Félix Daviault-Ford, Julian Salamanca, Pierre-Luc Girard et Daniel Duarte, des microbrasseries Pie Braque et Tierra Santa, ont échangé leurs chandails vendredi, alors qu’ils brassaient ensemble une bière collaborative qui sera une véritable ode à l’été.

Des brasseurs colombiens chez Pie Braque

Une parcelle d’Amérique du Sud ensoleille présentement les locaux de la microbrasserie Pie Braque, alors que se déploie le deuxième volet d’un échange culturel assorti d’un partage de connaissances impliquant brasseurs saguenéens et colombiens.

Julian Salamanca et Daniel Duarte, de la microbrasserie Tierra Santa, à Bogota, sont venus ajouter leur grain de sel à une bière collaborative concoctée à Jonquière grâce à l’apport des brasseurs des deux pays. Le Progrès a fait état de ce projet audacieux il y a quelques mois, alors que Félix Daviault-Ford, cofondateur de Pie Braque, rentrait tout juste de Colombie. Il a vécu en ces terres pendant plusieurs mois et en a profité pour tisser des liens avec des artisans locaux. Il a fait la rencontre de Salamanca et Duarte, deux restaurateurs et brasseurs passionnés, avec qui il s’est lié d’amitié. La connexion a été instantanée et c’était le début d’une belle alliance entre Pie Braque et Tierra Santa.

En sol colombien, les maîtres brasseurs ont élaboré une bière belge brune aux arômes de cacao et de sirop d’érable. Le partenariat visait la mise à profit du savoir-faire de chacun, tout en jetant les bases d’un échange culturel.

Au moment de la publication du reportage, Félix Daviault-Ford avait très hâte de recevoir ses compagnons colombiens ici à l’usine de Pie Braque, dans le parc industriel de Jonquière. Il ne pouvait cependant dire précisément quand cela se produirait, les deux hommes d’affaires étant fort occupés par leur entreprise de restauration. L’annonce de leur visite est arrivée en même temps que le printemps.

Recette secrète

Rencontré vendredi dans les locaux de Pie Braque, tout ce beau monde était occupé à brasser un liquide ambré aux notes florales et aux parfums d’été, une bière qui se veut une ode aux vacances et qui devrait gagner les tablettes des détaillants juste à temps pour le congé de la construction. 

« On voulait produire une bière ensoleillée, pâle, de type lager, parfumée et rafraîchissante. Une vraie bière d’été. Le concept est que nos amis colombiens apportent un ingrédient de chez eux, que l’on ajoute à un ingrédient d’ici. Il y a un partage d’ingrédients et de connaissances », résume Félix Daviault-Ford, qui préfère garder les éléments de base secrets pour l’instant. Le voile sera levé lors du lancement de la bière, dans environ six semaines. Ce que l’entrepreneur peut dévoiler, cependant, c’est le nom du nectar qui gorge actuellement la cuve de l’usine, où le mariage des saveurs se consomme tranquillement. Ce sera El puente.

« Au sens littéral, ça veut dire ‘‘le pont’’. Il y a aussi la métaphore du pont entre les deux nations. En plus de ça, on brasse cette bière pendant un congé férié et en Colombie, il y a énormément de jours fériés. Là-bas, ils appellent ces fins de semaine de trois jours là des ‘‘puente’’ », explique Félix Daviault-Ford.

L'heure est à la collaboration

En Colombie, les bières de microbrasserie gagnent en popularité, mais l’industrie brassicole est beaucoup moins développée que chez nous. Les ingrédients sont plus rares et la plupart proviennent de l’étranger. 

Pour Julian Salamanca et Daniel Duarte, l’alliance avec Pie Braque vaut son pesant d’or. En Félix Daviault-Ford, Philippe Dufour, Simon Melançon et Pierre-Luc Girard, ils ont trouvé de précieux amis, mais aussi des collègues chevronnés. 

«Ce partage est extrêmement important pour nous. On a les mêmes valeurs. En Colombie, la bière artisanale est en vogue et plusieurs veulent suivre la vague simplement pour faire de l’argent. Ce n’est pas notre but. Nous, on le fait pour les bonnes raisons. Tout ce qu’on apprend ici, la qualité, la différence et l’innovation, on va ramener ça chez nous», a expliqué Daniel Duarte, en anglais.

Les deux brasseurs colombiens ne passeront qu’une semaine en sol saguenéen. Ils attendront le prochain passage de la conjointe de Félix Daviault-Ford, dont le travail l’amène souvent en Colombie, pour savourer la El puente. 

La Märzen avec Charlevoix

Avec 13 bières lancées en 10 mois, on peut dire que Pie Braque a le vent dans les voiles. Et l’heure est à la collaboration. Récemment, la petite entreprise s’est associée à la Microbrasserie de Charlevoix, l’une des doyennes du domaine au Québec, pour produire une bière rousse de style allemand, la Märzen. 

«En 20 ans, c’est la première fois que la Microbrasserie de Charlevoix s’implique dans un projet de collaboration et c’est avec nous qu’ils l’ont fait. Tous les deux, on affectionne les bières belges. Les bières allemandes sont très différentes. On est donc sortis de notre zone de confort et on est très heureux du résultat», informe Félix Daviault-Ford. Le brasseur relève qu’il existe une véritable confrérie dans son domaine, particulièrement en région, où tous ont à coeur l’essor de cette industrie en floraison.