Délaissement de maisons: 166 drames

Le bilan est dramatique : 166 familles ont dû remettre les clés de leur maison au cours des douze derniers mois au Saguenay-Lac-Saint-Jean, faute d’être capables de payer leur prêt hypothécaire. Il s’agit, et de loin, du plus haut nombre de délaissements qu’a connu la région depuis le tournant des années 2000.

À titre comparatif, le même nombre de maisons (166) a été délaissé dans la région administrative de Montréal durant la même période. Montréal compte pourtant sept fois plus d’habitants.

« Ça ne me surprend pas, concède le syndic autorisé en insolvabilité Jeannot Fillion. On voit un phénomène qu’on ne rencontrait pas il y a cinq ou six ans. Le marché immobilier ayant baissé, des jeunes couples qui se séparent quelques années après avoir acheté une maison ne sont tout simplement plus capables de la vendre au prix d’achat. Ils perdent de grosses sommes, parfois 30 000 $, 40 000 $ ou 50 000 $. Il y a cinq ou six ans, il y avait divorce, les gens mettaient en vente et il leur restait même de l’argent qu’ils pouvaient ensuite diviser. Maintenant, des couples ne sont pas capables de vendre au montant de l’hypothèque restante. On rencontre de plus en plus cette situation. »

Il y a cinq ans, entre décembre 2012 et novembre 2013, « seulement » 75 maisons avaient été ainsi délaissées au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Dans un article publié en novembre 2015, Le Quotidien parlait du « pire désastre financier en 15 ans » alors que 115 familles avaient perdu leur maison aux mains des créanciers entre janvier et octobre. Au total pour l’année 2015, 120 délaissements ont été effectués. Cette fois-ci, le nombre de 166 est tiré des données allant de décembre 2016 à novembre 2017, donc également sur une période de douze mois. Les données pour l’année 2017 dans son ensemble seront disponibles en janvier.

« On a atteint des sommets du nombre de préavis l’an passé, constate l’analyste Joanie Fontaine, de la firme JLR qui a fourni les données. Cette année, il y a une diminution du nombre de préavis d’exercice, donc du côté positif on peut penser qu’il y aura une diminution du nombre de délaissements en 2018. »

Mme Fontaine pointe aussi le marché immobilier peu vigoureux pour expliquer le phénomène. « Les prix diminuent et les délais de vente augmentent. Les ménages qui subissent une perte d’emploi, par exemple, ont de la difficulté à revendre à un prix qui va payer à la fois le courtier et l’hypothèque. À Montréal, c’est plus facile de vendre. Donc le nombre de préavis est beaucoup plus grand, mais les gens ont le temps de vendre avant de devoir faire un délaissement. »

Problème régional

Dans l’ensemble du Québec, au cours des douze derniers mois, le nombre de délaissements a diminué de 5 % par rapport aux douze mois précédents. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il a augmenté de 31 %. Le marché immobilier connaît des difficultés dans plusieurs régions du Québec. « Au Bas-Saint-Laurent, sur la Côte-Nord et au Saguenay-Lac-Saint-Jean, avec la population vieillissante, c’est plus difficile, explique Mme Fontaine, qui est économiste. Il y a peu de jeunes pour acheter les maisons. On se retrouve avec beaucoup de maisons sur le marché et peu de gens pour les acheter. Souvent, des gens mettent leur maison en vente, mais c’est trop peu, trop tard, et il y a une reprise de finance. »

Le temps de vente très long est en effet une « cause d’insolvabilité », explique le syndic autorisé Jeannot Fillion. « On voit des jeunes, mais on voit aussi des personnes âgées qui n’ont plus les moyens de payer les taxes de leur maison et l’électricité, par exemple. On voit des gens avec des gros salaires comme des gens avec des revenus moindres. Le marché des grosses maisons est très difficile. Parfois, les gens ont des maisons de 350 000 $-400 000 $, mais ils sont incapables de les vendre. Après neuf mois sur le marché, un divorce, etc. ils ne sont tout simplement plus en mesure de payer. »

En ce qui a trait aux préavis d’exercice, 345 ont été émis au cours des douze derniers mois, une baisse par rapport aux 367 de l’année précédente. 

Le tableau suivant présente des données régionales sur une période de douze mois, du mois de décembre d’une année au mois de novembre de l’année suivante. Les données sont compilées par la firme JLR à partir des actes publiés au Registre foncier du Québec.

*Délaissement : Il s’agit soit d’un immeuble hypothéqué abandonné volontairement au profit de son créancier hypothécaire ou d’un jugement qui ordonne le délaissement (forcé) d’un immeuble à la suite du défaut de paiement de la créance.

**Préavis d’exercice : Avis par lequel une personne porte à la connaissance d’un autre individu son intention d’exercer son recours quant à l’exercice de son droit hypothécaire (prise en paiement, vente sous contrôle de justice, vente par le créancier et prise de possession à des fins d’administration). Les préavis pour défaut de paiement d’impôts fonciers ne sont pas inclus. 

(Tiré du rapport Tendances des mauvaises créances au Québec produit par la firme JLR)