Un préposé aux bénéficiaires a travaillé de jour au CHSLD de la Colline, à Chicoutimi-Nord, avant d’être appelé à accomplir un quart de soir, dans un établissement du même genre à Jonquière.
Un préposé aux bénéficiaires a travaillé de jour au CHSLD de la Colline, à Chicoutimi-Nord, avant d’être appelé à accomplir un quart de soir, dans un établissement du même genre à Jonquière.

Craintes dans un CHSLD de Jonquière après le déplacement d’un préposé aux bénéficiaires

L’assignation d’un préposé aux bénéficiaires qui venait de compléter un quart de travail au Centre d’hébergement de la Colline dans un autre CHSLD au Saguenay en temps supplémentaire a créé un vent de panique au sein du personnel dès que l’information a circulé à l’effet qu’il provenait d’un endroit où une éclosion de COVID-19 était en cours.

Le préposé aux bénéficiaires devait initialement faire un quart de travail de jour au bloc opératoire de l’hôpital de Chicoutimi. Il a été dirigé vers le CHSLD de la Colline, qui est en ce moment privé de plusieurs employés qui ont été retirés en raison du foyer d’éclosion de COVID-19.

Comme il y a une grande précarité dans ce corps d’emploi, le préposé a été contacté pour aller faire un quart de travail additionnel à 16h dans un CHSLD de Jonquière. Ce dernier a contacté le service santé du CIUSSS qui a confirmé qu’il pouvait le faire.

Le préposé a quitté le CHSLD de la Colline avec ses vêtements de travail pour se rendre au CHSLD de Jonquière. Ce n’est qu’une fois à l’intérieur qu’il a changé de vêtements de travail. Ses collègues avaient peine à croire que le CIUSSS avait autorisé ce mouvement de personnel.

« Ce n’est pas de sa faute. Il nous a dit qu’il faisait ce qu’on lui demandait. C’est certain que nous avions peur et surtout que l’on craignait pour les résidents. Il arrivait de la Colline et on sait ce qui se passe dans ce centre », a raconté au Quotidien une employée du centre de Jonquière.

Le préposé aux bénéficiaires en question a donc travaillé toute la journée de samedi au CHSLD de la Colline en portant le masque.

Malgré la réaction des employés, le CIUSSS a maintenu la décision et la tension est montée d’un autre cran vers la fin du quart de travail quand des cadres du CIUSSS, qui assurent la direction des établissements la fin de semaine et la nuit (coordonnateurs), ont mis en doute la présence du préposé à de la Colline pendant le quart de jour.

Le personnel n’a vraiment pas apprécié que l’on doute de la parole d’un collègue, surtout que le centre de la Colline avait confirmé que le préposé en question avait travaillé de jour dans ses murs.

La directrice des services adaptés aux personnes âgées du CIUSSS, Chantale Boivin, n’a pas traité explicitement du cas soulevé, mais a expliqué dans le cadre du point de presse quotidien que dans un monde idéal, il serait préférable qu’il n’y ait pas de mouvement de cette nature. Par contre, a souligné Mme Boivin, l’enjeu des ressources était présent avant la crise.

Elle a assuré que des mesures de protection existaient et que des nouvelles mesures seront mises en place pour améliorer la protection du personnel. Le personnel aura maintenant des uniformes fournis par l’employeur avec un service de nettoyage.

D’autre part, des mesures sont également appliquées à la résidence de la Colline alors que les personnes infectées sont regroupées dans une zone chaude.

Un préposé aux bénéficiaires a travaillé de jour au CHSLD de la Colline, à Chicoutimi-Nord, avant d’être appelé à accomplir un quart de soir, dans un établissement du même genre à Jonquière.

Les admissions dans les CHSLD, qui font l’objet de beaucoup d’opposition au sein du personnel, seront également maintenues afin d’éviter l’engorgement des hôpitaux. Chantale Boivin assure que ces admissions sont étroitement contrôlées et que chaque nouveau résident d’un CHSLD est confiné à sa chambre pendant 14 jours.

+

«ON DIT DEPUIS LE DÉBUT DE LA CRISE QU'IL FAUT FAIRE ATTENTION AUX SOIGNANTS»

« On dit depuis le début de la crise qu’il faut faire attention aux soignants, que la situation est sérieuse. C’est le temps qu’on le comprenne. »

Gaston Langevin, président de la catégorie 2 qui regroupe les préposés aux bénéficiaires affiliés à la CSN, et Julie Bouchard, présidente régionale de la FIQ, estiment que le passage d’un établissement à l’autre par des préposés aux bénéficiaires ou le personnel infirmier n’est pas souhaitable. La situation de la fin de semaine illustre bien la tension qui règne dans les établissements, principalement pour ceux et celles qui dispensent directement les services auprès des clientèles.

Les deux syndicats ont eu des discussions avec le CIUSSS concernant la possibilité ou non qu’un employé puisse passer d’un établissement en éclosion à un établissement sain. Selon Julie Bouchard, la FIQ et la CSN ont identifié ce problème depuis déjà quelques semaines, mais l’employeur évoque les directives de l’Institut de la santé publique qui autorise ce mode de mouvement de main-d’oeuvre.

« On tente tant bien que mal d’avoir des choses, mais nous sommes devant une gestion centralisée. Les directives ministérielles sont envoyées dans la machine et le CIUSSS régional les applique sans discussion. C’est comme ça que ça fonctionne », ajoute pour sa part le leader de la CSN.

Sa collègue de la FIQ comprend que le cas de la fin de semaine fait partie des situations qui passent malheureusement entre les mailles du filet, mais qui démontre en même temps l’enjeu de la disponibilité des ressources alors que la région n’a pas encore un seul cas hospitalisé. Elle juge qu’une procédure claire devra être mise en place afin de bien orchestrer les changements de site de travail.

« Il faut au moins s’assurer que la personne puisse prendre le temps de sortir de son milieu, de se laver et de se changer avant d’aller travailler dans un autre établissement quand c’est nécessaire », insiste Julie Bouchard.

Nonobstant le cas de la fin de semaine, qui fera l’objet d’un suivi entre les syndicats et la direction du CIUSSS, Gaston Langevin affirme qu’il y a une situation critique pour les ressources humaines. La situation était jugée précaire avant la pandémie et il croit qu’elle se détériore.

Le retrait des femmes enceintes signifie que les gestionnaires devront composer avec 200 préposés aux bénéficiaires, infirmières et infirmières auxiliaires de moins dans la région. À ce nombre s’ajouteront les personnes immunosupprimées, dont le décompte n’est pas terminé et dont le retrait est obligatoire depuis que la direction de la Santé publique a confirmé qu’il y avait circulation communautaire du virus à la grandeur du Québec.

Gaston Langevin considère qu’il faudra des ajustements dans l’offre de services du CIUSSS. Il ne parle plus de délestage de services, mais bien de coupure de services. « On ne pourra pas laisser des personnes âgées sans service. »

Le syndicat affilié à la CSN assure être en mode de collaboration avec la direction du CIUSSS en raison de la situation exceptionnelle. Mais malgré la collaboration, a conclu Gaston Langevin, il est impossible de trouver des bras et c’est ce qu’il risque de manquer si on ne fait pas attention au personnel qui dispense les soins.

Chaque fois qu’un foyer d’infection est confirmé dans un CHSLD, la Santé publique procède au retrait du personnel. Elle applique la même médecine dans les établissements privés. C’est ce qui est survenu dans la congrégation religieuse et qui se passe en ce moment à la Villa Saint-Alexis de La Baie.