De la violence amoureuse même chez les ados

La violence dans les relations amoureuses est plus présente que l’on pense chez les ados. Une étude menée par Jacinthe Dion, chercheuse à la chaire VISAJ, révèle que 63 pour cent des filles de quatrième et cinquième secondaire qui ont été en couple au cours de la dernière année ont subi de la violence physique, psychologique ou sexuelle.

Chez les garçons, la statistique est de 49 pour cent.

« C’est vraiment fréquent et il faut faire quelque chose. Ça prend une évaluation scientifique, surtout quand on sait que les jeunes qui ont vécu de la violence ou qui en ont été témoin chez leurs parents sont à risque de reproduire le même modèle », a fait remarquer Jacinthe Dion. Elle a mené ses travaux aux côtés des chercheurs Kevin Smith, Karine Côté et Martine Hébert.

Pour éviter la multiplication des facteurs de risque, il serait donc souhaitable, de l’avis de la chercheuse, d’intervenir auprès des jeunes dès leurs premières relations amoureuses, autour de 12 ans.

Jacinthe Dion, qui est professeure de psychologie à l’UQAC, a également fait ressortir quelques statistiques au sujet des menaces de violence physique en contexte de relation amoureuse. L’enquête menée auprès de 6500 jeunes indique que sept pour cent des filles ont subi ce type d’intimidation de la part de leur copain. Chez les garçons, la proportion est de six pour cent.

Dans la foulée du mouvement #moiaussi, le sujet de la violence amoureuse chez les jeunes est on ne peut plus d’actualité.

L’école est importante

Ce qu’il faut aussi savoir, c’est que 90 pour cent des jeunes sondés dans le cadre des travaux de recherche de la chaire VISAJ ont identifié l’école comme un lieu où ils peuvent recevoir de l’aide.

Un projet a d’ailleurs été déployé dans la région pour sensibiliser les jeunes. Les couloirs de la violence amoureuse, une installation multimédia interactive et itinérante, montrent l’évolution d’un couple à travers les diverses formes de violence conjugale. L’activité a été appréciée des jeunes, a rapporté Jacinthe Dion, mais ses effets sur les connaissances se sont avérés modestes au terme d’une première évaluation.

« Les défis de l’implantation de programmes en contexte scolaire, ça nous a amenés à nous requestionner. Quelles sont les meilleures façons d’évaluer l’efficacité d’un programme ? Les conditions de succès sont la préparation et la formation », a relevé la scientifique. Jacinthe Dion a raconté que dans le cadre de son projet, de nombreux enseignants ont dit se sentir mal à l’aise et ont confié ne pas savoir quoi faire dans les cas de violence amoureuse.

Notons que 56 pour cent des répondantes ont affirmé avoir subi de la violence psychologique et 20 pour cent ont rapporté avoir été victimes de violence sexuelle. La violence physique a touché 16 pour cent des adolescentes qui ont pris part à la recherche.

La professeure Jacinthe Dion, chercheuse à la chaire VISAJ, croit que la violence dans les relations amoureuses chez les adolescents est un phénomène auquel la société et les gouvernements doivent s’attarder.

Les hommes aussi victimes de violence conjugale

La question des hommes hétérosexuels victimes de violence conjugale intéresse les chercheurs.

Jeudi, lors d’un colloque intitulé « Hommes, vulnérabilité et diversité », le doctorant en service social de l’Université Laval, Éric Couto, a abordé cette délicate question en présentant les résultats préliminaires de son projet de thèse.

Il estime que cette violence est suffisamment fréquente et comporte des conséquences assez importantes pour que la société s’en préoccupe. Selon les chiffres avancés, six pour cent des Canadiens auraient vécu de la violence de la part d’une conjointe. Dix pour cent de ces hommes ont rapporté des gestes de violence graves. Comme l’a précisé Éric Couto, il n’existe cependant aucune mesure d’aide ni service pour eux.

Le chercheur a rencontré 13 hommes de 35 à 54 ans, qui ont accepté de partager leur vécu. Il a notamment relevé que lors d’agressions, certains se laissent faire et ne répliquent jamais à ce qui est considéré comme du « terrorisme intime ».

« Quand il y a réplique ou une résistance violente qui se manifeste par le fait d’agripper, d’empoigner ou de retenir pour arrêter l’agression, ça peut devenir un levier pour la femme et il y a de très fortes chances qu’il soit identifié comme l’agresseur », a-t-il pointé, ajoutant qu’il existe des paradoxes, chez les intervenants et chez les policiers, dans la définition même de la violence conjugale.