Des appels d’offre du Palais de justice de Roberval annulés deux fois

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Les entrepreneurs de la région devront aiguiser leurs crayons pour obtenir les contrats du projet de réaménagement du Palais de justice de Roberval. La réalisation de ce projet évalué à 62 M$ est supervisée par la Société québécoise des infrastructures (SIQ) qui en a confié la gestion au géant québécois Pomerleau.

C’est ce qui se dégage des publications sur le Système électronique d’appel d’offres du gouvernement du Québec (SEAO) pour le premier volet du projet de palais de justice. Les soumissions pour le coffrage et bétonnage ainsi que l’excavation, le remblai et le génie civil ont été annulées à deux reprises. Il n’y a aucune explication pour justifier ces décisions. Le donneur d’ouvrage a le droit de ne pas retenir les subventions et le mentionne dès la publication de l’appel d’offres.

Cette affaire d’annulation de soumission s’est répandue comme une trainée de poudre dans le secteur de la construction régional. Ils sont plusieurs à craindre que le comportement de l’organisme gouvernemental ne fasse perdre des dizaines de millions aux entrepreneurs d’ici.

«On met beaucoup de temps et d’argent pour préparer des soumissions. Quand on perd un contrat parce que l’autre entreprise présente une soumission plus basse, ça fait partie du risque, mais quand c’est la SIQ qui annule une soumission... C’est vraiment problématique surtout qu’avec toutes les obligations en matière de santé en ce moment sur les chantiers, on doit composer avec des frais additionnels», a expliqué un entrepreneur au Quotidien, qui a vécu la même situation dans un autre projet.

Annulations

En février 2020, la SIQ a publié un appel d’offres pour le coffrage, le bétonnage et la finition de béton. L’entreprise JE Perron de Chicoutimi a présenté la plus basse soumission au montant de 6 037 777 $. Plus de 1,5 M$ de moins que Coffrage Alliance avec un montant de 7 593 000 $.

LA SIQ a ensuite publié un deuxième appel d’offres pour des travaux de bétonnage, de coffrage et de finition de béton. Cette fois, l’entreprise Coffrage Alliance de Laval a déposé une soumission de 4 926 000 $ alors que JE Perron de Chicoutimi présentait un projet de 5 497 777 $.

Pour ce qui est des travaux d’excavation, remblai et civil, l’entreprise Rosario Martel d’Alma a remporté une première soumission au montant de 6 082 100 $ devant Claveau et Fils de Jonquière avec une soumission de 6 758 361 $. La soumission porte la mention annulée sur le SEAO.

Dans le deuxième appel d’offres, l’entreprise Rosario Martel a été la seule à présenter une soumission de l’ordre de 2 911 423 $ et la SIQ a encore une fois décidé de procéder à l’annulation de la soumission.

Dans ces situations, la SIQ a le droit de négocier un contrat de gré à gré avec l’entreprise qui assure la gestion du projet. Elle pourrait donc demander à Pomerleau de réaliser les travaux. La conseillère en communication de la SIQ, Priscilla Gagnon, a indiqué au Quotidien qu’une telle démarche devait être encadrée avec des conditions spécifiques, ajoutant qu’elle devait effectuer des vérifications avant de se prononcer sur ces cas spécifiques.

Maisons des aînés

Une seconde situation soulève également des craintes pour les projets d’investissements dans la région au cours des prochains mois. Le gouvernement du Québec, par l’entremise de la SIQ, a décidé de réaliser le projet des trois Maisons des aînés selon le procédé Conception, construction et financement (CCF).

L’appel de qualification a été lancé le 31 janvier et la SIQ a en ce moment entre les mains le nom des firmes qui ont déposé leur candidature selon les exigences de ce type de contrat.

L’entreprise doit présenter un projet avec un prix qui comprend toutes les phases. La problématique concerne la capacité financière des entreprises régionales.

Dans ce procédé particulier, l’entreprise doit supporter les coûts de construction pendant la durée du projet. Il n’y a donc pas de versement fait à tous les mois en fonction de l’avancement des travaux.

«Quand on évalue la situation en ce moment, les entreprises en construction de la région qui sont en mesure de supporter un projet de 60 ou 70 M$ pendant plusieurs mois ne sont pas légion. Le gouvernement met pratiquement en place une façon de faire qui écarte plusieurs entreprises qui auraient pu faire les projets avec un procédé où il y a des versements chaque mois», explique au Quotidien un spécialiste de ce type de projet qui ne veut pas s’identifier.

Le procédé CCF constitue une façon de faire qui favorise grandement la sous-traitance. Ce qui oblige les plus petites entreprises à se plier aux exigences des donneurs d’ouvrage avec à terme des litiges devant les tribunaux pour tout ce qui concerne les extras réalisés pendant les contrats.

Interrogée sur les raisons pour lesquelles le gouvernement fait ce choix de gestion de projet, la porte-parole de la SIQ n’a pas été en mesure de fournir la réponse.