L'avocat Claude Gaudreault préside l'Association chasse et pêche de Chicoutimi. Il a transmis sa passion à sa fille Marie-Christine, qui est instructrice de tir qualifiée.

Des bénévoles chevronnés au champ de tir de Saint-Honoré

Hétéroclite est le bon mot pour qualifier l'équipe de bénévoles qui porte les activités du champ de tir de Saint-Honoré à bout de bras pendant un mois chaque année, en vue de l'ouverture officielle de la chasse au gros gibier.
Un avocat, deux policiers retraités, dont un ex-tireur d'élite de la Sûreté du Québec, une femme de 35 ans qui baigne dans l'univers de la chasse depuis qu'elle est enfant. Ces mordus sont membres de l'Association chasse et pêche de Chicoutimi. C'est l'organisme qui a acquis les installations du chemin du Ruisseau en 1973. En 44 ans, le champ de tir est devenu un lieu hautement fréquenté. Les chasseurs s'y rendent pour obtenir les conseils pointus d'instructeurs qualifiés, faire ajuster leur arme ou simplement s'exercer avant de se retrouver tapis quelque part dans la zone 28, tout de camouflage vêtus, à nourrir l'espoir d'abattre une bête.
Claude Gaudreault a présidé l'Association chasse et pêche de Chicoutimi au début des années 80. Il a quitté la gouverne de l'organisme pour y revenir en 1996. Depuis ce temps, chaque année à compter de la mi-août, il troque sa toge d'avocat pour l'habit de chasseur avant de se rendre au champ de tir. Le rituel quotidien dure un mois. C'est à cet endroit qu'il prodigue des conseils aux amoureux de la chasse et qu'il agit comme l'un des grands manitous de la sécurité. Au fil des ans, Claude Gaudreault a assisté à une recrudescence notable de l'achalandage au champ de tir.
«Les champs de plus de 1000 pieds sont très rares en région. On reçoit beaucoup de monde, même des gens de l'extérieur. On est vraiment en croissance et on bat nos propres records chaque année. Cette année, ça va être une bonne année. Les chasseurs sont enthousiastes, ils ont le droit d'abattre les trois bêtes (femelle, buck et veau)», dit celui qui évalue à environ 2000 le nombre d'armes vérifiées par les instructeurs bon an mal an. Aux dires du président, les utilisateurs, âgés de 12 à 99 ans, se bousculent aux portillons à l'aube de chaque saison. Il dit vrai, puisque sur le coup de 16h, mercredi, la zone de tir est soudainement devenue noire de monde. Le bruit d'étuis débouclés en série a pavé la voie à l'éveil de longues armes couchées sur des lits de mousse.  
«On a eu autour de 1400 personnes depuis l'ouverture. Moi, ça fait 30 jours que je viens ici. C'est vraiment une passion. Pour nous, la récompense, c'est de voir la confiance que les gens ont quand ils partent. Ils ne doutent plus de leur arme ni d'eux-mêmes», a fait valoir le juriste, qui a transmis sa passion à sa femme et à sa fille. Assise dans un petit kiosque de bois, l'épouse de Claude Gaudreault, une chasseuse avertie, accueille les visiteurs à Saint-Honoré avec le sourire. Ils doivent parfois faire la file pendant quelques minutes avant d'avoir accès à l'une des dix tables de tir et aux conseils personnalisés d'experts comme sa fille Marie-Christine. Instructrice qualifiée et passionnée de chasse et de pêche, elle a été la toute première présidente du pendant jeunesse de l'association, fondé dans les années 80 et regroupant des enfants de directeurs.
Derrière la visière de sa casquette rose, Marie-Christine Gaudreault manie la carabine .300 semi-automatique avec une assurance troublante, sans broderie ni dentelle. La chasse étant un loisir fortement représenté par la gent masculine, certains adeptes sourcillent quand ils constatent qu'une femme est sur le point de leur donner une sérieuse leçon en matière de maniement d'armes. Marie-Christine ne se laisse pas décoiffer. Avec une moyenne de trois balles utilisées pour atteindre l'oeil du taureau à une distance de 1000 pieds, la chasseuse n'a absolument rien à envier à ses collègues mâles.
Les deux policiers à la retraite Benoît Potvin et Larry Chambers sont partenaires de chasse depuis 35 ans.
Tireur d'élite à la SQ et officière de tir
Larry Chambers, un homme de 73 ans au visage buriné, en a lui aussi vu d'autres. Tireur d'élite à la SQ pendant de nombreuses années, il connaît les armes dans toutes leurs subtilités.  
La chasse n'a plus de secrets pour le retraité, qui pratique ce loisir assidûment depuis 35 ans. Il n'a raté qu'une seule saison et n'a pas eu besoin de justifier les raisons de son absence bien longtemps à son partenaire de chasse de toujours et lui aussi ex-policier, Benoît Potvin. Il devait se soumettre à une chirurgie cardiaque. Tout cela pour dire que pour Larry Chambers, la chasse et les armes à feu forment un tout.
«Il ne faut pas juste être un bon tireur. Il faut préparer le terrain, il faut voir la bête avant. Il faut appréhender son comportement, s'impliquer dans ses habitudes», explique-t-il lentement, le dos voûté et la voix rauque, comme s'il était en train de raconter une légende amérindienne. Comme pour donner du poids à son récit, il sort une carabine 3006 de type Springfield de son enveloppe, noire, flambant neuve, l'étiquette pendue à sa gâchette. Il s'apprête à inspecter la chose et à s'assurer de son fonctionnement optimal, un oeil fermé, le front plissé. Le propriétaire de l'arme, qui s'est départi d'environ 500$ pour acquérir l'objet ses désirs, pourra ensuite s'engouffrer dans les entrailles colorées de la forêt régionale l'esprit tranquille, une arme fonctionnelle et bien ajustée en main.
Officière de tir
Surplombant Larry Chambers, Benoît Potvin, Marie-Christine et Claude Gaudreault, haut perchée sur son siège d'officière de tir comme un sauveteur qui scrute les baigneurs d'une piscine publique, Ginette Gendron veille au grain. Présente au champ de tir plusieurs fois par semaine, elle a été «contaminée» par son mari. Protecteurs auditifs sur la tête, la dame surveille les tireurs et s'assure qu'aucun élément indésirable ne s'invite dans la zone de tir.
«Ça prend tout le temps quelqu'un qui surveille. Tout d'un coup qu'un quatre roues ou un ours se retrouverait dans le chemin! J'aime beaucoup ça. Je regarde tous ces gens heureux qui sont prêts à tirer et à faire mouche. J'aime l'ambiance», hurle-t-elle, par-dessus une volée assourdissante de coups de feu qui font trembler les corps inaccoutumés comme de fragiles feuilles d'automne.