Ariane Rousseau-Dupont a remis sa démission, lundi, au CLSC de Jonquière.

Cri du coeur et démission d'une travailleuse sociale

Après l’infirmière Émilie Ricard, une autre travailleuse du réseau de la santé lance un cri d’alarme sur Facebook. Toutefois, Ariane Rousseau-Dupont est allée encore plus loin en remettant sa démission, lundi, au CLSC de Jonquière où elle agissait à titre de travailleuse sociale.

Elle a publié mardi un témoignage poignant sur sa page Facebook. « Après sept ans de service pour le Centre de santé et de services sociaux de Jonquière, j’ai pris la décision de quitter mes fonctions à titre de travailleuse sociale et d’éducatrice spécialisée. Lundi, j’ai démissionné. La restructuration des services ainsi que les coupures budgétaires ne me permettent plus d’exercer ma profession de travailleuse sociale dans le respect des obligations de mon ordre professionnel ni dans celui du meilleur intérêt des personnes sollicitant des services psychosociaux », écrivait-elle mardi sur sa page, où elle emploie un nom fictif, question de conserver sa vie privée en lien avec son travail. (NDLR : la lettre est publiée intégralement dans votre section Opinions).

« Je travaillais aux services psychosociaux généraux du CLSC de Jonquière », a-t-elle précisé au Quotidien lors d’un entretien téléphonique, mercredi soir. Dans son travail de première ligne, elle recevait les gens qui vivaient des situations dramatiques. « C’est M. et Mme Tout-le-monde qui vit un événement, soit une perte d’emploi, une mauvaise gestion de la colère, une peine d’amour, un diagnostic de santé. (...) Ça peut même être quelqu’un que son enfant s’est pendu », a-t-elle raconté. 

À la suite de la publication, elle a reçu une panoplie de messages d’appui, soulignant son courage. Une internaute lui disait même qu’elle avait écrit la lettre qu’elle aurait aimé écrire. « C’est senti et réfléchi, inspirant et plein de sens, bien écrit et tellement représentatif de la réalité aberrante de beaucoup trop ! », a ajouté une autre en guise d’appui.

Ariane Rousseau-Dupont a été embauchée en avril 2011 au CLSC de Jonquière, d’abord à titre d’éducatrice spécialisée. Elle a depuis terminé un baccalauréat en travail social à l’UQAC et a continué à la maîtrise. « J’ai fait du “in and out” », a-t-elle poursuivi, disant qu’elle est entrée dans le réseau de la santé québécois en 2001 à l’hôpital Louis-Hyppolite-Lafontaine, aujourd’hui appelé l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal. Déjà, elle disait ressentir les effets de la réforme instaurée par le gouvernement de Lucien Bouchard, le réseau allant ensuite de réforme en réforme.

Si elle a fait une sortie publique, ce n’est pas tant pour critiquer le système que par amour du service public. « Je ne suis plus capable dans un contexte comme celui-ci. Pas dans un contexte où je fais plus de paperasse, que d’être assise avec des êtres humains. (...) On est pris dans la reddition de comptes », reprenant ainsi une critique que d’autres avaient formulée auparavant. 

La travailleuse sociale affirme qu’elle ne se retrouve pas devant rien et elle veut continuer à faire son métier. Elle devrait d’ailleurs œuvrer bientôt au sein d’un organisme communautaire en lien avec le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Elle ne croit pas que sa sortie va lui nuire. « Il faudrait faire du déni de la réalité pour dire que ce que je dis n’est pas vrai », a-t-elle mentionné, ajoutant qu’à son avis, les cadres dans le réseau se trouvent dans le même bateau. C’est la réforme du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qu’elle vise et non les gens. « Il y a aussi des gestionnaires en épuisement », a-t-elle conclu.