Le premier ministre Justin Trudeau en conférence de presse à Ottawa, jeudi matin
Le premier ministre Justin Trudeau en conférence de presse à Ottawa, jeudi matin

Trudeau promet l’aide de l’armée; Legault parle de 60 à 100 militaires [VIDÉO]

OTTAWA — Québec a demandé l’aide de l’armée canadienne pour les CHSLD, mais celle-ci risque de prendre la forme d’une goutte dans un océan de besoins.

Pendant qu’Ottawa refusait de préciser combien de militaires pourraient être envoyés au Québec, le premier ministre François Legault a indiqué qu’il entendait dire que ce serait «peut-être entre 60 et 100».

«Nous, s’il y en a 60, on est prêt à prendre des gens de l’armée qui ont une formation, mais on ne veut pas envoyer dans les CHSLD des gens qui n’ont aucune formation médicale», a déclaré M. Legault, lors de son point de presse à Québec.

Deux heures plus tôt, Justin Trudeau annonçait que son ministre de la Sécurité publique a reçu, mercredi soir, une «demande d’aide officielle» du gouvernement du Québec.

M. Trudeau a alors dit que les deux gouvernements sont à «finaliser» un plan d’assistance. Il n’avait pas encore de détails précis à donner.

«Mais je peux vous dire que nous allons leur donner toute l’aide possible, en regardant la Croix-Rouge canadienne, les Forces armées canadiennes et les bénévoles spécialisés qui se sont inscrits auprès de Santé Canada», a déclaré le premier ministre Trudeau à son point de presse, jeudi avant-midi.

Après avoir lu cette déclaration, M. Trudeau a semblé vouloir modérer les attentes.

«On est en train de regarder (la demande de Québec) parce que c’est un peu différent de ce qu’on demande souvent aux Forces armées de faire», a-t-il dit, en réponse à une question de journaliste.

«On va être là pour aider, mais ça va prendre des conversations avec Québec pour figurer exactement comment on peut aider pour répondre à cette demande qui n’est pas habituelle», a-t-il ajouté.

«Nos Forces armées, certainement, ont des médecins mais n’en ont pas tant que ça. (...) Quand vient le temps d’aider avec des inondations, les Forces armées (...) sont formées pour pouvoir aider dans ces situations-là. Ça, c’est une situation nouvelle», a-t-il fait remarquer.

Deux heures plus tard, M. Legault indiquait qu’on parlait de 60 à 100 militaires disponibles pour les CHSLD.

Le sujet de cette aide à Québec devait être abordé durant l’appel des premiers ministres du pays prévu jeudi soir.

M. Trudeau a promis un plan et une aide concrète «le plus rapidement possible», en spécifiant que ce serait «dans les heures et les jours à venir». Il a assuré comprendre l’urgence de la situation dans les CHSLD du Québec.

Aide élargie aux entreprises

Le gouvernement fédéral fait des ajustements à son aide aux petites entreprises. Les prêts sans intérêts de 40 000 $ pourront être demandés par des entreprises plus petites et plus grandes que ce qui avait d’abord prévu pour le Compte d’urgence pour les entreprises.

Ottawa entend également fournir du soutien financier aux petites entreprises pour leurs loyers des mois d’avril, mai et juin. Pour cette nouvelle mesure, Ottawa doit d’abord s’entendre avec les provinces.

Décès dans une prison fédérale

Un détenu en Colombie-Britannique est décédé des suites de la COVID-19. L’homme a contracté le virus à l’établissement de Mission où 54 prisonniers et six agents correctionnels ont reçu des diagnostics de COVID-19.

Depuis le début de la pandémie, les institutions carcérales ont été identifiées comme des milieux vulnérables. Le 30 mars, les deux premiers cas de COVID-19 dans une prison fédérale ont été décelés au Québec, au pénitencier de Port-Cartier.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, attend toujours que les services correctionnels dressent une liste de prisonniers qui pourraient être libérés avant la fin de leur peine afin de diminuer leur risque d’infection.

