Le maire « extrême », Nicolas Martel

De décrocheur à maire de Desbiens

«Un jour, quelqu'un m'a dit ''tu es un décrocheur et tu le seras toute ta vie.'' »
De décrocheur à directeur d'école, en passant par professeur, conseiller pédagogique et maire de Desbiens, Nicolas Martel a un parcours «extrême» non conventionnel.
La valeur qui le guide ; oser pour faire une différence et laisser sa trace. Tel est le message que le principal intéressé véhicule lors qu'il prononce des conférences.
Attaqué par un ours alors qu'il n'avait que neuf ans, le père de famille soutient en riant qu'il a maintenant « la force de l'ours en lui. »
« J'étais allé en forêt avec mon père et son ami. Je me suis retiré pour aller pêcher. En me retournant, j'ai aperçu un ours dans un arbre. L'animal s'est précipité sur moi », relate M. Martel, encore marqué par cette tranche de vie.
Venus à sa rescousse, les deux hommes ont lancé des roches en direction de la bête afin que celle-ci libère sa proie. Il s'en est tiré avec toute une frousse et quelques égratignures. Mais il aurait bien pu en mourir.
La fermeture de l'usine Saint-Raymond Paper au début des années 80 a marqué l'enfance du futur maire de Desbiens. « Comme bien d'autres villes mono-industrielles, la plupart des résidants ont été touchés lors de cette fermeture. Mon grand-père et mon père y travaillaient et cela a créé un contexte financier difficile pour plusieurs des familles de la place. »
Déjà interpellé par le désir de s'impliquer, Nicolas Martel a épousé la cause des personnes handicapées pendant son adolescence avec Les Amis de Pierrot. Il a été entraîneur de hockey cosom et a participé au Défi sportif, le pendant des Jeux du Québec, mais s'adressant aux athlètes avec un handicap. « Ce fut une expérience incroyable de voir le dépassement et l'enthousiasme contagieux qui se dégageaient des participants. »
À son arrivée à la mairie, il a consacré l'entièreté de son salaire pour créer le Fonds Pierrot Girard, dont l'argent est remis pour des causes ou évènements dans le milieu.
Après un an au collège, Nicolas laissa ses études pour intégrer le marché du travail. De guide touristique à journalier dans une usine, il a travaillé dans plusieurs domaines.
« La mentalité du travail dans les usines était encore très présente dans nos milieux. C'était des emplois bien rémunérés et avec de bonnes conditions pour les gens qui avaient peu de scolarité. Le hic dans ce concept est toujours la possibilité d'une fermeture. Aujourd'hui, quand je parle avec les jeunes, je leur mentionne que l'important n'est pas seulement un secondaire 5, mais plutôt d'avoir une profession, qu'elle nécessite une formation professionnelle, collégiale ou universitaire. »
Quelques années plus tard, sur une période deux ans, de pénibles épreuves frappaient à la porte de Nicolas Martel. Il y a eu le décès de sa mère des suites d'un cancer du sein et la mort de son jeune frère, dans un centre de détention. À l'emploi de l'usine Agropur de Chambord, il a perdu son travail et a vécu une séparation.
« J'avais perdu tous mes points de repère. Ces expériences m'ont fait réaliser que la vie nous est prêtée et que nous sommes parfois tellement impuissants face à certaines situations. »
Puis, il s'est retroussé les manches et a obtenu son baccalauréat en enseignement. Après avoir été professeur à la Commission scolaire du Lac-Saint-Jean, M. Martel est devenu conseiller pédagogique. Depuis deux ans, il occupe un emploi de directeur adjoint au Pavillon Wilbrod Dufour d'Alma.
En parallèle à sa carrière professionnelle, des amis de son grand-père l'ont interpellé pour qu'il s'implique dans son fief. « J'étais allé voir mon grand-père. On discutait et il s'est écroulé face à moi. Il venait de faire un AVC. Je l'ai réanimé, mais il est décédé deux jours plus tard. À partir de ce moment, j'ai décidé de m'investir dans ma communauté pour redorer le blason de Desbiens, car mon grand-père qui était un modèle pour moi et certains de ses anciens compagnons de travail souhaitaient qu'une résidence pour personnes âgées soit construite. Quelques-uns de ses amis m'ont demandé de me lancer à la mairie et j'ai décidé de faire le grand saut. »
À l'âge de 36 ans, Nicolas Martel est devenu le plus jeune maire du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Aujourd'hui, il lance un appel aux jeunes pour que ceux-ci osent s'impliquer en politique municipale.
« En novembre 2017, il y aura des élections municipales. Je milite en faveur de la politique de proximité pour que les gens apportent des changements dans leur milieu. Mon parcours atypique m'a aidé à avoir une bonne compréhension du développement en milieu rural. J'espère que plusieurs jeunes avec des idées novatrices oseront s'impliquer en tant que citoyens. Il est très facile de critiquer, mais s'investir dans son milieu pour améliorer les choses, voilà le vrai défi ! »