Jennifer Gagné, archéologue assistante du Site du Poste de traite, montre les découvertes de son équipe à Érik Langevin, directeur des fouilles archéologiques du Site du Poste de traite de Chicoutimi et responsable du Laboratoire d’archéologie de l’UQAC.

Des découvertes uniques au Poste de traite de Chicoutimi

Les archéologues du Site du Poste de traite de Chicoutimi ont fait deux belles découvertes à quelques jours de la fin de la saison estivale des fouilles. Ils ont trouvé une pipe de bois qui date probablement du 18e siècle, ainsi qu’une petite croix de plomb qui n’a pas d’équivalent dans tous les anciens postes de traite du Québec.

Ces artéfacts ont été découverts à côté de la Maison du commis, qui a été occupée entre 1740 et 1780, soit vers la fin du Régime français. Les archéologues ont circonscrit cet été leurs travaux dans la fosse à déchets, située à quelques mètres de l’édifice.

Le nombre d’objets retrouvés dans la fosse est imposant. On les compte par milliers. La pipe et la croix se distinguent cependant par leur rareté. L’archéologue assistante du Site du Poste de traite, Jennifer Gagné, explique que la pipe était en très bon état.

« On a une bonne collection de pipe et de calumet. Ce qui est particulier avec celle-ci, c’est qu’on l’a retrouvée presque complète. La cuve est entière. »

Il ne manque que très peu de morceaux à cette pipe en bois. Elle a été retrouvée sans la tige amovible par laquelle on aspirait la fumée. L’anneau qui permettait d’accrocher l’objet dans le cou de son propriétaire est aussi brisé.

Cette pipe de bois a été retrouvée en excellent état.

La pipe se démarque des autres accessoires pour fumer le tabac de la collection trouvée dans l’ancien Poste de traite de Chicoutimi parce qu’elle a été personnalisée. Un motif a été gravé avec attention tout autour d’elle. « La personne qui la possédait a décidé d’apposer sa couleur personnelle », précise Mme Gagné.

Le deuxième objet, une petite croix de plomb, est significatif parce que c’est la première fois qu’on en retrouve un du genre dans un poste de traite.

Des recherches ont été amorcées pour voir si d’autres fouilles avaient permis de trouver des croix semblables. Pour l’instant, cette découverte demeure unique au Québec.

Mode de vie

Le paysage où sont effectuées les fouilles, à l’endroit où la rivière Chicoutimi se jette dans le Saguenay, a beaucoup changé depuis le 18e siècle. Aujourd’hui, le site est dans un boisé et le lit des rivières a été modifié par l’activité humaine. À l’époque, de la Maison du commis, on y avait une vue sur le Saguenay.

Si cette fosse à déchets était utilisée jadis pour se débarrasser d’objets abîmés ou qui ne servaient plus, elle est maintenant remplie de trésors pour les archéologues. Les rebuts du commis, le maître du poste de traite, permettent de comprendre comment il vivait.

« Pour les archéologues, c’est une manne d’informations, ajoute Mme Gagné. On recherche souvent les structures en archéologie historique, mais pour avoir une meilleure compréhension il faut trouver sa vaisselle, le type de clou qu’il utilisait, les perles, tout ce qu’il avait à l’intérieur de sa maison. »

Les archéologues ont fouillé les recoins de la maison dont on a retrouvé les fondations, en plus de quelques morceaux du toit, pendant trois ans. Aujourd’hui, une structure de pierre et quelques panneaux signalétiques rappellent au public l’endroit où était cet édifice.

« Dans le secteur de la fosse à déchets, on peut mieux comprendre son mode de vie, ses occupations, ce qu’il possédait », lance Mme Gagné.

Four à pain

Par ailleurs, les travaux archéologiques sur les fondations du four à pain du Poste de traite qui a aussi été trouvé cet été se poursuivent. L’équipe qui effectue les fouilles avait limité un dernier carré de terre à excaver pour tenter d’y découvrir des objets.

Les activités archéologiques auront lieu jusqu’au 18 août. Après cette date, l’équipe se dirige en laboratoire faire le nettoyage, l’analyse et des recherches plus pointues sur tous les artéfacts ramassés avec soin.

Les fouilles ont lieu dans la fosse à déchets de la maison du commis.

Une fois ces étapes franchies, l’équipe de recherche procédera à l’interprétation des objets et produira un rapport de fouille.

La croix de plomb est l’une des seules trouvées dans un poste de traite au Québec.

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LA CROIX TROUVÉE PAR UNE FILLE DE 16 ANS

(SB) — Pour le mois de l’archéologie, qui a lieu en août, le Site du Poste de traite a encore une fois permis au public de participer aux fouilles. Des petites équipes de cinq personnes ont été formées et ont pu prendre part aux recherches pendant quatre jours étalés sur deux week-ends.

La croix de plomb, une des plus belles découvertes de l’été, a d’ailleurs été trouvée dans le cadre de ces fouilles ouvertes à la population. C’est une jeune fille de 16 ans qui l’a déterrée dans la fosse à déchets de la Maison du commis.

« C’est la deuxième année où elle s’inscrivait à l’activité. Elle était vraiment contente de sa découverte », explique l’archéologue Jennifer Gagné.

Ces journées, qui ont été couronnées de succès, permettent de faire un peu de vulgarisation et de présenter la profession d’archéologue au public. 

« Ça fait connaître la discipline, ajoute Mme Gagné. Ça permet aux gens de comprendre ce qu’on fait. C’est l’histoire de la population du Saguenay qu’on est en train de mettre à jour. C’est intéressant de l’intégrer à la recherche. »