Me Éric Lebel et Me Gabrielle Harvey ont interrogé Chantale Cyr durant toute la journée sur le harcèlement qu’elle aurait vécu à la CS des Rives-du-Saguenay.

CS des Rives-du-Saguenay: un dossier épineux a coulé Chantale Cyr

Chantale Cyr, la directrice générale de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay qui a été congédiée, aurait signé la fin de son contrat quand elle a décidé de fouiller dans l’épineux dossier du Carrefour Environnement Saguenay.

À la deuxième journée de son procès pour harcèlement psychologique, tenu devant le juge administratif Rémi Roy, du Tribunal administratif du travail du Québec, Mme Cyr est venue raconter les difficultés et les problèmes qu’elle aurait vécus avec la présidente actuelle de l’organisation, Liz Gagné.

D’entrée de jeu, Mme Cyr a expliqué qu’elle avait pourtant eu d’excellentes relations avec le président de l’époque, Antonin Simard, ajoutant même que sa période d’essai d’un an, à la suite de son embauche en juillet 2016, avait été devancée de quelques mois en raison de son excellent travail.

Les choses auraient commencé à se gâter quand elle a appris que l’organisation octroyait un budget de 350 000 $ aux organismes logés dans l’ancienne école de la rue des Oblats et que Bertrand Tremblay était payé 80 000 $ par année pour s’occuper de ce bâtiment alors que la CS avait du personnel pour faire ce travail.

Les commissaires ont alors demandé la tenue d’une enquête jury-comptable afin de faire la lumière sur cette situation.

« C’était en mars 2017. Lorsque j’en ai parlé, Martin Deschênes (directeur des ressources matérielles) a déposé une enveloppe jaune sur mon bureau en me disant de ne pas toucher à ça, que c’était de la marde. Il m’a dit qu’il y avait eu des irrégularités avec le morcellement d’achats d’ordinateurs, afin d’éviter les appels d’offres, et qu’il n’était pas à l’aise avec ça. On nous a même dit que des gens s’étaient mis de l’argent dans les poches. M. Deschênes avait même songé à se rendre à l’UPAC », a expliqué Chantale Cyr.

« J’ai tout de même voulu en savoir plus et j’ai pris la décision de rencontrer Bertrand Tremblay pour essayer de comprendre ce qui se passait. Il m’a dit qu’il s’assurait que les lumières étaient fermées le soir, il surveillait le concierge et il répondait aux appels d’urgence. Et il m’a dit qu’il ne faisait pas de reddition de comptes (justifier les dépenses du budget), car cela ne lui avait jamais été demandé », a mentionné l’ex-directrice générale.

Retraite

Cette situation est survenue quelques semaines avant l’élection scolaire de mai 2017.

À ce moment, Liz Gagné avait clairement indiqué ne pas être intéressée par un retour à la présidence du conseil des commissaires, préférant laisser la place à la jeune relève.

Mais quatre jours après la rencontre avec Bertrand Tremblay, Mme Gagné annonçait son retour.

« Lorsque nous avons été informés de ça à la direction générale, immédiatement, Martin Deschênes m’a dit qu’elle s’en venait pour me sortir. Pourtant, ce n’est pas moi qui ai demandé une enquête, mais bien les élus », a poursuivi Chantale Cyr, qui avait une rémunération de 153 000 $ annuellement (selon la convention des hors-cadres).

L’enquête a révélé que la problématique avait été soulevée en 2014 et que Liz Gagné, alors présidente, avait demandé un avis juridique sans aucune résolution du conseil des commissaires. Elle a ensuite reçu l’avis sans le partager avec les autres élus, ce qui avait soulevé l’ire des commissaires.

« Ils étaient outrés lorsqu’ils ont appris ça en 2017. Liz Gagné leur avait menti et caché des informations qu’ils auraient aimé connaître. »

Des recommandations avaient été faites, mais n’auraient pas été appliquées.

Le ministère de l’Éducation a été avisé en 2017 de la situation et les responsables ont mentionné qu’ils croyaient que tout avait été réglé depuis longtemps.

Chantale Cyr s’est fait demander de rembourser les sept semaines de vacances que la CS lui a octroyées à son embauche. « Ce fut accordé par résolution. Je voulais planifier mon déménagement. »

Le juge Rémi Roy, du Tribunal administratif du travail du Québec, entend la cause impliquant Chantale Cyr et la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay.

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CHANTALE CYR AVAIT PERDU TOUTE ESTIME

La fin du mois de septembre 2017 a été très significative pour Chantale Cyr. Elle a compris que ses rêves étaient terminés, qu’elle venait de perdre toute l’estime qu’elle pouvait avoir et songeait mettre fin à ses jours.

