La poursuite a tenté de mettre en doute la mémoire de Jean-François Martel-Poliquin, accusé de conduite avec les facultés affaiblies causant des lésions corporelles.

Des doutes sur la mémoire d'un accusé

La crédibilité de Jean-François Martel-Poliquin, impliqué dans un accident de la route en août 2013, a été mise à l'épreuve par la Couronne, qui a tenté de démontrer que sa mémoire ne semblait pas infaillible.
Le procès de l'homme de 35 ans de Larouche s'est poursuivi jeudi, au Palais de justice de Chicoutimi, devant le juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec. Martel-Poliquin est accusé de conduite avec les facultés affaiblies causant des lésions corporelles.
Le 9 août 2013, sur l'autoroute 70 près de Larouche, l'accusé, qui avait consommé deux grosses bières dans la journée, selon son récit, a voulu effectuer une manoeuvre de dépassement lorsque le véhicule qui le précédait aurait pris la décision de se rendre sur la voie rapide de l'autoroute au même moment.
Choc inévitable
Martel-Poliquin n'a pas été en mesure d'éviter la collision. Le véhicule des victimes s'est retrouvé sur le terre-plein. Les occupants ont été sérieusement blessés, la dame ayant même dû être amputée d'une jambe.
Me Dominic Bouchard, en défense, a fait témoigner l'accusé. Après avoir raconté son avant-midi au travail, Martel-Poliquin dit être allé dîner à Jonquière et avoir fait des commissions avant d'aller rejoindre un ami au bar pour jouer au billard à 15 h 30.
« J'y ai consommé une grosse bière de 625 millilitres vers 16 h. Nous sommes partis vers 17 h 20 pour aller chez mon ami. J'ai pris une autre grosse bière chez lui. J'ai quitté vers 19 h pour retourner chez moi à Larouche », a mentionné Martel-Poliquin.
« Sur l'autoroute, j'ai dépassé deux véhicules. Par la suite, j'ai vu deux voitures devant moi. J'ai voulu effectuer une manoeuvre de dépassement. J'ai fait mon angle mort, mis mon clignotant et au moment où je voulais dépasser, la voiture des victimes m'a coupé le chemin et il y a eu un impact. Après le choc (les coussins gonflables se sont déployés), je suis allé voir les victimes. Je me suis excusé et je me suis retiré, car je ne pouvais les aider », a ajouté l'accusé.
Odeur d'alcool
Après plusieurs minutes, les policiers ont noté une odeur d'alcool et les yeux rouges de l'accusé, qui semblait aussi dormir lors de son transport vers le poste de police. 
« Lorsque les coussins gonflables ont ouvert, une poudre en est sortie. J'avais les yeux qui piquaient. Pour ce qui est du fait que je semblais endormi, j'avais seulement la tête baissée, car je ne pouvais croire ce qui m'arrivait et que l'on soupçonnait que je sois en état d'ébriété », a résumé l'accusé.
La procureure de la Couronne, Me Audrey Allard, est revenue sur le fait que l'accusé avait dit à des témoins qu'il avait consommé deux grosses bières à midi, alors qu'il a dit aux policiers n'avoir rien bu. Elle l'a questionné sur la quantité des bières, croyant qu'il avait pris des 710 ml.
« Si j'ai dit que j'avais bu vers midi, c'est en raison de la nervosité. Je les ai prises en fin d'après-midi. J'ai bu deux grosses bières de 625 ml, pas de 710 ml. Pour les policiers, je n'étais pas obligé de répondre », a-t-il répondu à la Couronne.
Un malheureux accident
« Il y a trop de doutes dans ce dossier pour que Martel-Poliquin soit reconnu coupable. La preuve hors de tout doute raisonnable de sa responsabilité dans l'accident n'a pas été démontrée par la Couronne. »
Me Dominic Bouchard, qui représente les intérêts de Jean-François Martel-Poliquin, estime qu'il y a trop de trous dans la preuve pour conclure à sa culpabilité. Il croit que le tribunal ne doit pas le condamner en tenant compte de la finalité de ce triste événement, qui n'est qu'un malheureux accident de la route.
Durant sa plaidoirie, le criminaliste prétend qu'il n'existe aucune photo de l'accident pour avoir une idée de ce qui s'est passé. 
« Mon client ne doit pas faire les frais de l'amateurisme de Saguenay. Ça aurait pris un reconstitutionniste, mais le service a dit que ce n'était pas nécessaire étant donné qu'il n'y avait pas eu de mort », a lancé Me Bouchard.
Le criminaliste ajoute que personne n'a pu contredire le scénario de consommation de Martel-Poliquin, qui a été de deux grosses bières. 
« Son témoignage n'a pas changé depuis plus de trois ans. Au moment de l'accident, il a avoué spontanément à un policier en civil qu'il avait pris deux grosses bières et il maintient toujours cette version aujourd'hui. Ça ne sort pas de la cuisse de Jupiter. Il ne s'est pas inventé un scénario pendant cette période », indique Me Bouchard.
« Vous ne pouvez non plus tenir compte du taux d'alcool, car il n'est pas admis en preuve. Vous avez refusé que l'accusation soit portée en ce sens. De plus, personne n'a remarqué de symptômes de facultés affaiblies dans les instants suivant l'accident. Ce n'est que plus tard qu'il y a eu des soupçons. »
Ce dernier estime donc que le dossier Martel-Poliquin se trouve sous un mauvais karma et qu'il n'est pas solide. 
« Le tribunal doit éviter de voir cette situation au moment de l'accident, où des gens sont blessés, de ne voir que le résultat final et se dire que ça n'a aucun sens. »
« La situation est triste, mais mon client doit être acquitté étant donné qu'il s'agit simplement d'un bête accident », indique Me Bouchard.
Me Audrey Allard livrera sa plaidoirie vendredi matin.