Les Résidences Soleil de Granby
Les Résidences Soleil de Granby

Obligés de vider l'appartement de leur mère décédée malgré la pandémie

Alors que le nombre de personnes infectées par le coronavirus dans des résidences pour aînés se multiplie à travers le Québec, on pourrait croire que les gestionnaires de ces établissements en restreignent l’accès pour éviter la propagation du virus. Or, les proches endeuillés d’une femme qui habitait à la succursale des Résidences Soleil de Granby ont constaté que c’est loin d’être le cas.

À peine quelques jours après le décès de leur mère de 90 ans, ses huit enfants ont dû se regrouper pour vider son appartement, à la demande de la direction de l’établissement, sans quoi ils devaient payer le loyer du mois suivant. Une facture qui s’élève à plus de 1000$.

Un «non-sens» dans la situation actuelle, déplore un des fils de la disparue, Luc Sanders. «Je suis en maudit contre le Groupe Savoie. La direction nous a dit business is business. Tu paies ou tu ramasses tes affaires. Il y a un côté inhumain dans tout ça. Mais encore pire, on prend de grands risques avec la vie des aînés en agissant de la sorte. Et c’est inacceptable.»

Selon M. Sanders, la direction de la résidence de Granby n’a imposé aucune restriction quant au nombre de personnes qui pouvaient se retrouver dans le logement. «Au départ, on devait être sept dans le petit appartement. On aurait pu être une armée. C’est nous qui avons décidé d’entrer le moins de monde possible pour minimiser les risques.»

Deux membres de la famille de la défunte ainsi que deux déménageurs ont finalement vidé l’endroit de son contenu. «Et malgré tout, c’était impossible de respecter les mesures de distanciation sociale de deux mètres entre les individus dans un si petit endroit», souligne M. Sanders.

L’ironie était à son comble pendant le déménagement. «Pendant que la ministre des Aînés, Marguerite Blais, parlait en point de presse de donner des millions pour avoir des gardiens de sécurité dans des résidences pour éviter que les aînés sortent, on entrait. C’est complètement absurde», indique le fils de la défunte.

Casse-tête

La famille a dû se résoudre, à contrecoeur, à outrepasser les règles de la santé publique concernant la COVID-19. Tout ceci alors que les proches étaient submergés par de vives émotions.

«Quand tu viens de perdre ta mère, tu as bien d’autres soucis que de te battre contre des gens bornés. Dans notre cas, ça a amené de sérieux casse-têtes et des discussions dont on se serait bien passé. Je suis de Montréal, un autre vient de la Mauricie. On ne veut pas être des vecteurs du virus chacun chez nous. Encore moins faire entrer le coronavirus dans une résidence pour aînés», fait valoir Luc Sanders.

«D’un autre côté, on ne pouvait quand même pas payer 1300$ par mois pour laisser les choses de notre mère dans l’appartement, en attendant que la crise passe», ajoute-t-il.

En fait, les résidences pour aînés sont assujetties aux règles de la Régie du logement. Lors d’un décès, «la résiliation du bail prend effet deux mois après l’envoi de l’avis, peu importe la durée du bail. Le liquidateur de succession ou l’héritier doit payer le loyer jusqu’à la date prévue de résiliation, à moins qu’une entente soit conclue entre le liquidateur de succession ou l’héritier et le locateur ou que le logement libéré par le locataire soit reloué par le locateur. Si le locataire décédé recevait des services ou des soins se rattachant à sa personne inscrits dans son bail, le liquidateur de succession ou l’héritier doit payer les services ou les soins que le locataire décédé a reçus avant son décès», stipule la Régie.

Manque de jugement

Le cabinet de la ministre des Ainés, Marguerite Blais, estime que la situation vécue par les proches de la défunte, rapportée par La Voix de l’Est, découle d’un «manque de jugement de la part des gestionnaires de la résidence».

«La consigne est claire : il ne doit pas y avoir de visiteurs dans les résidences privées pour aînés. En aucun cas, il ne devrait y avoir quatre personnes qui entrent dans une résidence pour aînés pour aller chercher les biens d’une personne défunte, indique par courriel l’attachée de presse de la ministre Blais, Marjaurie Côté-Boileau. Cela n’est pas cohérent avec les consignes du gouvernement.»

Des mesures particulières ont été mises en place par Québec dans le cas de décès en résidence pour aînés. «On recommande aux familles de prendre entente avec la résidence pour laisser les biens de la personne à l’entrée de [l’établissement] pour éviter que la famille pénètre à l’intérieur, de nettoyer les surfaces potentiellement touchées par les personnes», a cité en exemple la membre de l’équipe de la ministre des Aînés.

Selon cette dernière, le CIUSSS de l’Estrie doit assurer un suivi auprès du Groupe Savoie «afin qu’une telle situation ne se reproduise plus».

Mea culpa

Le vice-président marketing et communications de l’entreprise, Maurice Vaillancourt, a brièvement commenté par courriel.

«D’abord, nous sommes désolés de la situation de la famille de cette résidente. Dans le contexte actuel, nous souhaitons éviter les déménagements non urgents et nous avons mis en place des mesures qui permettent, lorsque c’est possible, d’éviter ces déménagements.»

«Malheureusement, comme tout le monde au Québec et dans le monde entier, nous nous adaptons à cette crise imprévisible au fur et à mesure qu’elle se développe. Nous travaillons sans relâche à adapter nos procédures à travers tout notre réseau depuis le début de la crise afin d’assurer la sécurité et le bien-être de nos résidents et de leur famille. Nous faisons le maximum pour minimiser les interactions avec l’extérieur», assure-t-il dans son message.