Chantale Cyr et son avocat, Éric Lebel

CSRS: Chantale Cyr a été congédiée illégalement

L’ex-directrice générale de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, Chantale Cyr, gagne sa bataille contre son ancien employeur. Le Tribunal administratif du travail du Québec accueille deux plaintes de harcèlement psychologique et celle de congédiement illégal, tout en reconnaissant qu’elle a subi des lésions professionnelles. Il blâme sévèrement la présidente Liz Gagné qui a entrepris « d’avoir la tête » de Mme Cyr, tout en écorchant les commissaires au passage.

Le juge Guy Roy a livré un jugement de 61 pages, dans lequel il reconnaît que la présidente a agi de façon insidieuse envers la directrice générale. Il rejette les motifs invoqués de congédiement de Chantale Cyr, précisant que ceux-ci n’étaient pas justifiés. Mme Cyr a été congédiée en mars 2018, alors qu’elle était en congé de maladie depuis novembre 2017.

Dans sa décision, le juge Roy considère que l’enquête juricomptable concernant le Carrefour environnement Saguenay (CES) a été le point de départ pour la présidente.

« Dès que l’enquête concernant les allégations possibles de malversations au CES est enclenchée, commence alors la croisade de Liz Gagné pour avoir la tête de Chantale Cyr. Subtilement et quelquefois grossièrement, Liz Gagné commet du harcèlement psychologique envers celle-ci jusqu’à ce qu’elle réussisse à la congédier », écrit le juge Roy.

« Dès le moment où Mme Gagné s’est présentée aux élections, il est évident que la motivation à peine cachée était d’avoir la tête de celle qui avait osé déclencher une enquête qui mettait en doute sa probité. »

Le juge s’est aussi attardé sur le congédiement administratif de Mme Cyr, en indiquant que cette raison ne pouvait tenir étant donné que la directrice générale n’a jamais été avisée de ce qui lui était reproché.

En ce qui a trait au fait que la directrice générale aurait créé un climat malsain à la CS, le juge indique que « si quelqu’un est responsable d’un tel climat, s’il en est vraiment un qui ait été malsain, c’est Liz Gagné qui a notamment rencontré des employés et n’a rien dit aux autres membres du conseil ni à Chantale Cyr. Elle a délibérément laissé persister le climat malsain, s’il existait, ou pire encore, elle l’a laissé s’envenimer », poursuit le juge Roy.

« On a sali sa réputation sans jamais, en aucun temps, avoir tenté de valider les supposés reproches qu’on lui adressait. Depuis son départ, les témoins les plus loquaces qui ont manoeuvré pour la rédaction de la fameuse lettre du 27 novembre (climat de travail) ont eu des promotions, qui ont été consacrées par Liz Gagné. »

Le juge ajoute que Mme Cyr a fait face à un mur de loyauté inappropriée fondé sur des vestiges du passé. 

« Elle venait modifier les airs du royaume, elle devait payer. »

Si la présidente est blâmée, il en est de même pour les commissaires. Le juge Roy leur reproche de ne pas avoir fait de vérifications ou poser des questions avant de prendre des décisions.

Il songe notamment au retrait des pouvoirs de la directrice générale. 

« Ce qui surprend est qu’aucun commissaire (sauf Marc Larocque et Sonia Desgagné) n’a vérifié la teneur des modifications de délégation de fonctions et de pouvoirs proposées par la présidente. C’était à se demander s’ils étaient réellement conscients des gestes qu’ils posaient », ajoute le juge.

« Chantale Cyr va porter longtemps les stigmates du harcèlement qu’elle a subi. Elle a été ostracisée par celle qui devait lui assurer un milieu de travail sain. Les membres du conseil qui ont endossé cette façon de faire sont aussi responsables de ce qui est arrivé. Par aveuglement volontaire ou par incurie, ils n’ont pas assumé leurs responsabilités d’employeur en agissant comme ils l’ont fait », d’écrire le magistrat.

La Commission scolaire des Rives-du-Saguenay a 30 jours pour demander une révision judiciaire.

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ELLE VEUT REPRENDRE SON POSTE

« Je suis très satisfaite des conclusions prononcées par le juge. J’ai vécu depuis presque deux ans et demi une expérience professionnelle et personnelle douloureuse et extrêmement pénible. La décision du juge démontre que les gestes posés à mon endroit depuis le printemps 2017 étaient mal intentionnés et constituaient du véritable harcèlement psychologique continu. »

Chantale Cyr a livré un bref commentaire sur la décision du tribunal du travail qui permet, selon Me Éric Lebel, de rétablir sa réputation de façon limpide et qui lui est nettement favorable. 

« Les conséquences de ces gestes ont été majeures pour ma vie personnelle et professionnelle et elles le demeurent. Je me suis investie totalement dans mon travail dès mon embauche. J’ai collaboré avec le conseil des commissaires, l’équipe de direction et les membres du personnel pour assurer la réussite de nos élèves. Je regrette que les événements survenus depuis mai 2017 m’aient empêchée de poursuivre mon mandat dans des conditions acceptables », a-t-elle mentionné.

