Le médecin-conseil Jean-François Betala Belinga affirme que les personnes qui ont développé une dépendance aux opioïdes vivent de la souffrance et ont besoin d’aide.

Crise des opioïdes: hausse des décès

La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean n’est pas épargnée par la crise des opioïdes qui touche des milliers de personnes et qui a créé un bassin important d’individus dépendants qui devront vivre avec ce problème jusqu’à leur mort.

« Ce sont des personnes qui sont souffrantes et qui ont besoin d’aide », tranche Jean-François Betala Belinga, médecin-conseil à la direction de la santé publique au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean. La région s’inscrit dans les tendances constatées au Québec et qui ne ressemblent en rien à l’ampleur de la crise des opioïdes dans l’Ouest canadien.

« C’est pour cette raison qu’il faut faire de la prévention. Les statistiques confirment qu’il y a une croissance des décès et il faut comprendre pourquoi il y a une augmentation. Ce ne sont pas les cas en particulier que nous suivons, mais bien le nombre de cas », reprend le médecin.

La Santé publique dénombrait un décès par trois ans, entre 2001 et 2005, un décès par année entre 2005 et 2010, trois décès par année entre 2010 et 2015, et selon Jean-François Betala Belinga, on pense que cette statistique pourrait atteindre huit ou neuf morts par année entre 2015 et 2020, si la tendance se maintient.

La crise des opioïdes n’est pas le fruit de l’inconscience du corps médical. Elle est le résultat d’une volonté de la société de tout mettre en oeuvre pour s’assurer que les gens n’aient plus à souffrir inutilement quand ils sont affligés par un problème de santé.

« Depuis une vingtaine d’années, le niveau de douleur est devenu le cinquième signe vital qui est pris lorsqu’une personne reçoit des soins », explique le spécialiste de la santé publique. Les opioïdes sont ainsi devenus une solution pour soulager les patients. Encore aujourd’hui, 13 % de la population reçoit chaque année une prescription de cette famille de médicaments.

Ces prescriptions, qui font maintenant l’objet d’un suivi permanent, servent pour une personne qui a une chirurgie ou un problème de santé très limité, ou des personnes en phase terminale de cancer. Malgré ce nombre qui semble élevé, Jean-François Betala Belinga assure que la pratique médicale a changé en lien avec l’utilisation de ces médicaments.

« Les médecins ont reçu des formations. On ne verra plus une personne avoir une prescription de 60 comprimés. Les médecins donnent des prescriptions beaucoup plus courtes pour éviter que les gens développent une dépendance. »

Les signes du développement de la dépendance aux opioïdes sont relativement simples à reconnaître. Dès qu’une personne complète le contenu de sa prescription avant la fin de la période sur laquelle elle est échelonnée, il y a un problème. Le médecin-conseil signale que la personne a ainsi besoin de prendre de plus en plus de médicaments sur une période de plus en plus courte et elle devient dépendante.

Par contre, il faut le préciser, les études démontrent qu’une personne qui reçoit des opiacés sur une très courte période et qui respecte à la lettre la prescription du médecin a très peu de chances de développer une dépendance.

Le Dr Bétala Belinga croit que la meilleure façon de lutter contre cette crise qui nécessitera une attention particulière des services de santé dans les prochaines années est d’en parler ouvertement. Il considère que le réseau a bien réagi pour faire face aux urgences et cite en exemple la distribution sans prescription du naloxone, un médicament qui permet de renverser les effets des opioïdes lorsque des personnes sont en situation de surdose et risquent la mort. Les travailleurs de rue en ont en leur possession et les pharmaciens peuvent en remettre gratuitement aux personnes qui en font la demande. Cette mesure a été mise en place en 24 mois seulement, ce qui est pratiquement un miracle dans le domaine de la santé.

« On a créé un bassin de personnes qui devront vivre avec un problème de dépendance. Il faut donner des traitements pour les personnes et les sortir du bassin et aussi intervenir pour éviter de grossir ce bassin », résume le médecin-conseil.

+

INFORMER LES CLIENTS, LE RÔLE DES PHARMACIENS

La pharmacienne Johanne Gagnon présente un contenant de naloxone, un médicament qui permet de sauver des vies en cas de surdose aux opioïdes. Elle croit que les gens sont de plus en plus sensibilisés aux risques de consommer des opioïdes en trop grande quantité.

