Des employeurs n’ont d’autres choix que de dénoncer les refus de travailler, en raison de l’alléchante prestation pour travailleurs et étudiants.
Des employeurs n’ont d’autres choix que de dénoncer les refus de travailler, en raison de l’alléchante prestation pour travailleurs et étudiants.

Des employeurs dénoncent les refus de travailler à cause de la PCU

La Prestation canadienne d’urgence pour travailleurs et pour étudiants (PCU et PCUÉ) donne du fil à retordre aux employeurs du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui vivent toujours une pénurie de main-d’oeuvre.

Les refus de travailler sont monnaie courante et certains patrons n’ont eu d’autres choix que de dénoncer les travailleurs ou, du moins, de les menacer.

« J’ai eu trois employés qui ont voulu négocier leurs heures, les réduire, pour ainsi obtenir en plus la PCUÉ. Je n’ai pas voulu jouer à ça et j’ai envoyé un courriel disant que c’était un refus de travailler et que j’allais envoyer l’information au gouvernement », raconte un employeur du secteur touristique, qui préfère conserver l’anonymat pour des raisons évidentes.

Sa menace a fonctionné, car les trois employés ont repris immédiatement le travail.

« Quand on leur dit que c’est un refus de travailler, les employés y pensent deux fois. Ils ne veulent pas être obligés de repayer la PCU ou être pris en délit. Et on n’a pas le choix de menacer un peu, car on ne reçoit aucun CV ces temps-ci, même si on affiche plein de postes », témoigne un autre employeur du Lac-Saint-Jean, du milieu industriel.

La pénurie touche tous les secteurs, rapporte la Chambre de commerce et d’industrie Lac-Saint-Jean-Est, qui a reçu plusieurs appels d’entrepreneurs.

« Nous avons des entreprises dans différents domaines qui trouvent en effet que la PCU est un obstacle à l’embauche, notamment en agriculture, pour les commerces de détail et pour les restaurateurs », constate Kathleen Voyer, directrice générale de l’organisation.

Même son de cloche du côté du député bloquiste dans Jonquière, Mario Simard, qui rappelle que pour plusieurs bénéficiaires de la PCU, il est moins avantageux de retourner au travail.

« Avec la PCU, on n’a pas pensé aux régions. On s’est déconfinés plus rapidement que dans les grands centres urbains. Donc, c’est une mesure qui s’applique moins bien en région. C’est pour cette raison qu’on avait demandé des incitatifs au travail et Chrystia Freeland (vice-première ministre) avait garanti ces mesures incitatives. Mais ça semblait trop compliqué à mettre en place pour eux », déplore le député fédéral de Jonquière.

Il n’y a pas une semaine qui passe depuis le déconfinement sans qu’il ne reçoive des appels d’employeurs ayant de la difficulté à recruter de la main-d’oeuvre.

« C’est devenu un sacré problème. J’étais dans une pourvoirie en vacances, récemment. La moitié du personnel n’était pas revenu au travail », donne en exemple le député bloquiste.

Est-ce que les menaces, si portées à exécution, fonctionnent vraiment ?

Pour les employés qui retirent de l’assurance-emploi, un processus efficace de dénonciation est déjà en place. Mais pour la PCU et la PCUÉ, les employeurs peuvent dénoncer via une autre plateforme ou en téléphonant, mais l’efficacité n’a pas encore été prouvée.

« Si les agents reçoivent un appel à cet égard, un rapport est complété pour action appropriée », répond, par courriel, le bureau des relations avec les médias du gouvernement fédéral.

Le bureau n’a pas été en mesure de divulguer le nombre de dénonciations pour les refus de travailler.