Puisqu’il n’existera plus de services de garde d’urgences à partir du 11 mai, il ne reste qu’une semaine à Jacynthe et son conjoint pour trouver un endroit où faire garder leur petite, et ce, pour six semaines seulement.
Puisqu’il n’existera plus de services de garde d’urgences à partir du 11 mai, il ne reste qu’une semaine à Jacynthe et son conjoint pour trouver un endroit où faire garder leur petite, et ce, pour six semaines seulement.

Retour en garderie: un casse-tête pour bien des parents

Roxanne Caron
Roxanne Caron
La Voix de l'Est
Des travailleurs essentiels se retrouvent dans une impasse. Alors que les milieux de garde doivent diminuer leur capacité d’accueil de 50 %, et que les services de garde d’urgence fermeront, des parents de la région se demandent à quel endroit leurs enfants se feront garder.

Jacynthe* recommence à enseigner au primaire lundi prochain, tandis que son conjoint est de retour sur le marché du travail depuis la mi-avril. Le service de garde en milieu familial où leur fille de 15 mois a l’habitude d’aller ne pourra plus l’accueillir.

«L’éducatrice peut juste prendre trois enfants sur six et elle y est allée par ancienneté», indique la Sheffordoise.

Quatre parents, qui sont eux aussi des travailleurs essentiels, envoient leur enfant dans ce service de garde. «Il y a un couple qui a deux enfants, donc déjà, il prend deux places», indique Jacynthe.

Puisqu’il n’existera plus de services de garde d’urgence à partir du 11 mai, Jacynthe et son conjoint ne disposent que d’une semaine pour trouver un endroit où faire garder leur petite.

« Je vais pouvoir la garder à la maison à partir du 23 juin, comme j’aurai fini d’enseigner » relève Jacynthe, désolée du branle-bas de combat que cette situation génère pour les six semaines qui lui reste à travailler.

Jacynthe s’est inscrit sur le site La Place 0-5, comme le recommande le ministère de la Famille.

Dans un contexte de pandémie, le couple ne peut non plus compter sur l’aide de leurs parents, qui sont âgés de plus de 60 ans. «On est dans néant», s’inquiète-t-elle.

Ce n’est seulement qu’à partir du 8 juin que la capacité de son service de garde sera augmentée à quatre enfants. «Mais rendu-là, il va seulement me rester deux semaines de travail et on ne sait même pas si c’est nous qui aurons la place», relève-t-elle.

Si rien ne bouge, son conjoint envisage même de prendre un congé sans solde, le temps qu’une place se libère en garderie.

Deux jours par semaine

Mélanie*, qui est infirmière à Granby, a elle aussi été prise de court en apprenant que la garderie en milieu familial non reconnue fréquentée par son fils et sa fille ouvrira ses portes seulement deux jours par semaine, en accueillant trois enfants au lieu de six.

«La gardienne reçoit la PCU (prestation canadienne d’urgence) et elle m’a dit que si elle ouvrait plus de jours, elle perdrait des sous», explique la maman qui dit comprendre sa position.

Comme les garderies en milieu familial non reconnues ne sont régies par aucune instance, les propriétaires de celles-ci sont considérés comme des travailleurs autonomes. Ils ne reçoivent aucune compensation financière du gouvernement pour pallier la diminution du nombre d’enfants accueillis en raison de la COVID-19.

«La garde privée en milieu familial non reconnue sera la seule dans le réseau de tous les services de garde qui ne sera pas subventionnée pour la perte de revenus. Les femmes, financièrement, ne survivent pas. Plusieurs ont pris la décision de ne juste pas rouvrir», indique Sophy Forget-Bélec, présidente l’Association québécoise des milieux familiaux éducatifs privés (AQMFEP).

Mélanie doit ainsi courir tous les jours pour trouver une autre gardienne pour les trois jours restants de la semaine. Elle est toutefois parvenue à dénicher une jeune adolescente qui lui prêtera main-forte une journée par semaine.

«Je la paie 60 $ par jour et les petites gardiennes ne veulent pas déclarer. À la garderie j’avais un versement anticipé. Si je lui demande de garder trois jours, ça fait beaucoup de sous», relève la maman.

Elle ne peut pas compter sur ses beaux-parents qui ont des conditions de santé précaires. «Je ne veux pas trop les exposer... je n’ai vraiment plus d’options», déplore-t-elle.

* Des prénoms fictifs ont été utilisés puisque les mères sondées désiraient préserver leur anonymat