Des entreprises comme Béton préfabriqué du Lac demandent au gouvernement d’agir pour favoriser l’immigration afin de contrer la pénurie de main-d’oeuvre.
Des entreprises comme Béton préfabriqué du Lac demandent au gouvernement d’agir pour favoriser l’immigration afin de contrer la pénurie de main-d’oeuvre.

Des entreprises réclament l’accueil de plus d’immigrants

Anne-Marie Gravel
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien
La pénurie de main-d’œuvre fait mal aux grandes, moyennes et petites entreprises du Québec. Une vingtaine d’entre elles, dont Béton Préfabriqué du Lac, signent une lettre ouverte des Manufacturiers et exportateurs du Québec revendiquant une intervention rapide du gouvernement Legault afin de favoriser l’immigration.

La lettre intitulée « Immigration, combien d’entreprises manufacturières devront fermer ? », qui est publiée en page 13 de la présente édition du Quotidien, est notamment signée par des représentants de Arcelor Mittal Produits Longs Canada, Énergie Valero, Graphic Packaging International (East Angus), GROUPE CANAM, ABB et KDC ONE KNOWLTON.

Des chiffres alarmants y sont avancés.

« 19 400. C’est le nombre de postes vacants à pourvoir dans les entreprises manufacturières partout au Québec. Dès maintenant. »

Les signataires affirment qu’il est temps d’agir puisque la pénurie de main-d’œuvre affecte grandement leurs entreprises. Le refus de nouveaux contrats et d’opportunités d’affaires, le ralentissement des investissements et du développement de nouveaux produits, ainsi que l’embauche de candidats sous-qualifiés figurent sur la liste des conséquences du manque de main-d’œuvre.

« Le meilleur moyen de créer de la richesse pour le Québec est d’exporter notre savoir, notre expertise, nos produits. Le secteur manufacturier représente 24 000 entreprises à travers le Québec, 445 000 travailleurs et 89 % de nos exportations. Nous ne pouvons donc pas nous permettre que le secteur manufacturier, vital à notre économie, soit davantage affaibli par le statu quo sur les problématiques de main-d’œuvre. »

Les signataires demandent au gouvernement d’agir rapidement en permettant l’accueil de plus d’immigrants pour combler les trop nombreux emplois disponibles. « Il n’y a tout simplement pas assez de travailleurs qualifiés disponibles pour répondre aux besoins. »

Ils demandent d’assouplir les règles afin de faciliter l’arrivée de nouveaux travailleurs. « Certains travailleurs étrangers consacrent déjà 40 heures par semaine pour combler les besoins criants de nos entreprises. Pourquoi ne pas leur donner plus de temps pour apprendre le français ou adapter le pointage accordé au français sur la grille de sélection ? Oui, le français est essentiel pour bien intégrer les nouveaux arrivants, mais peut-on y arriver sans nuire aux besoins de main-d’œuvre ? »

Ils revendiquent d’adapter aux besoins d’aujourd’hui le programme de travailleurs étrangers temporaires (PTET) qui permet de faire venir des travailleurs étrangers pour une durée maximale de trois ans.

« Il faut une véritable adéquation entre les besoins des entreprises et le marché du travail. Il faut éliminer la règle d’un maximum 10 % de travailleurs étrangers par usine ou prolonger les visas pour les travailleurs moins qualifiés d’un an à trois ans, affirment-ils. Ce programme a été conçu à une époque où l’on souhaitait protéger les emplois des travailleurs canadiens. Or, le contexte a beaucoup évolué. »

Les signataires conviennent que l’automatisation et la robotisation sont des avenues intéressantes, mais soutiennent que le manque de travailleurs qualifiés rend difficile l’implantation de nouvelles technologies.

« 19 400 travailleurs manquants dès maintenant. C’est pratiquement l’équivalent d’un Centre Bell vide. La situation est critique. Monsieur Trudeau, monsieur Legault, qu’attendez-vous pour agir ? », concluent-ils.

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Inquiétude chez BPDL

La pénurie de main-d’œuvre inquiète le président et directeur général de Béton préfabriqué du Lac (BPDL). Robert Bouchard parvient encore à combler ses besoins en employés au Lac-Saint-Jean, mais il est convaincu que la situation pourrait changer rapidement.

« Chez nous, au Lac-Saint-Jean, on sait que ça va devenir plus important bientôt. Actuellement, on a un ou deux employés qui partent pour la retraite chaque année et on les remplace. Mais si on avait un projet demain matin et qu’on avait besoin de 20 personnes, on ne serait pas capable des les trouver », affirme d’emblée celui dont l’entreprise est également implantée à Drummondville, Saint-Jean-sur-Richelieu, Sainte-Marie-de-Beauce et près de Boston.

Le président et directeur général compose déjà avec des problèmes de recrutement important à son usine de Drummondville. En 2012, le contrat du pont Champlain a nécessité d’y faire passer le nombre d’employés de 50 à 100. « On a été capable de recruter avec les CV. Mais en 2016-2017, on a dû passer de 100 à 200 employés pour un contrat et cette fois, on n’a pas été capable. »

Depuis, BPDL va chercher 90 employés chaque jour à Montréal. « On les transporte jusqu’à Drummondville. Ça fait en sorte qu’on a un dépassement de 4 M$ en masse salariale. On paie ces gens pendant leur transport. Ce n’était pas prévu, mais il fallait faire le projet. On ne pouvait pas dire qu’on manquait de main-d’œuvre. »

Robert Bouchard, qui souligne que la problématique ne se pose pas à Montréal, Toronto ou Vancouver, est convaincu que la solution passe par la valorisation des métiers manuels et l’immigration.

« Dans les régions, il faut attirer les immigrants. Ils n’arrivent pas ici naturellement. Il faut aller les chercher, les accueillir, créer des petites communautés comme ça se fait aux serres Toundra avec les Guatémaltèques. Nous, on cherche des gens qui ont deux bras, deux jambes, une attitude et un minimum de capacités manuelles. La problématique qu’on a, c’est que des jeunes travailleurs manuels, il n’y en a plus. On n’a pas valorisé les métiers. Il faut les revaloriser. »

Robert Bouchard, président et directeur général de Béton préfabriqué du Lac (BPDL), est inquiet pour l’avenir en raison de la pénurie de main-d’oeuvre