Les pharmaciens sont aux premières loges de la crise des opioïdes puisqu’ils font, à l’occasion, face à des personnes qui ont développé une dépendance et qui voudraient devancer une prescription, car elles sont en manque et veulent à tout prix assouvir leur besoin.

La pharmacienne Johanne Gagnon, du Pharmaprix Place du Royaume, ne cache pas que ces scènes, accompagnées parfois d’agressivité, traduisent bien le désarroi de ces clients qui ont développé une dépendance malgré eux. La loi est stricte et un pharmacien n’a pas le droit de devancer une prescription d’opioïdes sans l’autorisation d’un médecin traitant.

Heureusement, affirme la pharmacienne, il y a eu évolution de la crise et aujourd’hui, bon nombre de personnes qui se présentent au comptoir avec une prescription d’opioïdes sont conscientes qu’elles doivent redoubler de prudence avec ces médicaments.

« Il arrive que des personnes qui viennent chercher des opioïdes demandent de diminuer le nombre de comprimés. Elles sont conscientes du problème de dépendance. Le pharmacien aussi a le droit de modifier une prescription lorsqu’il juge la situation nécessaire. Il peut diminuer le nombre de comprimés ou contacter le médecin », insiste la pharmacienne.

Une personne qui se présente au comptoir pour obtenir une prescription d’opioïdes reçoit toute l’information sur les particularités de cette famille de médicaments qui peuvent créer rapidement une dépendance aussi forte que celle causée par l’héroïne, qui est aussi un opioïde. Le médecin remet en même temps un feuillet préparé par Santé Canada qui explique les risques d’une consommation abusive de ces substances.

Les pharmacies ont aussi obtenu l’autorisation du ministère de distribuer sans frais la naloxone. Il s’agit, explique Johanne Gagnon, d’un médicament qui inverse les effets des opioïdes. Ce feuillet évoque à plusieurs reprises le risque de décès qui accompagne une trop grande consommation de ces produits ainsi que ceux associés à toute transformation du produit comme les dissoudre pour en faire une solution injectable. 

Les personnes sont également invitées à ramener à la pharmacie les comprimés qui n’ont pas été consommés. Selon Johanne Gagnon, certains clients rapportent des comprimés. Les pharmaciens ont également eu à faire face, au cours des derniers mois, à des vols d’opioïdes. Ces comprimés trouvent rapidement preneur sur le marché noir.

+

DEUX PROGRAMMES DE TRAITEMENT

Volet 1 - Programme régulier

• Offert aux personnes pouvant avoir une certaine stabilité dans les sphères de leur vie. Cette stabilité doit permettre aux personnes d’être en mesure de suivre un programme qui s’offre sur rendez-vous et avec plus de critères d’admissibilité.

• Objectif : Éliminer les symptômes de sevrage et éliminer éventuellement les problèmes de consommation des opiacés dans le but d’améliorer la qualité de vie des personnes suivies par ce programme. 

• 132 personnes âgées en moyenne de 39 ans (et dont 60 % sont des hommes) reçoivent ce traitement.

• Il n’y a aucune liste d’attente pour la prise de rendez-vous.

Volet 2 - Programme à bas seuil d’exigence

• Ce service est pensé dans le but de répondre aux besoins des personnes plus éloignées du réseau de la santé avec un programme d’une journée par semaine.

• La clinique de proximité a été mise en place par le Centre de réadaptation en dépendance et l’équipe du travail de rue de Chicoutimi. Cette clinique s’offre d’ailleurs dans les locaux de travail de rue, sur la rue Racine.

• La spécificité de cette clinique est d’intervenir auprès de gens marginalisés, isolés, vivant de l’instabilité ou éprouvant des difficultés à respecter les règles et l’intensité de service du programme TDO (traitement de la dépendance aux opioïdes) régulier. La prescription de méthadone ou suboxone permet de réduire et contrôler les symptômes de sevrage. Le sevrage est donc sécuritaire et confortable.

• Par l’utilisation de l’approche de réduction des méfaits, le programme vise à réduire les impacts de la consommation. 

• Environ 50 personnes âgées en moyenne de 36 ans, autant des hommes que des femmes, reçoivent ce service. La majorité sont sans emploi et en situation d’instabilité résidentielle. 

• Il n’y a aucune liste d’attente dans ce service.

Source: CIUSSS Saguenay-Lac-Saint-Jean