Les écoles primaires, services de garde et centres de la petite enfance ouvriront graduellement dès le 11 mai, mais pas les écoles secondaires.
Les écoles primaires, services de garde et centres de la petite enfance ouvriront graduellement dès le 11 mai, mais pas les écoles secondaires.

Réouverture des écoles: encore trop de questions sans réponses

Le point de presse de lundi était attendu avec impatience, François Legault devait y présenter son plan de réouverture des écoles et des services de garde. Bien qu’on en sait un peu plus sur la suite des choses, de nombreuses questions restent sans réponses.

Des inquiétudes règnent toujours au sein des travailleurs du milieu scolaire. De nombreux syndicats déplorent un manque de consultation, d’autres attendent de consulter le plan détaillé avant de se prononcer.

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Garderies et écoles primaires rouvriront à partir du 11 mai

D’abord, les écoles primaires, services de garde et centres de la petite enfance ouvriront graduellement dès le 11 mai, mais pas les écoles secondaires. Les établissements scolaires ont donc deux semaines pour se préparer à l’accueil des jeunes élèves.

«Je comprends qu’on ne pouvait pas mesurer l’impact ni de savoir comment ça allait empirer, mais on aurait dû avoir une vision à long terme. Je trouve qu’on va vite, est-ce que le gouvernement a pris le pouls il y a deux semaines? On aurait pu travailler la réouverture avant ça. On doit se préparer avec beaucoup de pression sur les épaules, et c’est déplorable», martèle Éric Pronovost, président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ).

Les écoles devront être adaptées pour respecter les nouvelles mesures, un plan devra être mis sur pied pour assurer un suivi des élèves à la maison, et une solution pour le transport scolaire et l’ajout de concierges devra être exprimée, entre autres. «On a eu une rencontre de consultation... Ils sont plutôt venus nous exposer des propositions, comme l’idée du 2 mètres ou du ratio d’élèves. On connaît [lundi] le scénario retenu. On est sur le terrain depuis le début, on a une expertise et elle est précieuse. On veut la partager avec le gouvernement», ajoute Éric Pronovost. 

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) déplore aussi le manque de consultation du milieu, et reproche au gouvernement de laisser planer trop de doutes.

Rassurer la population

Comme M. Pronovost, la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), Josée Scalabrini, n’était pas convaincue lundi. Il n’y a pas de sentiment de sécurité totale pour les travailleurs.

«Je retiens beaucoup de déception, et je ne suis pas la seule, on a juste à regarder sur les réseaux sociaux. J’entends de partout qu’on est resté sur notre appétit», indique-t-elle.

Le ministre de l’Éducation a indiqué que des équipements de protection seraient envoyés aux CPE et aux services de garde, une bonne nouvelle. «Mais rien pour les écoles. Comment un tout petit de quatre ans peut être dangereux pour son éducatrice, mais un élève de sept ans ne l’est pas pour son enseignante?» 

Josée Scalabrini salue toutefois la porte laissée ouverte de M. Legaut quant à un retour en arrière. «Si on réalise qu’on a des doutes sur la sécurité, on va pouvoir s’ajuster. Ça va prendre une population rassurée. Il faut revenir sur les objectifs, ils ne sont pas seulement académiques. Il reste des fils à attacher.»

Défis nombreux

Du côté de la Fédération des commissions scolaires du Québec, on souligne que les défis sont nombreux : la santé et la sécurité des élèves et du personnel, la communication, la distanciation sociale, l’apprentissage optimal des élèves... 

«Nous avons démontré ces dernières semaines la flexibilité et le dévouement du personnel des commissions scolaires afin de faire au mieux pour les élèves de nos territoires. Nous continuerons d’appuyer les équipes des écoles, d’abord pour la réouverture, et pour la suite d’ici la fin de l’année scolaire, pour l’ensemble des établissements. Le réseau scolaire travaille en partenariat depuis plusieurs semaines, nous devons continuer les efforts en ce sens dans les prochains mois, pour la santé de toutes et de tous. Le professionnalisme du réseau est notre meilleure garantie pour y arriver, dans la sérénité», a commenté par communiqué le président de la FCSQ, M. Lucien Maltais.


« Comment un tout petit de quatre ans peut être dangereux pour son éducatrice, mais un élève de sept ans ne l’est pas pour son enseignante? »
La présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), Josée Scalabrini

Pour la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), le plan de réouverture des écoles est «un début de clarification qui était très attendu».

«Nous accueillons favorablement les deux semaines de préparation qui nous sont données afin d’organiser le retour en classe en équipe, avec l’ensemble du personnel. Ce plan pourra être bonifié en fonction de l’évolution de la situation, car le maître mot reste la sécurité de nos élèves et du personnel», a commenté le président de la Fédération, Nicolas Prévost.

La FQDE dit adhérer «au retour de l’ensemble du personnel enseignant, à la prise en considération des élèves vulnérables et au choix donné aux parents de garder leurs enfants à la maison».

Protéger les employés vulnérables

Du côté des CPE, on n’est pas surpris de l’annonce de lundi. Les centres n’ont jamais vraiment fermé, ils accueillaient les enfants dont les parents occupaient un métier jugé essentiel. Ils fonctionnent bien jusqu’à maintenant, mais des enfants s’ajoutent, il faudra plus de personnel.

«La routine de désinfection n’est pas suffisante, on va manquer de monde. Si on a plus d’enfants, on a moins le temps pour nettoyer. Ça, c’est un enjeu majeur. Nous étions déjà en pénurie de main-d’œuvre avant la crise», rappelle Louise Labrie, porte-parole pour le secteur de la petite enfance de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN).

Mme Labrie salue le plan «graduel» du gouvernement, elle remercie aussi le premier ministre d’avoir clarifié la question d’immunisation, que l’ouverture n’est pas en vue d’une contamination plus grande. «Ça prouve qu’on veut réellement protéger la santé des travailleurs.»

Toutefois, il faudra envoyer du renfort. Et il faudra assurer une protection salariale aux employés de 60 ans et plus et ceux avec un problème de santé qui ne pourront pas venir travailler par précaution. «Le ministre doit être ferme auprès des gestionnaires, ça fait plus de quatre semaines qu’on se bat pour reconnaître ça.»

Mme Labrie espère aussi que les parents enverront leurs enfants dans les garderies s’ils en ont vraiment besoin. «Dans le filet social, on est important, et j’espère que le gouvernement va s’en souvenir.»

Sans les CPE, il devient difficile de mettre en marche un plan pour d’ouverture des commerces, juge Mme Labrie.

La directrice générale du Regroupement des CPE des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches, Élise Paradis, convient que «l’augmentation progressive de la clientèle dans nos services n’est pas sans créer des inquiétudes et soulever de nombreuses questions».

«Toutefois, les changements sont annoncés pour le 11 mai (pour les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches), ce qui nous donne un peu de temps pour préparer cette nouvelle transition», souligne Mme Paradis.

«Ces nouveaux changements soulèvent des craintes, et des questions demeurent en suspens, mais nous sentons que nous pouvons apporter notre point de vue et que le gouvernement est préoccupé d’agir prudemment pour protéger la santé et la sécurité du personnel, des enfants et des familles», salue la directrice du regroupement, précisant que des rencontres de travail avec le ministère de la Famille et le cabinet sont prévues «pour préciser les consignes et les conditions».