Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Le Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka souhaite maintenir le potentiel récréotouristique en évitant les coupes.
Le Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka souhaite maintenir le potentiel récréotouristique en évitant les coupes.

Des coupes forestières sur un projet d’aires protégées

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Article réservé aux abonnés
Le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP) prévoit des coupes de plus de 20 000 hectares, en bordure de la rivière Péribonka, pour récolter le bois infesté par la tordeuse des bourgeons de l’épinette. Or, le Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka (CSRP) est indigné de voir que de telles coupes sont envisagées dans un secteur où un projet d’aire protégée est porté par un comité citoyen depuis une décennie, d’autant plus qu’une proportion de la récolte se fera sur des massifs forestiers auparavant protégés pour le caribou forestier.

En décembre dernier, le gouvernement Legault a atteint son objectif de protéger 17 % du territoire. Le gouvernement a choisi, en grande majorité, des territoires situés dans le nord, délaissant 83 projets d’aires protégées proposés par les communautés, dont celui sur la rivière Péribonka.

Avant que le gouvernement n’en fasse l’annonce, la porte-parole du CSRP, Ève Tremblay, avait écrit à François Legault pour lui faire part de l’importance du projet d’aire protégée sur la rivière Péribonka.

Les zones de récoltes potentielles présentées par le MFFP dans le cadre de la consultation publique en cours jusqu’au 6 mars.

Le 18 décembre, une journée après que le gouvernement ait annoncé l’atteinte de 17 % de protection du territoire, Marie-Ève Verreault, conseillère politique au cabinet du ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), a répondu à Ève Tremblay.

« D’entrée de jeu, je tiens à saluer les efforts que votre comité a déployés à l’égard de ce projet ainsi que l’intérêt qu’il porte à la protection de ce territoire. Je souligne la grande valeur écologique de ces écosystèmes et souhaite vous confirmer que votre projet a fait l’objet, cet automne, d’une analyse gouvernementale avancée. Malheureusement, celui-ci n’a pas été retenu […] Cela étant, je tiens à vous préciser que le gouvernement poursuivra ses efforts pour protéger les milieux naturels du Québec et désigner de nouvelles aires protégées. D’ailleurs, il réfléchit déjà à définir de nouvelles cibles en la matière qui guideront nos travaux dans les années à venir. Le projet de la rivière Péribonka s’inscrira assurément dans cette nouvelle démarche. »

Quelques semaines plus tard, le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs faisait l’annonce d’une consultation concernant le plan d’aménagement forestier intégré opérationnel, dans lequel des coupes de plus de 20 000 hectares sont prévues en bordure de la rivière Péribonka.

Le Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka souhaite maintenir le potentiel récréotouristique en évitant les coupes.

Le projet d’aire protégé de la rivière Péribonka couvre un couloir visuel de 80 kilomètres de longueur avec une largeur d’environ 1,5 km sur chaque rive. Quatre secteurs de récolte toucheraient à cette zone, mais une bonne partie de la récolte se fera à l’extérieur du projet d’aire protégée.

Signe de la valeur écologique du secteur, Produits forestiers Résolu et Rémabec avaient désigné l’endroit comme étant une forêt à haute valeur de conservation, en 2011, dans le cadre d’un projet pour maintenir leur certification FSC (Forest Stewardship Council). Certains des secteurs visés par la récolte étaient d’ailleurs des blocs de protection pour le caribou forestier. Les deux industriels forestiers ont depuis perdu leur certification FSC, misant plutôt sur la certification SFI (Sustainable Forestry Initiative).

Selon Ève Tremblay, ces coupes viendront défigurer le paysage et limiteront le potentiel de futurs aménagements récréotouristiques. Plusieurs millions de dollars ont déjà été investis dans le secteur, dit-elle, notamment pour la construction de la passerelle du 49e parallèle, qui passe près du secteur de la Baie-des-Gardes, où une zone de récolte est prévue.

En 2011, les industriels forestiers avaient ciblés des secteurs à haute valeur de conservation le long de la rivière Péribonka pour maintenir leur certification FSC. Depuis, ils ont délaissé FSC pour miser sur la certification SFI.

Le ministère souhaite récolter le bois affecté par la tordeuse des bourgeons de l’épinette, qui s’attaque en premier lieu aux sapins. Selon Ève Tremblay, la rivière Péribonka crée un microclimat qui favorise le feuillu, et cette dernière se demande pourquoi le ministère justifie un projet de récolte avec la tordeuse.

D’anciens massifs protégés

Deux des secteurs de récolte se trouvent sur des massifs qui étaient protégés pour l’habitat du caribou forestier. En décembre 2019, le ministre Pierre Dufour avait accepté de rouvrir la récolte sur trois massifs forestiers, pour un total de 46 000 hectares, où il n’y avait pas d’indice de présence des caribous. Cette décision a été prise avant les inventaires réalisés à l’hiver 2020, puis en 2021, moment où le MFFP a intégré ces secteurs à son plan d’aménagement forestier intégré tactique (PAFIT).

Pour l’instant, les zones de récolte sont à l’étape de consultation avec la population. À cette étape, le MFFP présente des zones plus grandes que les coupes réelles, afin de faire ressortir les craintes de tous les utilisateurs et d’intégrer les commentaires dans la planification fine de la récolte. Malgré une demande d’entrevue faite le 11 février au MFFP, il a été impossible d’obtenir des précisions sur les coupes prévues, notamment pour confirmer l’absence de caribous dans le secteur.

Le projet d’aire protégée de la rivière Péribonka couvre un corridor visuel de 80 km le long de la rivière du même nom.

Le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, est entré en contact avec Ève Tremblay pour réitérer son soutien au projet. Ce dernier compte envoyer ses commentaires dans le cadre de la consultation publique, tenue de manière virtuelle jusqu’au 6 mars, pour exprimer son désaccord avec la récolte dans ce secteur.

« Je comprends mal comment le MELCC peut dire qu’il poursuivra ses efforts pour la création d’une aire protégée, et que le MFFP annonce des coupes quelques semaines plus tard », a-t-il remarqué.

Difficile de convaincre tout le monde

Le projet d’aire protégée de la rivière Péribonka est devenu un projet porté par le MELCC en 2017. Comme le veut la procédure, le MELCC a soumis le projet pour analyse au MFFP et au ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN). Le MERN a rapidement approuvé le projet, mais le MFFP est resté muet.

Le Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka souhaite maintenir le potentiel récréotouristique en évitant les coupes.

À la table de gestion intégrée des ressources et du territoire, la Direction de la gestion des forêts du Saguenay-Lac-Saint-Jean a récemment admis avoir accepté le projet, qui aurait été par la suite refusé par le MFFP.

« La procrastination exercée par le MFFP au niveau régional, en ne donnant pas les avis demandés sur les projets d’aires protégées particuliers, a réussi à saboter le dossier régional des aires protégées au Saguenay-Lac-Saint-Jean », estime Louis Bélanger, ingénieur forestier et responsable de la commission Forêt à Nature Québec.

Au lieu de choisir le projet de la rivière Péribonka, le gouvernement a plutôt choisi de protéger un milieu humide près de la rivière Belley, un secteur qui était notamment proposé par l’industrie en 2011 pour maintenir la certification FSC. « Après analyse de tous les projets ayant fait l’objet de concertation régionale, il s’est avéré qu’au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le projet de la rivière Belley permettait une meilleure conciliation des intérêts environnementaux, sociaux, culturels et économiques », a commenté le MELCC par courriel.