Photographie en microscopie électronique du coronavirus SARS-CoV-2, responsable de la COVID-19
Photographie en microscopie électronique du coronavirus SARS-CoV-2, responsable de la COVID-19

Ottawa compte financer une distribution équitable de vaccins contre la COVID-19

Mike Blanchfield
La Presse Canadienne
OTTAWA - Le Canada envisage toujours de contribuer à une coalition internationale sur les vaccins connue sous le nom de COVAX, qui vise à distribuer équitablement un éventuel vaccin contre la COVID-19 aux pays les plus pauvres qui n’en ont pas les moyens.

La décision contraste avec celle prise mardi par l’administration Trump de retirer les États-Unis de l’alliance de plus de 150 pays parce que le programme est lié à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le président Donald Trump a mis fin au financement américain de l’OMS en juillet, car il soutient que l’organisation est indûment influencée par la Chine et doit être réformée.

Un porte-parole de Karina Gould, ministre canadienne du Développement international, a déclaré que le gouvernement Trudeau travaillait sur les détails d’un engagement financier dans ce qu’on appelle le «mécanisme COVAX», qui est conçu pour garantir aux pays en développement un accès équitable à un vaccin contre la COVID-19.

«Notre gouvernement a assurément de l’intérêt à faire partie du mécanisme. Je peux le confirmer», a affirmé le porte-parole Louis Bélanger en entrevue. «Nous examinons actuellement nos options.»

Le mécanisme COVAX permet également aux pays investisseurs de bénéficier d’un accès anticipé à un éventuel vaccin pour environ 20 % de leur population.

L’initiative vise à contourner le «nationalisme vaccinal» - la ruée des pays pour obtenir des vaccins pour leur propre population, souvent en achetant à l’avance des doses directement auprès de sociétés pharmaceutiques.

Le premier ministre Justin Trudeau a justement annoncé lundi que le Canada avait conclu des accords avec quatre entreprises étrangères qui pourraient fournir quelque 190 millions de doses aux Canadiens lorsqu’elles mettront au point un vaccin contre la COVID-19.

En juin, M. Trudeau avait cosigné une lettre d’opinion dans le Washington Post avec les dirigeants de l’Espagne, de l’Éthiopie, de la Nouvelle-Zélande et de la Corée du Sud, dans laquelle il faisait la promotion du COVAX comme d’une façon équitable d’aider à éradiquer la pandémie à travers le monde.

L’OMS affirme que même les gouvernements qui concluent des accords individuels avec des fabricants de vaccins gagneraient à rejoindre le COVAX, car cela leur permettrait d’avoir accès à des vaccins de secours au cas où ceux obtenus par des accords avec des fabricants ne fonctionneraient pas.

Les pays avaient jusqu’à lundi pour aller au-delà des simples manifestations d’intérêt et prendre des engagements financiers envers le COVAX. Mais cette date limite vient d’être reportée au 18 septembre.

M. Bélanger a indiqué que le gouvernement libéral avait l’intention de prendre une décision avant cette date.

L’Union européenne s’engage

L’Union européenne a respecté l’échéance initiale de lundi : la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé une contribution de 400 millions d’euros (près de 620 millions $).

Mme Von der Leyen a affirmé que la contribution européenne constituait un acte de «solidarité mondiale», mais elle a également laissé la porte ouverte aux pays européens qui, individuellement, continuent de chercher à conclure des accords avec les sociétés pharmaceutiques pour s’assurer d’un approvisionnement en vaccins.

«Aucun pays, aucun continent ne peut vaincre le coronavirus à lui seul. Nous devons unir nos forces», a-t-elle dit. «En parallèle, nous continuons à négocier avec les sociétés pharmaceutiques pour acheter des doses de vaccins au nom des États membres de l’UE.»

Après que l’administration Trump a annoncé mardi qu’elle ne participerait pas aux efforts de coopération internationale pour mettre au point et distribuer un vaccin contre la COVID-19, un porte-parole de la Maison-Blanche a déclaré que les États-Unis continueraient à s’engager avec les organisations internationales dans la lutte contre le virus, tout en soulignant : «Nous ne serons pas contraints par des organisations multilatérales influencées par l’Organisation mondiale de la santé corrompue et la Chine.»

Une porte-parole de l’organisation «GAVI, l’Alliance du vaccin» a indiqué que le Canada et plusieurs pays avaient exprimé leur intérêt à rejoindre le COVAX, mais a souligné que l’organisation aimerait voir des engagements financiers fermes d’ici le 18 septembre avec des «paiements initiaux» au plus tard le 9 octobre.

Au cours des 20 dernières années, GAVI est devenue la principale organisation internationale de distribution de vaccins dans les pays moins développés.

Le groupe de lutte contre la pauvreté «One Campaign» fait également pression sur le Canada pour qu’il prenne un engagement financier ferme envers le mécanisme COVAX. La présidente du groupe, Gayle Smith, a souligné que si le Canada promettait de l’argent, cela donnerait l’exemple à d’autres pays.

Elle espère que l’adhésion à cette initiative permettra d’éviter de reproduire ce qui s’était passé avec l’épidémie de grippe H1N1 il y a dix ans, lorsque les pays riches se sont rués sur les vaccins, mais aussi la course aux équipements de protection individuelle qui a marqué le début de l’actuelle pandémie.

Jointe par téléphone à Washington, Mme Smith a expliqué que le COVAX est un «mécanisme beaucoup plus efficace qu’une ruée folle». Elle a dit espérer que le monde tire une leçon du désordre qui a caractérisé le début de la pandémie et qu’il comprenne qu’il a la possibilité de mieux faire les choses à partir de maintenant.

Le mécanisme COVAX vise à fournir deux milliards de doses de vaccins sûrs et approuvés par l’OMS d’ici la fin de 2021. Cela comprend également la possibilité de donner aux pays participants un accès aux vaccins qui couvrirait 20 % de leur propre population.

«C’est sans doute un très bon modèle pour le Canada lui-même. Nous voyons déjà des signes de nationalisme vaccinal», a affirmé Mme Smith. «C’est un moyen de se mettre dans la file d’attente et d’éviter ce qui s’est passé avec la H1N1, qui était une ruée pour s’approprier tout ce qui était disponible plutôt qu’une collaboration entre les pays.»