Plus de 240 professeurs de la Commission scolaire du Pays-des-Bleuets ont assisté à la Pédago du numérique, une journée de formation offerte pour aider les professeurs à mieux utiliser les technologies en classe.

CS du Pays-des-Bleuets: former les professeurs à l’ère du numérique

Plus de 240 professeurs de la Commission scolaire du Pays-des-Bleuets (CSPB) ont participé à une journée de formation dédiée au numérique. Le but : maximiser les retombées éducatives des outils technologiques pour favoriser l’apprentissage.

« Le virage numérique ne peut être efficace seulement si les enseignants sont bien formés aux usages pédagogiques, estime Chantale Simard, directrice des services éducatifs à la CSPB. Le simple fait d’investir dans les technologies n’est pas suffisant. Il faut s’assurer que les usages pédagogiques des technologies participent à la réussite éducative. »

Au cours des dernières années, la commission scolaire a mis la main sur 750 tablettes iPad, 250 Chromebook, 515 portables et 650 ensembles de robotique, qui sont utilisés par les élèves du préscolaire jusqu’au secondaire. D’autres investissements viendront élargir la gamme d’outils technologiques au cours des prochaines années.

Des pistes à explorer pour les professeurs.

« On veut maximiser l’utilisation de ces outils technologiques en classe », remarque Marilyne Turgeon, conseillère pédagogique Réseau éducation collaboration innovation technologie (RÉCIT) pour la CSPB. Embauchée il y a un an, elle était responsable de mettre en place le Plan d’action numérique en éducation et en enseignement supérieur lancé en mai 2018.

Au lieu de former seulement quelques professeurs en petits groupes, un comité a été créé pour trouver quel serait le meilleur moyen pour outiller les professeurs et c’est ainsi que la journée de formation Pédago du numérique a été mise sur pied. « On voulait toucher au plus grand nombre de personnes pour que les professeurs se partagent leurs bons coups », note Marilyne Turgeon.

Plus de 240 professeurs et gestionnaires, du primaire, du secondaire et de la formation professionnelle de la CSPB ont répondu à l’appel pour assister à une conférence, suivie de deux ateliers spécialisés.

23 ateliers

En tout, 23 ateliers étaient à l’horaire selon les disciplines enseignées. Par exemple, on retrouvait des ateliers pour créer avec la tablette tactile à la maternelle, des ateliers créatifs en français, des dessins techniques et impressions 3D, des ateliers en math et créativité ou encore des stations créatives avec iPad pour les cours d’anglais. Fait à noter, ces ateliers, diffusés en primeur à Saint-Félicien, seront aussi présentés le 8 novembre prochain, lors de la Journée du numérique en éducation présentée par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

Selon Laura Houde, une enseignante en maternelle 5 ans à l’école Benoît-Duhamel à Roberval, ces ateliers permettront de bonifier ses techniques d’enseignement. « Je veux me coller à la réalité des jeunes, obtenir de nouveaux outils pour utiliser de façon judicieuse les technologies disponibles à l’école et les intégrer davantage à ma pédagogie. Les possibilités créatives sont riches et variées », dit-elle.

Les gestionnaires comme Jérémie Gagnon, directeur des écoles primaires Maria-Goretti, à La Doré, et du Carrefour étudiant, à Saint-Félicien, y ont aussi trouvé leur compte. « Le rôle du directeur est avant tout pédagogique et nous sommes responsables de mettre en oeuvre le plan d’action numérique en éducation, dit-il. Le numérique est un levier pour l’enseignement et l’apprentissage. C’est une motivation pour nos élèves et nous avons le devoir et le privilège de former la société de demain, une société du 21e siècle axée sur le numérique. »

Alors que cette journée de formation était axée sur l’utilisation de la flotte d’appareils, d’autres formations auront lieu pour traiter de la robotique et des laboratoires créatifs.

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MISER SUR L'HUMAIN DERRIÈRE LA TECHNOLOGIE

Au lieu de mettre l’accent sur les aptitudes technologiques dans son plan d’action numérique en éducation, le Québec a plutôt décidé de miser sur l’humain derrière la technologie.

