Crise ferroviaire: le bois s’accumule

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La papetière Résolu a transmis aux travailleurs des scieries du Québec une note affirmant qu’elle devra possiblement procéder à la fermeture d’installations si le blocus ferroviaire devait se poursuivre pendant quelques jours, en raison de l’accumulation des inventaires.

Pendant ce temps, l’entreprise de commercialisation Bois du Fjord tente de trouver des wagons pour réussir à exporter vers les États-Unis le bois déjà vendu et qui est en attente d’être livré. Une situation qui se détériore chaque jour et qui coûte une fortune à toute l’industrie, estime Jean-Pierre Bouchard, directeur général de Bois du Fjord.

« Pour un seul client, il y a 24 wagons de bois en attente dans la cour. Ça va continuer d’augmenter rapidement. Les clients américains attendent la livraison de leur bois et le CN n’est pas en mesure de nous fournir les wagons pour le transporter. Si le problème se règle aujourd’hui, nous allons en avoir pour des semaines à revenir à une situation normale pour expédier le bois », explique le spécialiste de la mise en marché.

La papetière Résolu préfère pour l’instant ne pas dévoiler de chiffres quant aux expéditions accumulées dans les cours des scieries du Québec et de l’Ontario. Par contre, la mesure projetée d’interrompre les opérations dans certaines installations confirme que la situation est devenue problématique pour le géant du bois d’œuvre.

Le problème touche principalement le bois d’œuvre, mais le porte-parole de Résolu, Karl Blackburn, évoque aussi les contraintes reliées à la production des pâtes et papiers. L’entreprise reçoit des quantités importantes de produits chimiques par train. Elle expédie aussi ces produits. Selon M. Blackburn, il y aura des décisions à prendre dans les prochains jours si la situation devait perdurer.

Le directeur général de Bois du Fjord, Jean-Pierre Bouchard, affirme qu’il faudra plusieurs semaines avant de reprendre un rythme normal pour les exportations du bois d’oeuvre lorsque le blocus ferroviaire sera levé.

Camionnage

Il n’y a pas de solution miracle à la crise actuelle des exportations qui paralyse l’industrie au Canada, estime le patron de Bois du Fjord. Selon lui, l’industrie du camionnage était déjà sous pression avant le blocus des chemins de fer par certaines communautés autochtones.

« En ce moment, tout le monde se tourne vers le camionnage. Il va y avoir de la pression et une augmentation des prix. Pour le bois d’œuvre, le transport par camion coûte plus cher, avec l’ajout de la surtaxe aux frontières. Ça représente des coûts importants et ce sont les producteurs au Canada qui vont assumer ces augmentations », reprend Jean-Pierre Bouchard.

Un wagon de bois d’œuvre permet d’expédier le chargement de deux fardiers de type B Train. Dans certains États, ces camions sont interdits. Il y a donc une limitation importante sur le volume de bois transporté et un impact direct sur le prix du transport.

Ce dernier a informé les députés de la région dans les derniers jours afin de les sensibiliser aux impacts économiques de la paralysie des routes d’exportation. La crise a éclaté alors qu’il y avait une amélioration significative des prix du bois d’œuvre sur le marché américain.

Rio Tinto

Contrairement aux informations qui ont circulé mardi matin, Rio Tinto n’a pas mis en place de mesures extraordinaires pour contrer les problèmes causés par le blocus ferroviaire. L’entreprise a publié une courte déclaration pour mentionner que « nos sites du Saguenay–Lac-Saint-Jean continuent à fonctionner à leur niveau de production normal ».

La déclaration prend fin en indiquant que Rio Tinto « travaille en étroite collaboration avec le gouvernement et les fournisseurs de transport afin de limiter les impacts sur la chaîne d’approvisionnement de l’aluminium en Amérique du Nord, notamment en mettant en place des réseaux logistiques alternatifs ».

Selon des informations obtenues auprès de travailleurs, le problème le plus important est l’importation de coke vert à partir de l’ouest des États-Unis. L’entreprise peut toutefois compenser rapidement cette situation en important du coke déjà calciné par bateau.