Propriétaires et locataires s’inquiètent à l’approche du 1er avril

TORONTO - Alors que l’impact économique de la pandémie de COVID-19 se propage, une autre vague pourrait déferler au cours des prochains jours quand viendra le moment pour plusieurs locataires de payer leur loyer.

Le 1er avril est source de stress pour les locataires et les propriétaires, car le nouveau coronavirus garde les gens à la maison et ferme les entreprises, laissant des dizaines de milliers de Canadiens sans emploi.

«Cela me rappelle un film «Mission: Impossible», où tic, tic, tic, le temps presse et quelqu’un doit essayer de sauver la mise avant que tout n’explose, a illustré William Blake, un représentant de l’Association des propriétaires de l’Ontario. C’est ce que plusieurs locataires et propriétaires pensent de l’échéance du 1er avril.»

Des groupes de défense des intérêts des propriétaires et des locataires demandent aux gouvernements fédéral et provinciaux d’offrir une sorte de soulagement avant le 1er avril.

Ainsi, le Front d’action populaire en réaménagement urbain et le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec ont réclamé mercredi «de manière urgente, des mesures concrètes du gouvernement Legault pour venir en aide aux ménages locataires qui ne seront pas en mesure de payer leur prochain mois de loyer».

Les deux regroupements demandent un programme spécial de supplément au loyer d’urgence pour ceux à faibles revenus. Pour ceux qui n’y ont pas droit en raison de revenus antérieurs trop élevés, ils proposent comme mesure complémentaire la création d’un fonds de dépannage dédié au paiement du loyer.

De plus, «afin de rassurer les centaines de milliers de ménages locataires qui devraient déménager au 1er juillet, ou avant, ils demandent au gouvernement Legault d’envisager que tous les baux en vigueur soient prolongés pour une période correspondant minimalement à la durée de l’urgence sanitaire», peut-on lire dans un communiqué.

Ils proposent enfin que la période d’un mois dont disposent les locataires pour répondre à l’avis de renouvellement du bail soit allongée d’un mois.

Deux pétitions mises en ligne sur change.org - une québécoise et une pancanadienne - ont recueilli plus de 600 000 signatures. La pétition québécoise demande l’annulation immédiate du paiement des loyers au Québec; un moratoire sur toute expulsion liée à l’incapacité de payer un loyer pendant la pandémie de la COVID-19, que ce soit maintenant ou plus tard; et l’ouverture des logements vacants pour loger les personnes sans abri ou vivant actuellement dans des conditions d’habitation dangereuses, insalubres ou abusives.

Lors de son point de presse quotidien, mercredi, M. Legault a demandé aux propriétaires de faire preuve de compréhension envers les locataires qui ne seraient pas en mesure de payer le 1er avril, puisqu’une aide d’Ottawa doit arriver quelques jours plus tard. Il a toutefois aussi demandé aux locataires qui sont en mesure de payer à temps de le faire.

Mardi, le gouvernement du Manitoba a suspendu toute augmentation de loyer à compter du 1er avril en réponse aux retombées économiques de la COVID-19.

La province s’est jointe à d’autres, dont l’Ontario, le Québec et l’Île-du-Prince-Édouard, pour suspendre toutes les audiences non urgentes devant leurs instances propriétaires-locataires, interdisant ainsi toute expulsion résultant du non-paiement du loyer.

Mais d’autres provinces et territoires sont passés à des audiences par téléconférence, le Bureau des locations résidentielles de la Saskatchewan notant sur son site web que les loyers sont toujours dus.

Des mouvements populaires ont vu le jour dans plusieurs villes au cours des deux dernières semaines, appelant les locataires à suspendre le paiement de leur loyer - soit par nécessité, soit en solidarité avec ceux qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré lundi que les fonctionnaires fédéraux cherchaient des moyens de soulager les fournisseurs de logements communautaires et les locataires du pays.

Une autre source gouvernementale, qui n’était pas autorisée à détailler les pourparlers en coulisses, a fait état d’une nouvelle initiative impliquant au moins six provinces pour éviter les expulsions de centaines de milliers de locataires.