Paul Cimon, photographe, célèbre ses 30 ans de vie professionnelle.

De la chambre noire à Photoshop

CHRONIQUE / « Toi, tu fais de la beauté. » C’est ce que lui disait sa mère quand elle lui parlait de sa profession de photographe professionnel, pour faire l’éloge de son travail. Paul Cimon souligne cette année ses 30 ans de carrière et il se souvient encore de ce commentaire.

« J’aime les photos compliquées et les portraits. Il y a des gens qui entrent dans mon studio et qui sont terrifiés. Ils ont été promus à un nouveau poste dans le cadre de leur vie professionnelle et l’entreprise a besoin d’une photo corporative pour publier sur leur site Internet ou dans leur rapport annuel, mais ils détestent se faire photographier. Pour eux, s’asseoir ici, c’est comme s’étendre sur une table d’opération », confie le faiseur d’images qui témoigne des gens depuis 30 ans.

« J’aime le contact avec les gens. Je prends le temps de leur parler, je pose des questions, je m’intéresse à qui ils sont, à ce qu’ils font dans la vie et je les fais parler d’eux. Ça permet de les mettre en confiance et de les faire se sentir bien dans leur peau, ce qui est essentiel pour faire un portrait », informe celui qui a été initié à la photo par son père qui lui avait aménagé une chambre noire au sous-sol de la maison.

On jase photo

Il fallait entendre le photographe du Quotidien, Jeannot Lévesque, jaser de photos avec Paul Cimon, lors de l’entrevue. La chambre noire, Kodak qui a raté le train du numérique, le premier appareil numérique de 1,4 mégapixel à Jeannot qui lui avait coûté 14 000 $, le QuickTake d’Apple à Paul comme première expérience numérique ; les deux professionnels en avaient long à raconter. Ils m’ont laissé de côté un petit moment pour discuter du métier. J’ai cependant bien aimé voir le photographe se faire photographier. « Veux-tu que je me place là, as-tu besoin de lumière ? Avance un peu, tiens ton appareil plus haut, O.K. c’est bon... » Ils étaient beaux à voir dans le studio aux murs de briques du quartier Rivière-du-Moulin, à Chicoutimi. « Ça ne m’arrive pas souvent de me retrouver devant la caméra », a laissé tomber Paul Cimon à l’issue de la séance photo.

« Je me sens privilégié d’avoir accès à des personnes qui me racontent qui elles sont. Le contact humain est un des plus beaux aspects de notre métier », convient celui qui a dû s’adapter aux nouvelles technologies qui ont complètement évolué au cours des années.

L’adaptation au numérique

« Avant l’arrivée du numérique, on (les photographes professionnels) avait l’avantage d’avoir des connaissances plus ou moins accessibles pour réussir nos photos. Travailler en chambre noire avec des agrandisseurs, les bacs à acide, les développeurs et autres filtres pour jouer avec les nuances. Nous avions un savoir que les autres n’avaient pas, ce qui nous donnait une longueur d’avance pour la qualité des photos, raconte Paul Cimon. C’était toujours un moment attendu de voir apparaître la photo dans le développeur », se rappelle-t-il.

Paul Cimon au début de sa carrière dans la chambre noire aménagée dans le sous-sol de la maison de ses parents.

De nos jours, n’importe qui peut s’improviser photographe avec l’arrivée du numérique. La prise de photo n’a jamais été aussi simple avec les nouveaux appareils, les téléphones cellulaires et des logiciels comme Photoshop. « C’est effectivement plus facile d’être photographe, mais il y a encore une différence notable entre les photographes amateurs et les professionnels. Il arrive souvent qu’une compagnie me téléphone pour reprendre le travail d’un photographe amateur, car les dirigeants ne sont pas contents du résultat », assure l’homme d’expérience.

La qualité pour durer

« Pour durer dans notre métier, il faut livrer du travail de qualité. Si les gens qui ont retenu tes services sont contents du résultat, ils vont te rappeler et c’est là que s’installe le lien de confiance. Plus on connaît les gens, plus on sait ce qu’ils apprécient et plus on arrive à de bons résultats. C’est encore et avant tout une histoire de relations humaines », indique Paul Cimon qui est le photographe attitré de plusieurs entreprises dans la région.

« Mais comme dans tous les domaines, on ne peut pas s’asseoir sur ses lauriers. Il faut demeurer actifs pour se faire connaître et ne pas trop se faire pousser dans le dos par les nouveaux professionnels qui se pointent sur le marché. Il faut suivre les nouvelles tendances et utiliser les réseaux sociaux », estime le photographe.

Paul Cimon voit de plus en plus de jeunes entrer dans son studio pour des photos stylisées qui serviront à faire rayonner leur image sur Instagram ou Facebook. Le culte de l’image est très important aujourd’hui pour les utilisateurs des réseaux sociaux. Les jeunes veulent être populaires et cherchent des « like ». « Une belle photo peut effectivement générer beaucoup de “like”, ce qui donne l’impression aux jeunes qu’ils sont plus aimés », fait-il remarquer.

L’œil du photographe

Pour son 30e anniversaire, Paul Cimon offre d’ailleurs un shooting photo en cadeau pour les gens qui aimeront sa page Facebook et qui la partageront. « Ça peut être des photos personnelles, du corporatif ou encore des photos de famille, en studio ou à l’extérieur. C’est une occasion pour moi de faire connaître mes services et de faire connaître mes réalisations », dit-il.

« Il faut demeurer actif sur le plan professionnel. Quand les dirigeants de compagnie partent à la retraite ou que des directions d’entreprises changent, je dois recommencer à frapper aux portes. C’est le lot de notre profession de perdre des contrats et d’en trouver d’autres. »

Même si la prise de photo est plus accessible qu’avant, le sens artistique, le cadrage, le choix de la lumière, l’inspiration et la passion demeurent le lot de quelques professionnels seulement.