Mme Cyr et son avocat ont réitéré leur intention de demander sa réintégration à son poste de directrice générale de la CSRS.

« Nous voulons que ma cliente reprenne son poste. Elle n’a rien à se reprocher. Même pas un petit quelque chose. Il n’y a rien de négatif. Pourquoi ne pourrait-elle pas reprendre son poste ? Pourquoi n’aurait-elle pas, elle, la légitimité et la crédibilité pour reprendre son poste ? C’est la seule avenue envisageable pour l’instant et encore plus si Mme Gagné quitte son poste, car c’est elle qui a mené de front toute la question du harcèlement », indique Me Lebel.

Ce dernier s’interroge aussi de ce qu’il adviendra de Johanne Allard, qui a obtenu un contrat de cinq ans à titre de directrice générale.

Jugement

Me Lebel s’est aussi attardé à de nombreux points de la décision du juge Guy Roy. Il réfère notamment à la lettre des avocats de la CSRS où ils convoquaient Chantale Cyr à une rencontre et demandaient à son avocat de ne pas invoquer l’état de santé de la directrice générale pour demander le report de la rencontre.

« Le juge précise que le fait de ne pas faire référence à l’état de santé démontre du cynisme à son endroit de la part de l’employeur. Il s’agit d’un manque d’humanité », note Me Lebel.

Il n’a pas manqué de rappeler que sa cliente avait le mandat de remettre les choses sur le droit chemin et devait mettre un terme aux nominations en cascade.

« Elle l’a fait. Sauf qu’après le congédiement de ma cliente, le bon vieux système de copinage mis en place par Liz Gagné était redevenu la norme. »

Me Lebel retient aussi que la présidente a posé des gestes malveillants pour amener le conseil non pas à revenir à la délégation de fonctions et de pouvoirs d’avant son arrivée, mais à enlever les pouvoirs à Chantale Cyr.

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LIZ GAGNÉ DOIT DÉMISSIONNER, SELON ÉRIC LEBEL

L’avocat de Chantale Cyr, Me Éric Lebel, exige la démission immédiate de Liz Gagné de ses fonctions de présidente de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay.

Me Lebel croit que Liz Gagné doit répondre personnellement du jugement du Tribunal administratif du travail du Québec, estimant qu’il est impossible de dépenser plus de 320 000 $ (frais d’avocat) pour en arriver à un tel résultat.

« Je demande formellement aujourd’hui à la présidente Liz Gagné de quitter son poste. Avec ce qui est écrit dans ce jugement, cela fait en sorte qu’elle n’a plus la légitimité et la crédibilité pour être la présidente d’un organisme qui gère autant de millions de dollars et de fonds publics », lance Me Lebel. 

« Il est indécent de voir que l’on a gaspillé autant de fonds publics dans une affaire qui était pourtant évidente en nous imposant un nombre disproportionné de témoins et en faisant en sorte que ma cliente ait dû se défendre par ses propres moyens contre cet appareil qu’est la commission scolaire, qui gère un budget de plus de 100 millions de dollars. C’est vraiment inacceptable. »

Et advenant le cas où la présidente Gagné ne voudrait pas démissionner, l’avocat de Mme Cyr demandera l’intervention du gouvernement du Québec. 

« Si Mme Gagné ne veut pas quitter son poste, nous allons formellement demander au ministre de l’Éducation (Jean-François Roberge) de mettre la CSRS en tutelle. Si elle refuse de s’en aller avec tout ce que l’on voit qui a été commis et prouvé et qui fait l’objet d’un jugement très clair, je pense que le ministre n’aura pas d’autres choix. Il faut protéger les autres personnes qui gravitent dans cette commission scolaire. Parce que si elle a harcelé une fois, elle pourrait harceler à nouveau », d’ajouter Me Lebel.

Réflexion 

Les dirigeants de la CSRS ont pris acte de la décision, mais prendront le temps nécessaire pour l’étudier avant de la commenter.

Dans un communiqué de presse, on précise que certains points restent à déterminer, comme la réintégration ou non de la directrice générale à son poste.

« La commission scolaire veut prendre le temps d’étudier le dossier avant de réagir. Les procureurs analyseront le contenu du jugement au cours des prochains jours. Le dénouement de cette situation est toujours en attente. Le personnel de la CS des Rives-du-Saguenay n’émettra aucun commentaire et n’accordera aucune entrevue pour ne pas nuire au processus en cours », écrit Stéphanie Audet, conseillère en communication à la CSRS.

Il restera à voir à combien s’élèvera la facture totale pour la CSRS. Déjà que celle-ci a engagé plus de 320 000 $ en frais pour ses avocats (Firme Morency de Québec), il se pourrait que les frais de l’avocat de Chantale Cyr doivent être payés par la commission scolaire, sans oublier les indemnisations à payer à leur employée.