«Nous continuons de nous pencher sur les options pour voir quelles mesures supplémentaires peuvent être mises en oeuvre pour veiller le plus possible à ce que les détenus, le personnel et nos communautés soient en sécurité et en santé pendant cette crise», a déclaré le ministre Blair dans un communiqué diffusé jeudi.

Retour des Communes lundi?

Les négociations entre leaders parlementaires des partis fédéraux se poursuivent alors que les conservateurs continuent de réclamer quatre séances par semaine de débats parlementaires.

Le chef par intérim du Parti conservateur, Andrew Scheer, est prêt à tenir l’exercice en nombre restreint - moins de 40 élus - mais pas question, dit-il, de limiter cela à une seule séance par semaine, encore moins à aucune, en attendant des rencontres virtuelles.

Les Communes ont suspendu leurs travaux le 13 mars, avec l’accord de tous les députés. Cette suspension prend fin le 20 avril, à moins d’une entente entre tous les partis.

Rapatriements

Jeudi, des Canadiens rentraient au pays du Bangladesh, de l’Égypte, des Émirats arabes unis, de l’Inde et du Pérou.

Le ministère des Affaires mondiales continue de surveiller les situations d’une centaine de Canadiens - touristes et membres d’équipage - qui se trouvent à bord de quatre bateaux de croisière et 82 paquebots.

Cinq millions $ ont été distribués par Ottawa sous forme de prêts aux Canadiens qui n’arrivent pas à rentrer au pays.

Nombre de cas

Il y a 30 106 cas confirmés et probables décelés par les tests administrés au Canada. La COVID-19 a provoqué jusqu’à maintenant la mort de 1195 Canadiens.

Selon l’Agence de la santé publique du Canada, près de la moitié des décès au pays sont liés à des centres de soins de longue durée.

Distribution des cas au pays, selon les plus récents bilans provinciaux et territoriaux: 15 857 cas au Québec, dont 630 décès; 8,961 cas en Ontario, dont 423 décès; 2158 cas en Alberta, dont 50 décès; 1575 cas en Colombie-Britannique, dont 77 décès; 579 cas en Nouvelle-Écosse, dont trois décès; 304 cas en Saskatchewan, dont quatre décès; 252 cas à Terre-Neuve-et-Labrador, dont trois décès; 250 cas au Manitoba, dont cinq décès; 117 cas au Nouveau-Brunswick; 26 cas à l’Île-du-Prince-Édouard; huit cas au Yukon; cinq cas dans les Territoires-du-Nord-Ouest; aucun cas au Nunavut.

À ces bilans provinciaux et territoriaux s’ajoutent les 13 cas chez les passagers rapatriés du navire de croisière Grand Princess le 10 mars.

L’Agence de santé publique du Canada a compté plus de 487 000 tests administrés. Le taux de résultats positifs à ces tests est de six pour cent.

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FRONTIÈRE CANADO-AMÉRICAINE: PAS D'OUVERTURE AVANT DES SEMAINES, SELON TRUDEAU 

WASHINGTON - Justin Trudeau a voulu contredire poliment Donald Trump, jeudi, en prévenant que le Canada était bien loin d’être près d’assouplir les restrictions de voyages entre le Canada et les États-Unis.

Le premier ministre a déclaré jeudi matin qu’il avait discuté de la question avec le président américain lors d’une visioconférence avec les autres dirigeants du G7. Et compte tenu de la relation unique entre les deux pays, les deux hommes ont convenu qu’ils continueraient à adopter une approche différente de celle qu’ils utilisent avec le reste du monde, a indiqué M. Trudeau.

«Le Canada et les États-Unis ont une amitié qui n’est pas comme d’autres autour du monde, a d’abord rappelé M. Trudeau. Nous reconnaissons que nous pouvons travailler ensemble à des niveaux plus intégrés que d’autres pays.»