« Le modèle québécois est unique au monde, car il est le seul à avoir mis l’éthique au coeur du référentiel des compétences numériques », a soutenu Benoît Petit, conseiller pédagogique au Service national du Réseau éducation collaboration innovation technologie (RÉCIT), lors de sa conférence dénommée « Développer des citoyens éthiques à l’ère du numérique » et présentée à plus de 240 professeurs de la Commission scolaire du Pays-des-Bleuets, vendredi, à Saint-Félicien.

En mettant l’éthique au centre des préoccupations, l’enseignement du numérique permet de rendre les jeunes plus autonomes. « On veut donner un pouvoir d’action à la fois individuel et collectif qui va favoriser un mieux-vivre ensemble », dit-il. Autrement dit, l’élève doit apprendre à bien gérer ses émotions tant dans le monde réel que virtuel. 

« Les dérapes sur les réseaux sociaux viennent souvent lorsque les gens manquent de contrôle sur leurs émotions. Apprendre à mieux gérer ses émotions et à mieux se contrôler, ça permet de développer ces aptitudes-là », soutient Benoît Petit. 

Bien utilisées, les technologies permettent aussi de rassembler, et ce, même pour des mineurs comme Greta Thundberg qui a initié un mouvement mondial grâce aux réseaux sociaux, ajoute-t-il.

Du babillard au mur virtuel

Pendant sa conférence, l’expert en technologie a présenté le vidéo de Thierry Nadeau, un professeur à l’école des Bâtisseurs. « J’ai proposé à mes élèves de faire comme les hommes préhistoriques, de faire notre mur d’expression à nous, explique-t-il. Comme on est dans le domaine du numérique, les jeunes voulaient déjà publier en ligne. Mais je leur ai proposé de commencer par faire un mur dans la classe et dans le corridor de l’école. »

Le professeur a ensuite demandé aux élèves de définir les règles qui allaient régir les babillards. D’emblée, les jeunes ont déterminé que les commentaires méchants ou négatifs n’étaient pas permis. 

Les murs d’expressions ont donc été implantés, avec une zone où les jeunes pouvaient laisser des commentaires. Ce projet de mur social a ensuite été reproduit en ligne, sur un mur virtuel. 

Pour pousser le concept encore plus loin, Thierry Nadeau a fait une analogie avec la grotte de Lascaux, en France, qui présente des peintures d’il y a plus de 17 000 ans. « On s’est rendu compte que les traces qu’ils laissaient pourraient peut-être durer aussi longtemps », a-t-il expliqué. Ainsi, l’association entre le monde réel et virtuel permet aux jeunes de mieux définir ce qui est acceptable ou non. 

Prendre confiance

Les technologies changent si rapidement que l’on se sent dépassé, et ce, même lors que l’on est expert dans le domaine, soutient Benoit Petit. « C’est un sentiment, dit-il. On est tous bonnes et bons avec les technologies. Se redonner confiance est un des éléments clés pour intégrer le numérique dans nos activités d’apprentissage. »

L’emprise des mégadonnées est partout, alors que l’intelligence artificielle est de plus présente dans nos vies. Ainsi, les algorithmes ont un impact grandissant sur nos vies, estime Benoit Petit. « En ce moment, on est incompétent comme société pour encadrer les algorithmes et on laisse ça à la volonté des GAFAM de ce monde. » Pour renverser la tendance, les élèves et les enseignants doivent comprendre ce qu’est un algorithme, pour un jour être en mesure de l’encadrer décemment. 

Pour y voir plus clair, voici la définition de Wikipédia : « un algorithme est une suite finie et non ambiguë d’opérations ou d’instructions permettant de résoudre une classe de problèmes ».

Le virage numérique nécessitera un changement de perspective et parfois beaucoup d’humilité, car les élèves en savent parfois plus que l’enseignant sur certaines technologies, estime Benoît Petit. « Ça nous amène à nous questionner pour voir ce que je peux changer qui va permettre à mes élèves de devenir plus autonomes. Comment je vais les amener à faire des choix plus éclairés ? Et pour y arriver, je vais peut-être valoriser le talent de mes élèves qui vont s’entraider entre eux, parce que j’ai besoin d’avoir des alliés dans ma classe qui vont m’aider à gérer toutes ces technologies-là . »