Le directeur général de Motivaction Jeunesse, Luc Richer, en compagnie de quelques-uns de ses protégés (Gaétan Gougard, Bastien Sanglard, Angeline Noor et Mohammed Noor) et de l’intervenante Mathilde Hanny.
Le directeur général de Motivaction Jeunesse, Luc Richer, en compagnie de quelques-uns de ses protégés (Gaétan Gougard, Bastien Sanglard, Angeline Noor et Mohammed Noor) et de l’intervenante Mathilde Hanny.

Motivaction Jeunesse: intensité 55 [VIDÉO]

À la tête de Motivaction Jeunesse depuis une vingtaine d’années, Luc Richer est une véritable pile électrique sur deux pattes. Avec lui, le lapin de la pub Energizer peut aller se rhabiller. Au fil des ans, il a changé la vie de centaines d’adolescents de milieux défavorisés qui l’ont suivi au bout de ses folles expéditions sportives et de plein air. Fidèle à lui-même, Richer a décidé pour ses 55 ans de se lancer dans un Iron Man «revisité» afin de recueillir des fonds pour son organisme. Rencontre avec un homme de défis qui a fait du travail auprès des jeunes la mission d’une vie.

L’éducateur s’appelait Jocelyn. Luc Richer, alors dans l’âge ingrat, autour de 16 ans, l’avait connu au Centre Jeunesse de Joliette où ses frasques l’avaient conduit. Il venait d’abandonner l’école et «vagabondait» pas mal. À force de patience, ce Jocelyn, un intervenant providentiel, lui a ouvert les yeux sur son potentiel et du beau gâchis à venir s’il persistait dans cette voie. À sa sortie de l’établissement, le jeune Luc avait changé du tout au tout. 

«Cet éducateur a cru en moi. Il a vu mon potentiel. Il m’a enseigné la course à pied, dans la cour du centre. Non seulement ça m’a aidé, mais ça m’a réellement inspiré. À partir de là, j’ai su que j’allais passer ma vie à aider les gens. Je suis arrivé à Québec à 18 ans, rejoindre mon père, et c’est ici que ma nouvelle vie a commencé. J’ai repris l’école et je me suis branché sur le sport à 100 milles à l’heure.»

À l’abri du chaud soleil de mai, sous un kiosque près du terrain de football du Patro Roc-Amadour, le diplômé en psychoéducation, en communications et en droit raconte cette tranche de vie, sans faux-fuyants, pour illustrer comment l’adolescent «un peu difficile» qu’il était s’est transformé, une quarantaine d’années plus tard, en adulte significatif auprès des jeunes qui ne l’ont pas facile et qui se cherchent à leur tour.

Grand sportif devant l’éternel, c’est par l’activité physique qu’il les amène à se dépasser, voire à se surpasser, à ne pas baisser les bras au premier écueil. Depuis 20 ans, il organise le Challenge de l’espoir avec des adolescents en difficultés scolaires et de jeunes immigrants qui peinent à s’adapter à leur patrie d’adoption. Bon an, mal an, lui et des groupes ont pédalé sur des centaines de kilomètres, parfois aussi loin que Percé.

Luc Richer a aussi mis sur pied le Défi du Cap-Blanc. Une épreuve de 400 marches que ses ouailles sont invitées à monter une fois et une autre, jusqu’à en avoir les quadriceps douloureux.

Ses longues randonnées à vélo ont permis à plusieurs adolescents d’aller au bout d’eux-mêmes et de sortir de leur zone de confort. «J’en ai eu qui capotaient et qui ont appelé leurs parents pour qu’ils viennent les chercher. Ce n’était pas leur rendre service. On était là pour leur former le caractère, leur montrer que dans la vie, il faut aller jusqu’au bout et ne pas lâcher au premier obstacle. C’est sûr que c’est toffe, mais abandonner à chaque fois, ça fait du monde mou.»

Rage de vivre et résilience

Ce défaut à lâcher prise prématurément, Luc Richer le constate moins chez les jeunes immigrants, beaucoup plus résilients. «Il y en a qui arrivent de loin. Ils ont séjourné dans des camps de réfugiés, ils sont poqués. Ils se sont forgés dans la pauvreté, mais ils ont une grande rage de vivre. Ils veulent apprendre et faire leur place au soleil. C’est très valorisant de travailler avec eux.»