Mais cela ne signifie pas pour autant qu’une décision d’assouplir l’interdiction de voyager soit imminente, a-t-il prévenu. «Nous allons continuer de collaborer et de coordonner, mais la réalité c’est qu’(il faudra encore) bien des semaines avant qu’on puisse parler de relâcher les restrictions par rapport à nos frontières ou la distanciation sociale.»

Trump impatient

Le président Trump, qui ne cache pas son impatience à «repartir l’économie américaine» le plus tôt possible, a semblé suggérer mercredi que cette impatience pourrait bien s’étendre à la frontière nord - un changement dans l’équilibre des tensions qui définissent habituellement les relations canado-américaines.

Le bilan de l’épidémie de COVID-19 aux États-Unis est le plus lourd dans le monde, avec plus de 560 000 cas et 33 000 décès à ce jour; le Canada, en comparaison, compte environ 18 500 cas et un peu plus de 1000 décès. Or, le président Trump semblait suggérer que les bilans des deux voisins étaient comparables.

«Notre relation avec le Canada est très bonne - nous en parlerons. Ce sera l’une des premières frontières à être rouverte», a soutenu le président. «Le Canada va bien, nous allons bien, alors nous verrons.»

Les deux pays ont négocié il y a près d’un mois maintenant une interdiction sur les voyages non essentiels dans les deux directions pendant 30 jours. Cet accord exclut le commerce transfrontalier ainsi que les travailleurs de la santé essentiels, comme ces infirmières qui vivent d’un côté de la frontière et travaillent de l’autre côté. Or, cet accord doit expirer mardi prochain et les représentants du gouvernement canadien indiquent que les discussions sont en cours sur l’opportunité de le revoir.

Par contre, d’autres restrictions sur les voyages aux États-Unis, comme l’interdiction aux ressortissants de plusieurs pays européens, devraient rester en vigueur encore un certain temps, a annoncé M. Trump. «Plusieurs pays sont fortement infectés - certains vont mieux, (mais) certains sont encore en progression, malheureusement. Nous gardons des frontières très serrées avec ces pays», a-t-il dit. «Mais avec le Canada, nous parlons d’autres choses.»

L’accord expire mardi

Pour ce qui est de permettre le mouvement des biens et des services vers les États-Unis, l’accord a mieux résisté que prévu malgré quelques irritants, a estimé Mark Agnew, directeur de la politique internationale à la Chambre de commerce du Canada.

L’accord doit expirer mardi prochain et des discussions sur son extension sont en cours depuis plusieurs jours, a déclaré la vice-première ministre, Chrystia Freeland. Elle a toutefois précisé que les règles de «bon voisinage» plaident pour le maintien des restrictions.

Malgré ces discussions «extrêmement amicales et extrêmement efficaces entre voisins», le Canada ne fera rien qui risquerait de mettre ses citoyens en danger, a-t-elle insisté. «Ce que je peux garantir, c’est que les décisions concernant la frontière canadienne sont prises par les Canadiens, point final», a déclaré Mme Freeland. «Notre gouvernement n’ouvrira la frontière que lorsque cela sera approprié et lorsque ça ne constituera pas un risque pour la santé et la sécurité des Canadiens.»

Le président Trump devait publier jeudi des directives nationales visant à orienter et à planifier la reprise économique du pays, même si les élus au Congrès et dans certains États préviennent des dangers d’aller trop vite. Le président a fait un pas de côté et admis qu’il ne serait plus le seul à prendre cette décision - ce pouvoir appartient exclusivement aux gouverneurs des États.

De leur côté, les responsables de la santé publique, bien qu’ils signalent des signes clairs d’amélioration des efforts pour ralentir le taux d’infection aux États-Unis, continuent de marteler l’importance de maintenir en place les mesures sanitaires comme la distanciation sociale et le confinement.