Karen Perron, copropriétaire de la garderie Exploratout. Photo Le Quotidien, Michel Tremblay
Karen Perron, copropriétaire de la garderie Exploratout. Photo Le Quotidien, Michel Tremblay

Des garderies privées qui se sentent oubliées

Marc-Antoine Côté
Marc-Antoine Côté
Le Quotidien
Le gouvernement provincial avait une bonne nouvelle pour les services de garde éducatifs à l’enfance, vendredi, leur accordant une aide supplémentaire de 50 M$. Le seul hic, c’est que les garderies privées ne toucheront pas la moindre miette du gâteau. Une annonce qui vient « enfoncer le clou » dans une situation déjà problématique, selon trois propriétaires d’installations du genre dans la région.

Le ministère ne les avait pourtant pas oubliés lors de la première vague, les considérant comme un service essentiel et déboursant les frais à la place des parents, avant que la pandémie ne force leur fermeture.

La réouverture progressive s’est ensuite bien passée, quelques semaines plus tard, alors que des subventions supplémentaires permettaient de compenser les places non comblées et que la charge en moins laissait du temps au personnel pour la désinfection des lieux.

Les choses se sont toutefois envenimées depuis que les garderies privées ont été contraintes de revenir à 100% de leur capacité, explique Karen Perron, copropriétaire de la garderie Exploratout, qui a notamment dû fermer ses portes le 30 octobre pour laisser souffler ses employés.


« J’avais annoncé une semaine avant aux parents que je ne pouvais pas ouvrir parce que mes filles faisaient tout le temps du 5 jours par semaine, avec en plus de la désinfection, ça faisait des journées en moyenne de 10h. Alors j’ai fermé, et pour le mois de novembre j’ai fermé aussi des journées par-ci par-là pour pouvoir donner des congés aux filles avant de les perdre aussi. »
Karen Perron

Un monde de différence

Il y a deux poids, deux mesures, pour le privé et le public dans ce milieu, selon Virginie Cleary des garderies Les étoiles du parc. Pourtant, des installations comme les siennes doivent composer avec les mêmes frais supplémentaires pour la désinfection et le nettoyage depuis le début de la pandémie.

Ils ont également les mêmes normes à respecter que les garderies subventionnées et un permis d’exploitation identique.

« C’est comme si on était des entreprises publiques, parce qu’on doit rendre des comptes. Moi j’envoie tous mes dossiers administratifs chaque mois au ministère de la Famille, souligne-t-elle. Ils peuvent arriver chez moi n’importe quand pour m’inspecter. »

Une longue route vers le public

Ce n’est pas par choix qu’elle et ses homologues œuvrent dans le privé. Il s’agit d’un passage obligé depuis 10 ans pour quiconque souhaite ouvrir une garderie en installations. Il faut ensuite attendre d’obtenir des places subventionnées auprès du gouvernement.

Un processus qui peut être long et au travers duquel le Saguenay-Lac-Saint-Jean semble avoir été oublié, soutient Virginie Cleary. Car sur l’appel de projets pour la conversion de garderies non subventionnées annoncé par le ministère de la Famille il y a quelques jours, aucune des 1750 places prévues n’ira à la région. Pas plus que sur les 4 359 autres qui seront créées via un autre appel de projets.

« Nous, on n’est jamais admissibles à rien et on est tout le temps un peu oubliés, affirme-t-elle. […] Moi mes dépenses n’arrêtent pas d’augmenter, mais mes revenus ne diminuent pas alors je ne suis plus admissible à aucune subvention. Là, ce matin le ministère de la Famille me dit qu’il va aider tous les milieux subventionnés, mais moi je suis où là-dedans ? »

Une frustration partagée par ses consœurs de l’Univers des tout p’tits, Nadia Boudreault et Sylvie Bergeron, qui elles aussi ont dû faire un appel aux parents pour que certains gardent leurs enfants à la maison de temps à autre.

Ce sont là les effets d’une pénurie de main-d’œuvre accentuée par la pandémie, mais qui ne date pas d’hier. D’autant plus qu’il est difficile pour les garderies privées de rivaliser avec les tarifs et salaires offerts en CPE.

« C’est triste qu’un parent doive choisir avec le portefeuille plutôt que le cœur », déplore la propriétaire, Nadia Boudreault.