Des blagues pour détendre l'atmosphère au G7

Une photo de famille qui ne dure que quelques secondes. Des sherpas qui dorment très peu. L’ambiance est restée tendue au Sommet du G7 dans Charlevoix, vendredi, malgré les blagues que le président américain Donald Trump a lancées pour détendre l’atmosphère.

«Justin a accepté de couper tous les tarifs et toutes les barrières commerciales entre le Canada et les États-Unis», a taquiné M. Trump lors de la séance photo précédant sa rencontre seul à seul avec le premier ministre du Canada.

Il a ensuite ajouté, sur un ton plus sérieux, que des «progrès» avaient été réalisés dans le dossier de la modernisation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). «On travaille actuellement là-dessus», a-t-il soutenu sur la question des tarifs qu’il a récemment imposés sur l’acier et l’aluminium. M. Trump évalue que sa relation avec Trudeau est «aussi bonne ou meilleure qu’elle ne l’a jamais été», même si une guerre commerciale se dessine entre les deux pays. 

En fin de journée, un représentant du gouvernement canadien a refusé d’affirmer que des progrès avaient bel et bien été réalisés durant la rencontre bilatérale entre les deux pays. «Ils ont eu une rencontre très positive et constructive, qui a duré plus longtemps que prévu», s’est-il borné à dire.  

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Interrogé par La Presse canadienne, le haut responsable n’a pas voulu dire si le dirigeant américain avait répété de vive voix l’avertissement qu’il avait lancé sur Twitter: «Éliminez vos tarifs et barrières ou nous en ajouterons encore plus.»

Donald Trump a également rencontré seul à seul le président français Emmanuel Macron, qu’il a qualifié «d’ami», mais pas les autres leaders du G7. 

Pas de G8 avec la russie

La journée avait toutefois commencé sur un ton beaucoup plus provocateur de la part de M. Trump, qui s’en est pris sur les réseaux sociaux aux liens commerciaux «injustes» qui lient les États-Unis aux autres pays du G7, notamment sur l’agriculture et les produits laitiers. 

Juste avant son départ de Washington, Donald Trump avait jeté un pavé dans la mare en proposant de réintégrer la Russie au G7, dont elle avait été exclue en 2014 après l’annexion de la Crimée.

L’idée a rapidement été enterrée par les Européens, de même que par Ottawa. Il n’y a «aucune raison», dans l’état actuel des choses, de redonner à la Russie une place à la table du club sélect des nations, a réagi la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

Un haut responsable de la Maison-Blanche a finalement expliqué que la suggestion du président américain «n’était pas prévue» et que les diplomates n’en faisaient pas un sujet de discussion avec leurs homologues.

En séance de breffage, Chrystia Freeland n’a pas caché qu’il serait difficile de terminer le Sommet du G7 samedi avec un communiqué qui fait consensus et qui serait signé par tous les pays. 

Elle a soutenu que le travail des sherpas, ces représentants personnels des chefs d’État, était «intensif» et que Peter Boehm, le sherpa canadien, n’avait dormi que 3h15 la nuit précédente. 

Lorsqu’est venu le temps de prendre la traditionnelle photo de famille de tous les dirigeants, avec le fleuve Saint-Laurent en arrière-plan, les chefs d’État n’ont tenu que quelques secondes en place avant de regarder leurs montres et de quitter promptement. 

Les chefs d’État n’ont tenu que quelques secondes en place pour la traditionnelle photo de famille avant de regarder leurs montres et de quitter promptement.
Justin Trudeau, Theresa May et Donald Tusk

Retenons toutefois que le président américain n’a pas fait faux bond à son rendez-vous dans Charlevoix, même s’il quittera la région samedi quelques heures avant les autres dirigeants pour rallier Singapour, où se déroulera le 12 juin son sommet historique avec Kim Jong-un, sa priorité affichée depuis des semaines.  Avec La Presse canadienne et AFP

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ULTIME EFFORT POUR UN ACCORD

Le Sommet du G7 s’achève samedi dans d’ultimes tractations pour sauver les apparences, voire réduire les fractures ouvertes par Donald Trump. Jusqu’au bout, les délégations américaine, canadienne, française, allemande, italienne, britannique et japonaise vont tenter d’accoucher d’un communiqué commun.

Principal point litigieux, le commerce évidemment, lors de cette première réunion du G7 après l’entrée en vigueur de taxes américaines sur l’acier et l’aluminium importés. Précédé par des tweets rageurs, Donald Trump a fait bonne figure pour la photo de famille et s’est fendu de quelques amabilités. Mais à croire deux sources des négociations, chacun a campé sur ses positions à la principale réunion de travail, les Européens tentant d’opposer des arguments chiffrés à une «longue litanie de récriminations» du président américain.

Un moment «rugueux» mais peut-être «salutaire» pour «crever l’abcès», croit une source française.

Difficile toutefois dans ces conditions d’imaginer un «communiqué commun» dans la grande tradition des réunions du G7. Si Donald Trump lui-même a dit croire à la publication d’un tel communiqué, des membres de délégations évoquent plutôt un compromis.

Cela prendrait la forme d’un texte signé à sept mains pour certaines parties consensuelles, et réservant certains paragraphes séparés à l’opinion dissidente des États-Unis sur les points les plus sensibles: le commerce, mais aussi les accords sur l’Iran et le climat, dont Donald Trump a claqué la porte.

Une autre hypothèse serait la publication d’une «déclaration» signée de la seule présidence canadienne du G7 et prenant acte des désaccords — une différence aussi importante pour les diplomates qu’elle est subtile pour le public.

La chancelière allemande, qui a eu un aparté avec le milliardaire américain, a tenté de calmer les esprits sur le commerce en proposant d’ouvrir un dialogue bilatéral entre les États-Unis et l’Union européenne. Selon cette source, elle entend défendre l’idée d’un «mécanisme d’évaluation partagé» entre Américains et Européens. Berlin redoute plus que tout une offensive américaine contre la puissante industrie automobile allemande.

Communiqué final ou pas, le G7 mènera samedi diverses séances de travail, par exemple sur le climat, avant de se conclure dans l’après-midi par les conférences de presse des chefs d’État et de gouvernement. Sauf Donald Trump: dernier arrivé au Québec vendredi, il sera le premier à en repartir samedi.  AFP

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UNE DJ DU SIROP

«C’est tellement canadien!» Les journalistes étrangers qui dînaient au Centre des congrès de Québec se sont exclamés et ont pris plusieurs photos de la pluie de sirop d’érable qui leur était offerte avec leur assiette de desserts locaux, servis sur branches d’épinette. Le précieux liquide ne tombait pas du ciel, mais était plutôt contrôlé par une «DJ du sirop», qui observait les convives depuis une plate-forme surélevée et faisait pleuvoir le précieux liquide lorsqu’ils élevaient leurs assiettes. C’est la firme montréalaise C2 qui a signé ce concept. Les policiers de la Gendarmerie royale du Canada, tout de rouge vêtus, ont aussi été populaires auprès des représentants des médias, qui ont pris de nombreux égoportraits avec eux. En tout, 1,4 million $ a été alloué pour la nourriture et l’ambiance du centre principal des médias, auquel ont accès les 1400 journalistes qui sont accrédités pour le G7.  Patricia Cloutier