Pour une rare fois, la population ressent la crise en temps réel, constate Vincent Morin, professeur en finances à l’UQAC.
Pour une rare fois, la population ressent la crise en temps réel, constate Vincent Morin, professeur en finances à l’UQAC.

Une crise économique vécue en temps réel

Une crise économique est devenue inévitable, avec le choc causé par la pandémie de COVID-19. Et contrairement aux récessions du passé, celle-ci se vit en temps réel.

« Habituellement, dans des crises économiques, on vit d’abord la crise avant de voir des gouvernements réagir et intervenir. Parce que lorsqu’elle arrive, la crise, la plupart des gens n’en ont même pas conscience. C’est quelques semaines ou mois après que les personnes commencent à ressentir les effets, qu’on perd des revenus, qu’on perd notre emploi, qu’on perd les investissements qui devaient avoir lieu. Mais dans ce cas-ci, on voit les impacts tout de suite », constate Vincent Morin, professeur en finances à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), faisant notamment référence aux milliers de pertes d’emplois survenues dans les derniers jours.

La dernière crise remonte à 2008 et à son plus fort, les citoyens n’en avaient presque pas eu conscience, rappelle le professeur.

« Personne ne sait que pendant deux ou trois jours, au plus fort de la crise de 2008, même la Caisse de dépôt et placement n’était pas en mesure de se financer sur les marchés, et d’émettre des titres. On a passé près de la rupture d’un système financier, mais les gens continuaient à travailler, vivaient leur vie de tous les jours. Ça s’est su après et ç’a eu des impacts après plusieurs semaines et mois », donne en exemple M. Morin.

C’est d’ailleurs pour cette raison que les gouvernements fédéral, provincial et même certaines villes, dont Saguenay, ont annoncé rapidement des plans d’urgence pour atténuer le plus possible les effets de la crise. Est-ce que ces mesures annoncées seront suffisantes pour sauver l’économie de la pandémie ?

« C’est sans précédent, des mesures aussi draconiennes et rapides », lance d’emblée M. Morin, en parlant des plans d’urgence de plusieurs dizaines de milliards de dollars.

« Je pense que les gouvernements ont débloqué toutes les marges de manoeuvre possible à court terme et ils en gardent éventuellement pour plus tard. Mais l’économie, ça se mesure beaucoup après coup plutôt que pendant. Là, on est dans une tempête et on ne voit pas 10 pieds en avant. Donc de dire si les mesures seront suffisantes, il n’y a pas un économiste qui va être capable de dire oui ou non. Je pense que le message était surtout d’injecter de l’argent pour éviter que la crise empire dans quelques mois. »

des victimes inévitables

Plusieurs entreprises « mourront de leur belle mort », admet le professeur, qui garde toutefois un certain optimisme face à l’avenir. « La consommation, pour la plupart des gens, va reprendre. Surtout avec les mesures mises en place. Mais les habitudes de consommation vont sans doute changer à l’avenir. Est-ce que les gens vont acheter davantage en ligne ? Ça va faire mal à certains commerces, mais d’autres vont en bénéficier », avance le professeur, en parlant des gains chez le géant américain Amazon.

Mais cette crise financière, elle était statistiquement inévitable. Ce n’est que la cause et la date précise que personne n’avait prévues.

« Ça faisait 10 ans qu’on n’avait pas eu de récession, de krach boursier. Des périodes de 10 à 15 ans, sans correction, c’est assez rare. Les économistes disaient qu’il y allait avoir une récession, mais on ne savait pas quand. Statistiquement, on était dû pour ça. »

« Après une correction, ça prend un an, deux ans. Avec les mesures mises en place, je ne pense pas que ça dure aussi longtemps que la grande dépression de 1930. L’intervention de l’État est maintenant plus rapide. C’est probablement pour ça que ça va durer 6 mois à un an avant que ça reparte sur les marchés », estime-t-il.

Pour ceux qui souffrent du krach boursier, la patience est de mise. Après la crise de 2008, une remontée semblait impossible et pourtant, plusieurs ont fait des affaires d’or dans la dernière décennie.

« Entre 2008 à 2019, ç’a été une belle de gloire. Les actions ont monté. Tout montait. N’importe qui qui avait des actions pendant quelques années a fait de super rendements », rassure M. Morin, laissant entendre que tout finit par remonter.