Elsa Carlier, coordonnatrice chez Impact de rue Haute-Yamaska, estime que les effets du confinement causés par le coronavirus risquent de se faire sentir davantage dans les prochains mois à travers le travail des travailleuses de rue.
Elsa Carlier, coordonnatrice chez Impact de rue Haute-Yamaska, estime que les effets du confinement causés par le coronavirus risquent de se faire sentir davantage dans les prochains mois à travers le travail des travailleuses de rue.

Protéger les personnes vulnérables de la COVID-19

Comment aider les personnes vulnérables durant la pandémie de COVID-19? Errance, problèmes de santé mentale, séparation demeurent des réalités avec lesquelles les organismes communautaires doivent composer à travers la crise actuelle.

Bien que les interventions des travailleuses de rue de la région s’effectuaient déjà majoritairement par téléphone, Elsa Carlier, coordonnatrice chez Impact de rue Haute-Yamaska, concède que la présence sur le terrain a été diminuée.

D’emblée, elle rappelle que l’itinérance en région n’est pas aussi visible que dans les métropoles. « On a plus affaire à de l’errance. À des personnes qui vont aller d’un hébergement à un autre, autant institutionnel que chez des connaissances. »

En se promenant d’un endroit à l’autre, le risque d’être contaminé par le coronavirus augmente. Des personnes vulnérables choisissent aussi d’habiter dans des maisons de chambres, où les aires communes sont partagées avec d’autres locataires.

«On sait qu’il y en a beaucoup à Granby et Waterloo. Si une personne présente des symptômes, elle ne peut pas se mettre en confinement, car elle partage la salle de bain, le salon, etc.», souligne Mme Carlier.

Cette dernière relève que même si certaines personnes ont un lieu où vivre de façon permanente, elles n’ont tout simplement pas les conditions réunies pour se protéger contre la COVID-19. «Certains ont un lavabo, mais pas de savon. Il y a aussi des jeunes dont les parents leur demandent de sortir le matin et ne pas rentrer avant le soir», donne-t-elle en exemple.

Protection

C’est pourquoi la coordonnatrice croit que des stations pour se laver les mains devraient être installées dans plusieurs endroits stratégiques de la ville, «afin d’avoir plus d’opportunités sur son trajet pour se laver les mains sans avoir à entrer dans les commerces».

Elle salue tout de même l’initiative de la Ville de Granby d’avoir installé des toilettes chimiques avec des lavabos près du Partage Notre-Dame. «Mais il pourrait y avoir des stations de lavage dans les parcs et sur la rue Principale, d’autant plus que les mesures sanitaires risquent de rester encore très longtemps», plaide-t-elle.

Outre cette réalité, les travailleuses de rue sont confrontées à un autre obstacle : la distanciation sociale. Elles ne peuvent donc plus accompagner leur clientèle en voiture à un rendez-vous de la DPJ ou chez le médecin, par exemple.

«Avec la centralisation des services sociaux, beaucoup de choses se font à l’extérieur de la région. Parfois, un trajet en voiture est significatif pour développer le lien de confiance», rappelle Mme Carlier.

Crescendo

Elle estime d’ailleurs que les effets du confinement causés par le coronavirus risquent de se faire sentir davantage dans les prochains mois à travers le travail des travailleuses de rue.

«On a l’intuition qu’on va vivre la crise étalée et en crescendo sur les prochains mois et les prochaines années. Il va y avoir des répercussions psychosociales, prédit-elle. On n’a qu’à penser à la violence conjugale et les difficultés relationnelles parents-enfants.»

Quelques personnes en situation d’errance ont contacté Impact de rue Haute-Yamaska pour connaître leurs options d’hébergement. Mais pour l’heure, les hébergements en milieu institutionnel se font rares, certains d’entre eux n’accueillant plus de nouveaux résidents depuis le début mars afin d’éviter les risques de contamination.

C’est le cas de la maison d’hébergement pour femmes Transition pour elles de Granby, où quatre femmes vivent confinées de façon volontaire depuis le début de la pandémie. «On a dû cesser de faire des admissions par mesure de sécurité pour l’équipe et les résidentes», confirme la directrice Sylvie Martin.

Elle rapporte également avoir reçu quelques appels pour des cas de violence conjugale. «On les a référés chez Halte-crise. Si la femme le veut, on prend ses coordonnées et si c’est une situation qui peut attendre on la rappelle à la fin de la crise.»

La maison qui accueille entre autres des femmes avec des problèmes de santé mentale voulait éviter que les résidentes actuelles se désorganisent avec la venue de nouvelles résidentes, qui provenaient peut-être même d’autres villes. «Les femmes sont très reconnaissantes et elles se sentent en sécurité», assure Mme Martin.

Auberge sous mon toit

À l’auberge sous mon toit, des mesures drastiques ont aussi été prises.

Les heures de repas ont notamment été scindées en deux afin qu’il y ait deux groupes et une seule personne par table, tandis que les sorties ont été limitées à heure par jour seulement pour les besoins essentiels. Les visiteurs et les anciens résidents ne sont pas admis au moins jusqu’au 4 mai prochain.

«On a aussi mis sur pause le volet des jeunes de la rue comme on ne peut pas savoir d’où ils arrivent. Mais ceux qui sortent de la détention, on les accueille étant donné qu’on a un suivi sur les cas de la COVID-19 en prison», indique Marie-Eve Théberge, directrice générale de l’Auberge sous mon toit.

Comme la maison d’hébergement granbyenne fonctionne à la moitié de sa capacité, les onze résidents peuvent tout de même profiter du salon, qui est assez grand pour respecter la distanciation de deux mètres.

Les résidents ont aussi une chambre individuelle avec un lavabo et un téléphone, mais pas de câble ni de Wi-Fi.

«On essaie de rendre accessible (l'application) Zoom sur l’ordi des résidents pour conserver un lien avec la famille», assure Mme Théberge.

«Chaque jour de nouvelles décisions sont prises», termine-t-elle.