90 % de monsieur et madame Tout-le-Monde. Les gens en télétravail commandent beaucoup », a expliqué Mme Gravel entre deux commandes, lors d’une entrevue téléphonique.

Évidemment, la situation demande plus de travail pour toute l’équipe, alors il a fallu repenser les méthodes d’expédition.Au départ, le commerce avait établi un système de service à l’auto, mais les propriétaires ont dû y mettre fin, car ça pouvait provoquer des rassemblements. 

Mme Gravel assure que la situation actuelle entraîne une prise de conscience pour l’achat local, mais elle entraîne également une réflexion pour l’entreprise. 

« Nous allons peut-être garder la livraison pour les particuliers, alors qu’avant, c’était juste pour les entreprises. Le site a explosé, nous avons beaucoup de téléphones. Ça nous fait prendre conscience que notre site Internet est très important. » 

La livraison aux particuliers a permis de sauver Choco Accro, selon la propriétaire Claudine Simard.

Choco accro

Avec la fête de Pâques qui arrivait à grands pas, les chocolateries du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont dû faire preuve d’imagination pour sauver l’une des plus grosses périodes de l’année. Parmi celles-ci, il y a Choco Accro, situé sur l’Avenue du Port, à La Baie. 

« Il a fallu s’adapter rapidement, assure la propriétaire, Claudine Simard. La livraison aux particuliers, c’est nouveau pour nous. On a eu énormément de téléphones. On a créé un album sur Facebook avec nos produits, avec des numéros de produits, le nombre de grammes et les prix », explique Mme Simard. 

Pour la livraison, la propriétaire s’est tournée vers son conjoint et des amis qui ne travaillent pas en raison de la crise. « Ils sont contents de nous aider. On fait ça à la bonne franquette ! », dit Mme Simard, qui va autant à Saint-Félix-d’Otis qu’au Lac-Saint-Jean, s’il y a de la demande.

« Cette décision m’a permis de sauver mon entreprise. Pour l’instant, oui, il y a de l’achat local, mais pour l’avenir, je ne suis pas encore convaincue. J’espère que les gens vont continuer. » 

Josée Dubé, de la Boutique Lydie, assure que les casse-tête et les jeux de société sont très populaires.

Boutique Lydie

La propriétaire de la Boutique Lydie, située à Chicoutimi-Nord, assure avoir « de la broue dans le toupet ». En plus de prendre plusieurs commandes par téléphone et par Facebook, Josée Dubé passe environ deux heures par jour sur la route, avec son conjoint, pour livrer les commandes aux clients. Au début, elle prenait les commandes même le soir, mais elle a dû se discipliner, car les messages entraient sans arrêt.

« On a beaucoup de travail. Les gens nous envoient des questions, on envoie des photos, et on règle les paiements par téléphone », explique Mme Dubé, qui mentionne que les casse-tête sont extrêmement populaires, tout comme les jeux de société.

« On fait ce qu’on peut pour survivre. Les gens commencent à être sensibilisés à l’achat local, le gouvernement en parle. On espère que ça ne va pas durer juste deux mois », mentionne Mme Dubé, qui a inscrit la Boutique Lydie sur Le Panier bleu, cette semaine. 

Jean-Sébastien Gauthier, des Sauces Damn, pensait vendre une vingtaine de caisses de 12 bouteilles, mais il en a finalement livré 160 en trois jours.

Les sauces Damn

Le propriétaire des Sauces Damn, Jean-Sébastien Gauthier, cherchait une façon de baisser son inventaire pendant la crise. Son idée a eu un tel succès qu’il a été inondé de commandes. Il pensait vendre une vingtaine de caisses de 12 bouteilles surprises pour 40 $, mais il aura finalement fallu trois jours pour livrer... 160 commandes !

« On a essayé et ç’a marché fort ! On est dans une période où les gens ne savent pas quoi faire, alors nous avons décidé d’offrir notre stock en inventaire. Nous avons été inondés de commandes ! On aurait pu en faire 500 », se réjouit Jean-Sébastien Gauthier.

Pour le moment, l’initiative est sur pause, mais si la crise s’étire, le propriétaire n’écarte pas l’idée d’acheter un camion pour la livraison. L’élan pour l’achat local se poursuivra-t-il, selon lui ?

« En tout cas, ça m’a encouragé. On est en temps d’analyse, il y a une prise de conscience. »

Même si la livraison a dû s’arrêter, en raison de la trop grande popularité, il est toujours possible de se procurer les produits des Sauces Damn dans plusieurs points de vente.