Chose certaine, Luc Richer n’est pas de cette farine. «Je suis moi-même un battant. Tout le monde sait que je suis quelqu’un de persévérant. J’en ai vu d’autres. Ça en prend pas mal pour me mettre à terre.» À preuve, cette longue cicatrice sur son mollet, pénible souvenir d’un accident survenu au retour d’une randonnée en vélo, alors qu’il a voulu ouvrir une porte vitrée avec sa jambe. Le verre s’est brisé et celle-ci est restée coincée. En voulant s’extirper de sa fâcheuse position, un «morceau [de son mollet] a arraché». Après être passé sur la table d’opération, il en a été quitte pour un an de réhabilitation et de physiothérapie «Si j’avais été sédentaire et que j’étais resté assis chez nous, je marcherais aujourd’hui avec une canne.»

Dix heures d’efforts 

Pour souligner le cap de la mi-cinquantaine, Luc Richer a vu grand avec la mise sur pied du Défi 55, un Iron Man «revisité» qui l’amènera à courir 55 km, à pédaler sur une distance identique et à nager 5,5 km. Une dizaine d’heures devrait suffire à accomplir ce périple, dont le départ sera donné le samedi 13 juin, à 7h, à place d’Youville.

L’épreuve nautique se tiendra en deux temps, aux lacs Beauport et Delage. La veille, jour de son anniversaire, notre lapin hyperactif se sera farci, en guise d’échauffement, un petit 125 km à vélo...

Quelques jeunes se joindront à lui, en distanciation physique, bien entendu. La population est invitée également à bouger, en solo ou en famille, selon les capacités de chacun, avec un 5 km de course/marche, par exemple, ou de 5 à 55 km de vélo. Les participants sont invités à faire des dons sur le site motivactionjeunesse.com. Environ 4000 dollars ont été amassés jusqu’à maintenant.

Réflexion sur son avenir

Cinquante-cinq ans, c’est aussi un bon moment pour penser à la suite des choses au plan professionnel. Si le boulot qu’il a créé «à son image» reste primordial, il songe à revoir sa place dans l’organigramme de Motivaction Jeunesse.

«J’y réfléchis pas mal, mais je ne veux pas partir parce que c’est mon bébé. J’y trouve encore mon compte, mais la poutine de la gestion au quotidien, c’est usant. J’aimerais voir davantage à la vision de l’entreprise, faire les relations publiques et les communications, m’occuper du financement et des partenariats.»

Luc Richer accompagné de jeunes participants du défi Motivation jeunesse.

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COVID: UNE RENTRÉE QUI INQUIÈTE

L’impact de la pandémie sur les jeunes inquiète Luc Richer. Ses protégés les plus à risques ont disparu de son écran radar. Que font-ils, avec qui, et où? Y a-t-il quelqu’un pour s’occuper d’eux? Autant de questions qui turlupinent le patron d’Action Jeunesse.

«Assurément qu’il va y avoir des dommages collatéraux. On est inquiets pour certains», avoue celui dont l’organisme à but non lucratif a «écopé beaucoup avec la fermeture des écoles».

Action Jeunesse compte une dizaine de bureaux dans des établissements scolaires de la Basse-Ville de Québec, comme le Centre de formation Louis-Jolliet et l’école Boudreau, dans le secteur Vanier. Des écoles qui accueillent des élèves en difficultés et des immigrants. Plusieurs sont borderline et flirtent avec la délinquance. Le fil qui les rattache à l’école est mince.

Difficile contact

«D’habitude, on a un contact quotidien avec eux, mais là, c’est plus difficile de les rejoindre. On se demande s’ils passent leur temps à jouer aux jeux vidéos, s’ils consomment, s’ils niaisent à gauche et à droite. On a fait un boot camp virtuel pour garder le contact, mais ç’a moins d’impact. Nous, c’est de l’intervention de proximité qu’on fait.»

Luc Richer appréhende la rentrée de septembre qui devrait se dérouler avec des consignes sanitaires susceptibles de modifier sa façon de travailler et celle de sa douzaine d’employés. «Les besoins vont être extraordinaires. On va devoir faire beaucoup d’accompagnements au plan de la santé mentale. On ne sait pas comment ça va se passer. Vu qu’on travaille à l’extérieur, ça va être plus facile, mais les groupes risquent d’être plus petits. Va-t-on être capable de fuller un autobus comme avant? Pas sûr.

«Disons que ça va être un beau défi, faut le voir de même…», conclut-il, optimiste. Normand Provencher