Rebecca Rainville se sent divisée entre sa famille, qui habite au Vermont, et son partenaire de vie, Éric Paquette, qui vit à Saint-Armand.
Rebecca Rainville se sent divisée entre sa famille, qui habite au Vermont, et son partenaire de vie, Éric Paquette, qui vit à Saint-Armand.

«Un fossé entre les familles et les amis des deux côtés»

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
Pas facile pour les Américains d’origine maintenant installés au Québec de rester en contact avec leur famille toujours au pays de l’Oncle Sam. La frontière canado-américaine étant fermée depuis le 21 mars, impossible pour eux d’aller ne serait-ce que les saluer quelques minutes tout en restant sur le trottoir, comme le font de nombreux Québécois...

Seuls les employés assurant un service essentiel peuvent actuellement entrer aux États-Unis. Infirmière au Northwestern Medical Center de St. Albans, Mme Rainville traverse donc toujours la frontière régulièrement malgré la pandémie.

Depuis près de deux mois, il lui est beaucoup plus facile de passer les douanes, le temps d’attente étant inexistant. Sa présence au Vermont doit toutefois se limiter au travail.

« J’attends avec impatience la réouverture de la frontière, parce que ma famille vit au Vermont pendant que moi, j’habite au Canada. Je me sens très déchirée entre les deux pays. Cette fermeture a créé un énorme fossé entre les familles et les amis des deux côtés. »

Elle a l’impression qu’elle doit constamment choisir entre sa carrière et sa famille aux États-Unis, ou encore son partenaire de vie et sa famille installés à Saint-Armand.

Pour diminuer le fossé qui les sépare, sa famille et elle font régulièrement des rencontres virtuelles. Ils ont également un groupe de clavardage qu’ils utilisent plusieurs fois par jour. Mme Rainville essaie aussi de profiter du temps passé sur la route pour appeler un membre de sa famille ou un ami.

« C’est vraiment difficile. J’ai des neveux au Vermont qui font les meilleurs câlins et j’essaie de les voir souvent. Maintenant, c’est impossible pour moi et ces câlins me manquent beaucoup. Je suis quand même chanceuse que ma tante et ma mère travaillent toutes les deux dans le même hôpital que moi. Je les vois donc en passant et c’est bien de voir qu’elles sont en santé. »

La fille de Karin Matthews et sa famille habitent à Boston. Mme Matthews pose ici avec sa petite-fille Lily.

Rencontres virtuelles

La fille de la Suttonnaise Karin Matthews réside à Boston. Mme Matthews, qui a la double nationalité, avait l’habitude de magasiner aux États-Unis et de visiter sa fille et sa famille une fois par mois.

« J’ai hâte de pouvoir retourner la voir, quand ce sera possible. Au début, j’étais nerveuse pour eux, mais ils vivent dans un des meilleurs États pour ce qui est de la gestion de la crise. »

La communication par vidéoconférence lui permet de constater que ses proches sont en santé.

Susan Lajoie vit une situation similaire. L’Américaine habite Dunham depuis 20 ans et y élève ses quatre enfants. Elle doit cependant se passer de ses visites de l’autre côté de la frontière pour visiter sa famille ou pour acheter certains produits, comme du lait et de l’essence.

« Comme la majorité de ma famille habite aux États-Unis, je me sens concernée par ce qui s’y passe, explique-t-elle. Mais encore plus pour mon frère qui habite en Italie, pas très loin de Bergame ... »

Susan Lajoie a décidé de rester au Canada avec sa famille cet été.

Sa famille organise régulièrement des rencontres virtuelles et Mme Lajoie communique presque tous les jours avec ses sœurs.

« Nous avons une maison secondaire au Massachusetts et on a décidé, en évaluant les options, de rester au Canada pour l’été. Normalement, on passe l’été à Cape Cod, mais on reste ici cette année. Et je suis vraiment excitée de visiter davantage notre pays, si par chance certains sites touristiques ouvrent. »

Un changement de plan qui plaira à bien des entrepreneurs québécois vivant du tourisme.