Rodrigue Bégin, fils d’un photographe de Mont-Joli, a été impliqué dans de nombreuses organisations ayant permis le développement d’infrastructures sportives majeures dans la région en plus d’être l’un des visages les plus connus de la rue Racine à Chicoutimi.
Rodrigue Bégin, fils d’un photographe de Mont-Joli, a été impliqué dans de nombreuses organisations ayant permis le développement d’infrastructures sportives majeures dans la région en plus d’être l’un des visages les plus connus de la rue Racine à Chicoutimi.

Décès de Rodrigue Bégin : la région perd l’un de ses bâtisseurs

Denis Villeneuve
Denis Villeneuve
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Au cours des derniers jours, l’arrondissement de Chicoutimi et le Saguenay-Lac-Saint-Jean ont perdu l’un de ses grands bâtisseurs à la suite du décès, à l’âge de 90 ans, de Rodrigue Bégin, photographe très connu, homme d’affaires, politicien et bénévole impliqué dans de multiples organisations sans avoir toujours obtenu la reconnaissance qu’il méritait.

Discuter avec les amis du disparu, c’est embarquer dans de grands pans de la petite et grande histoire régionale à laquelle est associé le nom de Rodrigue Bégin.

Natif de Québec, M. Bégin a pris racine dans la région à l’âge de 17 ans, afin d’y entreprendre une fructueuse carrière de photographe. Selon Jean Wauthier, ami du défunt et ex-directeur des communications à l’UQAC, M. Bégin a photographié des milliers de personnes de la région, puisqu’avec ses employés des Ateliers BLM, il a photographié des milliers d’étudiants de l’UQAC et des collèges de la région pour l’émission des cartes d’identité, sans compter les centaines de mariages au cours desquels il a été embauché.

« Rodrigue Bégin est connu comme photographe, mais c’était aussi un athlète accompli. Il y a 70 ans, Rodrigue partait de Québec en vélo pour traverser le Parc des Laurentides et arriver à Chicoutimi le soir, avec les conditions de la route et les vélos de l’époque. On aurait dit qu’il était né avec des skis alpins dans les pieds. Il adorait la pêche à son chalet du lac Jalobert », mentionne M. Wauthier.

Parlant de ski, M. Bégin a participé au développement de l’ex-centre Mont-Clairval à l’entrée du Parc des Laurentides. « À l’époque, le Clairval recevait des autobus scolaires et il donnait des cours de ski, mais son rêve était de développer le ski sur les Monts-Valin. Les fonctionnaires ne voulaient pas que la région compétitionne le Mont Sainte-Anne. Ils nous ont donné le Valinouët. » De par son implication bénévole, Rodrigue Bégin est allé chercher 1,4 M$ pour corriger les courbes de la route du Valinouët.

Un autre haut fait d’armes rappelé par Lucien Gendron, un autre ami du défunt, a été l’implication de M. Bégin pour l’obtention des Jeux d’hiver du Canada en 1983. À l’époque, le fédéral profitait de l’organisation de ces jeux pour doter les municipalités hôtesses d’infrastructures sportives majeures. Rimouski était pressentie pour recevoir les jeux devant Rouyn-Noranda, Trois-Rivières et le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« La région ne pouvait pas trop revendiquer les jeux puisque ses villes étaient équipées de plusieurs arénas, piscines, etc. Il n’y avait pas beaucoup d’éléments sur lesquels on pouvait s’asseoir », précise M. Gendron.

Or, M. Bégin, un rare conservateur convaincu du comté Chicoutimi de l’époque avec le sénateur Arthur Tremblay, avait tissé de forts liens avec Jo Clark, premier ministre d’une dizaine de mois. Ses contacts en tant que membre du conseil d’administration des Jeux du Canada avaient permis à la région d’aller arracher les Jeux des mains de Rimouski. Le cadeau offert à l’époque a été la construction du Pavillon sportif qui a été cédé à l’UQAC par la suite conditionnellement à ce que le public en général puisse accéder aux installations sportives. Plusieurs autres municipalités de la région avaient pu acquérir de nouveaux équipements.

Malgré cette victoire, M. Bégin n’avait pu obtenir la confiance de l’électorat à l’élection fédérale de 1980.

Outre ses implications dans les sports, M. Bégin a occupé le siège de président de la 25e édition du Carnaval-Souvenir de Chicoutimi en 1985, une activité qui avait été marquée par le long défilé partant de la Cathédrale jusque dans le bas de la rue Racine. Des milliers de personnes s’étaient massées sur la rue Racine pour l’occasion.

De plus, il a siégé au sein du conseil d’administration des Fêtes du 150e anniversaire de la région dont l’héritage a été la consécration de la Fabuleuse histoire d’un royaume.

« On a perdu un gars qui a travaillé très fort pour doter la région d’équipements sportifs. Je ne suis pas sûr qu’il a reçu toute la reconnaissance qu’il méritait pour tout ce qu’il a fait. Beaucoup se sont approprié son travail. C’était un gars persévérant. Il ne lâchait jamais », conclut M. Gendron.

M. Bégin laisse une œuvre inachevée puisqu’il aurait souhaité donner naissance à un musée régional de la photographie pour y exposer son fonds d’archives ainsi que celles d’autres photographes et institutions présents ayant œuvré dans la région. Il avait d’ailleurs débuté la numérisation de ses nombreuses photographies.