D’un côté, les enfants qui jouent; de l’autre, les étudiantes qui observent.

Des enfants scrutés à la loupe au Cégep de Jonquière

D’un côté, des enfants qui rampent, sautent et grimpent. De l’autre, des étudiantes en Techniques d’éducation à l’enfance qui observent, écoutent et prennent des notes. Incursion au sein du nouveau laboratoire d’observation de psychomotricité du Cégep de Jonquière.

« Ici, tu peux jouer à tout. Sauf te faire mal et faire mal aux autres. » La technicienne en travaux pratiques du programme d’éducation à l’enfance du cégep, Émilie Bergeron, donne ses recommandations aux amis du Jardin du coin qui sont invités à s’amuser dans le nouveau local.

« Quand je vais taper dans mes mains, vous pourrez détruire le mur ! » Aussitôt le signal donné, aussitôt le mur de blocs de mousse tombé. Les voilà qui jouent, sautent et courent. Ils utilisent les cubes, les tapis, la poutre et les foulards mis à leur disposition. Mais ils ne savent pas que de l’autre côté de la salle miroir, des étudiantes les observent attentivement et les écoutent grâce à des micros. Les étudiantes avaient déjà accès au Jardin du coin du Cégep de Jonquière pour observer, mais elles devaient le faire directement dans la salle, ce qui modifiait inévitablement le comportement des enfants.

La salle de psychomotricité peut être adaptée selon les différents besoins pédagogiques.

« Ça permet aux étudiantes d’observer les enfants, de mieux connaître où se situe l’enfant dans son développement. C’est primordial parce que le ministre de la Famille a demandé d’avoir deux portraits éducatifs de l’enfant par année. Et pour avoir une bonne intervention éducative, il était important d’observer afin de savoir où se situe l’enfant et aussi pour le stimuler de façon adaptée. Ça nous permet de savoir quel type de relation il a avec les autres enfants », a expliqué Marc Boucher, responsable de la coordination départementale en Techniques d’éducation à l’enfance.

Le projet a été réalisé au coût de 125 000 $. Il est doté d’un espace d’accueil, d’un vestiaire, d’une salle d’observation avec 26 postes d’écoute et d’une grande salle de psychomotricité. Les enfants accueillis sont âgés de 0 à 12 ans et la salle peut être adaptée selon les différents besoins pédagogiques.

À la suite de leurs observations, les étudiantes – les filles composant en très grande majorité les différentes cohortes – doivent produire un rapport. Une façon, pour les futures éducatrices, de mettre la théorie en pratique.

La salle de psychomotricité peut être adaptée selon les différents besoins pédagogiques.

« Cette version-là est beaucoup mieux, parce que les enfants ne nous voient pas dans la salle. Ils sont donc plus concentrés à jouer qu’à nous regarder. C’est vraiment bien pour les étudiantes d’avoir une salle d’observation comme ça. On voit comment Émilie (Bergeron) intervient, comment les enfants montent sur les blocs de mousse, comment ils interagissent entre eux. On observe ce qu’ils utilisent en premier, le pied gauche ou le pied droit, s’ils hésitent à sauter, comment ils se réceptionnent. Ça met une image sur la théorie qu’on voit en classe. C’est plus facile pour nous de savoir quoi observer quand on est en stage ou en milieu de travail », a expliqué Célia Turpin.

« On observe tout, autant la motricité dans le grand mouvement que dans la motricité fine. Dans les jeux de rôle, dans les jeux collaboratifs, on voit comment ils communiquent, règlent des conflits, gèrent leurs émotions, c’est un gros plus pour travailler. On peut aussi le faire ailleurs, mais ici, ils sont vraiment libres de leurs mouvements », ajoute Mme Bergeron.

Mercredi matin, lors du passage du Quotidien, les enfants prenaient part à une séance inspirée de la méthode Aucouturier (un psychomotricien européen). Ils ont une période de jeu, une histoire leur est racontée et ils doivent ensuite l’illustrer en faisant un dessin. L’enfant doit finalement raconter son histoire, à partir de son dessin.

Saguenay (jonquiere) 
 cegep de jonquiere 
  
 laboratoire de psychomotricite

« L’idée, c’est d’avoir différentes phases où l’on fait la maturation psychologique. Donc on passe de l’expressivité motrice pour en arriver au langage, au langage graphique, pour finalement en arriver à l’importance de l’écriture. C’est pour ça qu’à la fin, on invite les enfants à faire un dessin suite à une histoire et c’est là que l’éducatrice demande à l’enfant de raconter l’histoire de son dessin », explique. M. Boucher.

Mario Julien, directeur des études au Cégep de Jonquière, est très heureux de cette nouvelle salle, le cégep étant d’ailleurs le seul de la région à offrir le programme de Techniques d’éducation à l’enfance. Et cela pourrait même aider à hausser le nombre d’inscriptions, espère-t-il, alors que quelque 150 étudiantes sont présentement inscrites dans les trois cohortes.