Serge Provencher et Guylaine Girard ont dû faire le deuil de leur propriétaire sur la pointe Langevin.

D’autres évictions anticipées par les propriétaires de la pointe Langevin

Depuis que Rio Tinto a cessé les travaux de protection des berges il y a deux ans, rien ne va plus sur la pointe Langevin, à Dolbeau-Mistassini, où l’érosion ne cesse de gruger du terrain. Résultat : un propriétaire de chalet a été évincé en février, et d’autres propriétaires se préparent à subir le même sort.

En regardant la rivière Péribonka, qui vient à peine de dégeler devant la maison de Serge Provencher et de Guylaine Girard, on pourrait y voir un terrain paradisiaque, en bordure de la plage et offrant un superbe panorama sur le Parc national de la Pointe-Taillon. C’est le constat qu’ils ont fait, il y a 15 ans, lorsqu’ils ont fait l’achat de leur petit coin de paradis.

Malgré l’érosion qui grugeait la plage devant chez eux, ils demeuraient optimistes de finir leurs jours sur les rives de la rivière Péribonka, car Rio Tinto, alors Rio Tinto Alcan, assurait les travaux de recharge de plages et de protection des berges.

Mais tout a changé il y a deux ans. Après avoir fait l’achat, au prix du marché, du terrain le plus à risque, au bout de la pointe Langevin, Rio Tinto a procédé à des travaux d’empierrement pour protéger la pointe. « L’enrochement est tombé dans le fond de la rivière, le printemps suivant, et Rio Tinto a perdu le contrôle, soutient Serge Provencher. Au lieu de régler le problème, ils ont trouvé un ingénieur qui soutient que ce n’est pas de leur faute. » L’homme fait ici référence au rapport rédigé par la firme WSP, qui soutient que l’érosion est d’origine fluviatile, et ne découle pas de la gestion du lac Saint-Jean.

Depuis, la multinationale n’a fait aucun travail de protection des berges sur le site, au grand désarroi des propriétaires, qui estiment avoir eu une meilleure écoute à l’époque où Alcan était responsable du dossier.


«  Une maison sur le bord de l’eau, ça ne perd jamais de valeur, sauf là.  »
Guylaine Girard

Et pourtant, à moins de 100 mètres de leur résidence, Rio Tinto a procédé à des recharges de plages récemment.

Malgré leur déception, Serge Provencher et Guylaine Girard sont conscients qu’il n’y a pas de solution simple, car le lit de la rivière a grandement changé, au cours des dernières années. Si bien qu’il devient de plus en plus difficile d’envisager un enrochement. « Le lit de la rivière s’est rapproché de 15 à 20 pieds par année, et elle coule maintenant juste en face de chez nous », constate M. Provencher.

Résultat : leur portion de plage, qui faisait plus de 100 mètres, est pratiquement disparue. Le ministère de la Sécurité publique a même installé des barrières de sécurité devant leur maison, bloquant ainsi l’accès à la plage.

La valeur de leur maison a ainsi fondu comme neige au soleil, et l’évaluation foncière est passée de 350 000 $ à 2000 $.

Après avoir vu la Sécurité publique évincer leur voisin, en février, le couple est maintenant résigné à quitter sa maison, espérant une compensation financière du gouvernement similaire à ce que les victimes des inondations reçoivent dans le sud du Québec, soit 200 000 $. « On commence déjà à vider la maison », note Serge Provencher. « Une maison sur le bord de l’eau, ça ne perd jamais de valeur, sauf là », renchérit Guylaine Girard.

Alors que Serge Provencher et Guylaine Girard estiment que leur cause est déjà perdue, ils veulent continuer de se battre pour stopper l’hémorragie et ainsi éviter de tels tracas à leurs voisins.