Pour ou contre une app COVID au Québec? Le gouvernement veut savoir

Le gouvernement Legault lance un sondage en ligne pour savoir si les Québécois sont prêts à télécharger une application sur leur téléphone cellulaire pour traquer la COVID-19, cet automne.

La consultation de 15 questions est disponible depuis mercredi sur le site consultation.quebec.ca. Les Québécois pourront y répondre jusqu’au 2 août.

En gros, l’application consisterait à savoir si vous avez été en contact avec une personne infectée dans les 14 derniers jours et, par le fait même, accepter de vous enregistrer avec un numéro anonyme détectable à l’aide de la technologie Bluetooth par les autres utilisateurs si vous êtes vous-même déclaré positif au nouveau coronavirus.

Trois conditions

Trois conditions s’avèrent toutefois «non négociables» pour le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire, responsable du dossier : «Il est clair dans notre esprit qu’une telle application doit exclure toute forme de géolocalisation, toute forme d’utilisation de marqueurs biométriques et toute forme de stockage de renseignements personnels», a martelé le ministre Caire, mercredi matin, lors de sa présentation en point de presse assez intime.

«En aucun temps, le gouvernement du Québec n’entend déployer une application qui serait basée sur l’une ou l’autre de ces options. Ce que nous souhaitons, c’est préserver la vie privée des Québécois, protéger leurs renseignements personnels tout en déployant une application qui pourrait s’avérer utile à la protection de notre population et à la lutte contre la pandémie. C’est le seul objectif du gouvernement du Québec.»

Participation essentielle

Le sondage porte en gros sur l’intérêt, les craintes, l’utilité et la convivialité d’une telle application pour les citoyens.

«Une participation significative de la population» constitue la clé de la réussite lors du déploiement d’une telle application, insiste M. Caire.

«Ça peut être un outil qui est utile si et seulement si les gens participent. Si personne ne le télécharge, en quoi c’est utile? Donc, si les gens n’en veulent pas, ils ne le téléchargeront pas. S’ils ne le téléchargent pas, c’est inutile», explique-t-il, refusant toutefois de chiffrer la participation souhaitée ou attendue à sa consultation en ligne.

M. Caire enchaîne avec deux exemples européens diamétralement opposés. En Allemagne, une application similaire a reçu l’assentiment populaire avec un succès certain, tandis qu’un taux de téléchargement «anémique» avoisinant 2% en France a été un échec.

«La consultation publique a deux objectifs. Est-ce que les Québécois ont un appétit pour ça? Oui ou non. Si oui, quelles sont les craintes? Si non, quels sont les obstacles qui font que les Québécois n’ont pas d’appétit pour ça? Puis, si on est capables de répondre à ces préoccupations-là puis d’avoir un débat serein basé sur des éléments qui sont réels.

«On peut expliquer le fonctionnement sommairement [comme c’est le cas sur le site], puis dire aux Québécois : “Ça, est-ce que c’est quelque chose que vous pensez qui pourrait être intéressant pour lutter contre la pandémie?” Si les Québécois nous disent, dans un nombre qui est significatif, oui, bien oui, on pourra aller de l’avant. Mais si les Québécois nous disent, dans un nombre tout aussi significatif, non, à ce moment-là, on sait que c’est voué à l’échec. Donc, pourquoi aller de l’avant?» affirme M. Caire.

Première moitié de septembre

Le ministre Caire viserait la première moitié de septembre pour déployer ladite application, qui existe déjà.

«Ça prend une application qui va être capable de communiquer avec les autres applications parce que, comme vous le savez, la pandémie ne travaille pas en silo. Donc, ce serait un peu curieux que le gouvernement le fasse. Et on se prépare pour une résurgence de la pandémie quelque part à la fin de l’été, début de l’automne. Donc, il faut que ça soit déployé rapidement. Dans ce sens-là, vous comprendrez que de développer une application à partir de zéro, ça nécessite beaucoup plus de temps. Normalement, on parle d’entre 18 et 24 mois si on veut faire quelque chose de robuste, indique-t-il.

«Puis je vous dirais que la solution développée à partir de zéro serait difficilement compatible avec le calendrier qu’on s’est fixé nous-mêmes. Donc, oui, je pense que la solution optimale serait d’aller vers une solution qui a déjà été développée, dont on sait qu’elle est sécuritaire, qu’elle répond à nos critères. Alors, vous comprendrez, là, que ça vient quand même de limiter un peu les options», dit celui qui donne à ses équipes quatre à six semaines après la fin de la consultation pour tout mettre en place.

Le gouvernement redoute une résurgence du virus à la mi-septembre.

Depuis le 1er mai en Alberta

Seule province à utiliser une application de traçage de la COVID, et ce depuis le 1er mai, l’Alberta n’a rallié qu’un citoyen sur cinq, environ 20%. L’Ontario devait lancer la sienne la semaine passée, le 2 juillet, mais le tout a été reporté. Il s’agissait en fait d’une première étape vers un déploiement à la grandeur du Canada. D’autres provinces comme la Colombie-Britannique et le Nouveau-Brunswick ont aussi signifié leur intérêt.

Le ministre Caire reconnaît que la possibilité de régionaliser l’utilisation de cette application au Québec existe, mais n’y voit pas tant d’intérêt. «Il faut que ce soit une application qui soit désirée par une portion très importante de notre population partout sur le territoire. On pourrait difficilement déployer ça dans une région, pas dans une autre», avance-t-il.

Pour s’assurer de sa fiabilité et de sa sécurité, l’application choisie serait soumise à 5 à 10 jours de tests au Centre gouvernemental de cyberdéfense, mis sur pied par le ministre Caire l’automne dernier.

Outre la consultation en ligne, le gouvernement procédera aussi à des sondages plus classiques et à trois journées de commission parlementaire sur le sujet, les 12, 13 et 14 août.