Le soir du 26 septembre, les commissaires de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay ont adopté une série de résolutions pour l’obtention d’un diagnostic organisationnel et pour retirer de nombreux pouvoirs à la directrice générale.

Elle ne pouvait plus procéder à des nominations dans le personnel, réaffecter des employés à un autre secteur et n’avait plus le droit d’octroyer des contrats de services ou d’approvisionnement dépassant 5000 $.

« Mes rêves sont finis. Tout était terminé. On sortait des choses de mon passé et je ne comprenais pas. Je voulais mourir pendue dans mon bureau. Je n’ai fait que pleurer. On m’a enlevé des pouvoirs », a mentionné Chantale Cyr.

Pourtant, une semaine auparavant, la présidente Liz Gagné serait entrée dans son bureau en criant « bingo ! » et en lui disant que tout allait pour le mieux.

« Elle était très contente. La veille, elle avait rencontré les commissaires en demandant à ce que je ne sois pas là. Mme Gagné m’a dit que c’était la dernière fois qu’une rencontre se faisait sans moi. J’ai été stupide de croire que c’était une bonne chose. Elle avait fait la promesse aux commissaires de travailler avec moi. J’ai cru que mon calvaire était terminé. Mais je me suis rendue compte que mon enfer commençait vraiment », de raconter Mme Cyr, encore ébranlée aujourd’hui.

La décision des élus a fait en sorte de paralyser le fonctionnement de la commission scolaire, qui devait consulter les commissaires chaque fois qu’une décision devait être prise.

« Ça prenait une réunion extraordinaire, mais le délai pour la convoquer était de 48 heures. Nous ne pouvions agir sur les affaires quotidiennes », a mentionné Mme Cyr.

Quelques mois plus tard, en janvier 2018, une nouvelle résolution a rétabli le pouvoir d’affecter et d’embaucher du personnel par la direction générale et d’accorder des contrats de services ou d’approvisionnement pouvant aller jusqu’à 49 999 $.

Lors de son témoignage, qui se poursuivra jeudi, l’ex-directrice générale a demandé une pause, en matinée, afin de reprendre ses esprits. Il était visible qu’elle essuyait des larmes et avait de la difficulté à revenir sur ces événements.

En reprenant son témoignage devant le juge Rémi Roy, Chantale Cyr a avoué avoir été régulièrement la cible de la présidente Gagné. Cette dernière aurait utilisé un ton méprisant à son endroit.

« Elle avait un ton cassant. J’étais mal à l’aise avec ça. Lors de la journée portes ouvertes du projet du Millénaire, des citoyens ont voulu féliciter les instigateurs du projet et Liz Gagné a tenu à remercier l’architecte du projet. Jamais elle n’a parlé de l’équipe (dont moi) qui avait mis le dossier en place », a-t-elle ajouté.

Déception

Malgré toutes les complications, Chantale Cyr avait trouvé une certaine satisfaction lorsque les dirigeants du projet Lab-École (le chef Ricardo Larrivée, l’athlète Pierre Lavoie et l’homme d’affaires Pierre Thibeault) l’ont invitée sur le conseil d’administration.

« J’étais très fière. J’étais la seule directrice générale d’une commission scolaire à me retrouver sur le CA. Mais le 28 octobre, un des dirigeants m’a appelée pour me dire qu’il serait préférable que je ne siège plus pour le moment au sein du CA en raison de la médiatisation de mon dossier. J’ai pris la décision de me retirer tout simplement, même si Pierre Lavoie n’a pas accepté ma démission. À ce moment, je n’avais plus aucune estime de moi », a poursuivi Mme Cyr.

Cette dernière a aussi parlé d’une rencontre tenue à son bureau avec la nouvelle présidente élue (mais pas encore assermentée) où Mme Gagné lui aurait dit que c’était elle qui menait et qui était dorénavant sa patronne.

Le soir de l’élection, Chantale Cyr dit avoir noté un climat assez froid.

« J’étais inquiète de la situation après ce que j’avais entendu et ce que je venais de vivre. Mais moi je voulais travailler en collaboration avec Mme Gagné. Mais à la première rencontre du conseil, elle m’a reproché de ne pas lui avoir envoyé les points de l’ordre du jour, alors qu’elle n’avait pas encore été assermentée », a indiqué Mme Cyr, qui dit avoir vécu de nombreux épisodes du genre.

Chantale Cyr est partie en congé de maladie le 31 octobre 2017 et a été congédiée en janvier 2018, congédiement contesté.