Le chercheur Junior Tremblay affirme que l’aménagement forestier peut aider à contrer les effets des changements climatiques sur la forêt boréale québécoise.

De plus en plus de feuillus au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Les changements climatiques pourraient avoir un impact significatif, d’ici 2100, dans la forêt boréale québécoise, alors que les grands peuplements d’épinettes et de sapins risquent de diminuer de façon importante pour faire place aux forêts de feuillus.

Il s’agit des conclusions qui se dégagent des projections de modélisation par le biologiste Junior Tremblay, chercheur scientifique – Oiseaux & écosystèmes boréaux à la Direction générale des sciences et de la technologie d’Environnement et Changement climatique Canada. Il s’agit de conclusions qui attirent l’attention puisque ce changement signifierait une transformation majeure de la base économique de l’industrie forestière québécoise qui s’alimente principalement d’essences de résineux.

Les travaux de recherche sur le pic à dos noir ont permis d’établir des scénarios sur les impacts des changements climatiques sur la forêt boréale.

Le chercheur, détenteur d’un doctorat de l’UQAC sur le pic à dos noir, a utilisé cet oiseau pour vérifier les effets des changements climatiques à court et moyen terme. Ce qui lui a permis de tirer de grandes lignes. « Ce ne sont pas des faits, mais bien de grandes probabilités que nous avons tiré des simulations », précise le chercheur.

Le grand intérêt de ces conclusions concerne les mesures à mettre en place pour minimiser les impacts des changements climatiques sur la pérennité des grandes forêts de conifères d’ici 2100 avec une augmentation de la température en forêt boréale de 2,5 à 3 degrés en 2060 dans la forêt du Lac-Saint-Jean. L’aménagement forestier est, selon Junior Tremblay, une piste de solution à évaluer sérieusement et très rapidement pour contrer ces impacts.

M. Tremblay, qui a travaillé avec toute une équipe de scientifiques d’ECCC et de Ressources naturelles Canada (RNCan), a établi que le réchauffement de la température allait à la longue transformer les couverts forestiers après les perturbations qui surviennent en forêt boréale.

Les essences de feuillus vont prendre le dessus et ainsi remplacer petit à petit les conifères après les grandes perturbations. Les feuillus sont des essences beaucoup plus agressives et elles vont donc bénéficier de ce rehaussement des températures.

Des expériences seront menées dans la forêt Montmorency de l’Université Laval afin d’évaluer d’autres stratégies pour récupérer ces vastes territoires avec le reboisement.

« Il y a trois types de perturbation. Ce sont les insectes, le feu et la récolte forestière. Au départ, les feuillus vont surtout bénéficier des zones après la récolte forestière. Plus on avance dans le temps, plus les feux vont remplacer la récolte pour les perturbations et les feuillus vont petit à petit prendre le dessus dans ces grandes zones », estime le chercheur.

« Il est difficile pour l’homme d’avoir un contrôle sur les épidémies d’insectes, à moins d’arroser. C’est le même constat pour les feux de forêt. L’élément sur lequel nous avons un contrôle est l’aménagement forestier et on peut déjà prendre des décisions », insiste le biologiste.

Il serait donc préférable de mettre en place des mesures afin de diminuer la superficie des coupes forestières dans les vieilles forêts de conifères. Ce qui signifie de réaliser des coupes à plusieurs endroits, mais de plus petites superficies. Cette approche aurait un double effet puisqu’elle diminuerait les grands espaces ouverts aux espèces de feuillus et elle retarderait donc dans le temps le remplacement des grandes perturbations de la récolte humaine par les perturbations causées par les feux de forêt. C’est tout le cycle de remplacement des grands peuplements de conifères qui serait ainsi retardé.

« Tant et aussi longtemps qu’il n’y a pas de perturbation importante, le climat n’a pas d’impact sur une forêt de conifères. L’impact se fait sentir à partir du moment ou il y a des perturbations puisque ce sont les nouvelles essences qui prennent la place », ajoute le scientifique.

Les scientifiques poursuivent les travaux sur le terrain. Des expériences seront menées dans la forêt Montmorency de l’Université Laval afin d’évaluer d’autres stratégies pour récupérer ces vastes territoires avec le reboisement. Les chercheurs ont déjà identifié l’hypothèse d’une stratégie de reboisement avec le bouleau jaune (merisier), lequel constitue une essence intéressante.

Des travaux additionnels de recherche seront réalisés avec d’autres espèces d’oiseaux. Il doit y avoir des scénarios avec des animaux comme le caribou forestier, un animal qui vit en général dans les régions froides, et qui devra composer avec l’augmentation des températures.