Georges Dussault, propriétaire d'une boutique d'antiquités dans les Laurentides, affirme que les affaires ont été «très, très calmes».
Georges Dussault, propriétaire d'une boutique d'antiquités dans les Laurentides, affirme que les affaires ont été «très, très calmes».

Moins de clients dans les commerces, mais ils sont là pour acheter

MONTRÉAL — Plus de deux semaines après avoir été autorisés à rouvrir leurs portes, les commerçants du Québec — à l'extérieur du grand Montréal — constatent que le déconfinement ne rime pas nécessairement avec un retour immédiat vers «la normalité».

La plupart des détaillants québécois ont été autorisés à rouvrir le 4 mai, pourvu qu'ils aient pignon sur rue et puissent assurer la distanciation physique à l'intérieur du commerce. Les propriétaires de magasins interrogés par La Presse canadienne rapportent des ventes inférieures à la vie d'avant et une baisse de la clientèle. Mais ils soulignent aussi que les clients qui prennent la peine de se déplacer sont là pour acheter.

Georges Dussault, propriétaire d'une boutique d'antiquités dans les Laurentides, affirme que les affaires ont été «très, très calmes». M. Dussault, qui est dans ce secteur depuis 30 ans, admet que son commerce dépend fortement des touristes qui visitent cette région pittoresque au nord de Montréal.

Depuis sa réouverture la semaine dernière, Antiquités La Maison bleue, à Piedmont, n'a vu défiler qu'un à trois clients par jour — et la plupart achètent des articles plus petits tels que des poignées de porte ou des cadres de fenêtres pour des projets de rénovation. Mais c'est mieux que rien, dit-il : au moins, ils achètent quelque chose.

M. Dussault est bien conscient qu'en période d'incertitude, les gens essaient d'économiser plutôt que de faire une folie sur une belle pièce. L'antiquaire a déjà traversé des moments difficiles et il prévoit de survivre à celui-ci, bien qu'il doive peut-être prendre une deuxième hypothèque sur son immeuble, si les choses ne finissent pas par reprendre.

Les clients achètent !

À Sherbrooke, la boutique de vêtements de Kim Paré Gosselin s'en sort un peu mieux : les ventes de Belle et Rebelle atteignent environ 50 % des niveaux d'avant la pandémie, malgré seulement un quart des clients.

Comme le centre-ville de Sherbrooke est déserté des employés de bureau et de la circulation piétonne habituelle, «la plupart des gens viennent parce qu'ils ont besoin de quelque chose» et certains achètent plusieurs articles, explique Mme Paré Gosselin, dont la boutique propose des vêtements de créateurs québécois et canadiens.

Comme mesures de santé publique, elle limite le nombre de clients dans le magasin et leur demande de se laver les mains à l'entrée. Les vêtements essayés sont nettoyés à la vapeur et mis de côté pendant 24 heures avant d'être remis sur les rayons.

Même si les masques qu'elle a commandés pour elle-même et son personnel ne sont pas encore arrivés, elle assure que commis et clients font preuve de prudence et que «personne ne se sent en danger».

Mme Paré Gosselin s'attend à ce que l'été soit plutôt tranquille, en raison de l'annulation des festivals en Estrie, qui génèrent du trafic, et le report des mariages, qui font vendre des toilettes spéciales. Mais elle souligne quand même que les choses sont bien meilleures que pendant le grand confinement, alors qu'elle ne pouvait vendre qu'en ligne.

Pas beaucoup de lèche-vitrine

Stéphane Drouin, directeur général du Conseil québécois du commerce de détail, qui représente plus de 5000 détaillants, croit que l'expérience de Mme Paré Gosselin est assez représentative de l'industrie. Selon lui, la plupart des détaillants ne connaissent que 30 à 50 % de leur «trafic client» normal, mais les ventes par client sont généralement plus élevées parce que «tous ceux qui viennent sont là pour acheter», pas pour faire du lèche-vitrine.

M. Drouin estime que la plupart des entreprises réalisent entre 50 et 75 % de leurs ventes normales, même si certaines sont plus durement touchées par la crise. Les grandes chaînes semblent souffrir davantage, a-t-il dit, car plusieurs de leurs magasins se trouvent dans des centres commerciaux, qui n'ont pas été autorisés à rouvrir, car ils n'ont pas de porte sur la rue. Les magasins de vêtements éprouvent également plus de difficultés, et les restaurants et bars demeurent fermés.

La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, quant à elle, a estimé que la moitié des petites entreprises ne sont pas en mesure de payer le loyer de juin sans aide supplémentaire du gouvernement. La Fédération a demandé un allégement du loyer et un accès élargi aux programmes d'aide gouvernementaux.

D'autres tirent leur épingle du jeu

Mais toutes les entreprises ne souffrent pas de ces temps difficiles pour le commerce. M. Drouin rappelle que certains détaillants — comme les jardineries, les quincailleries et les commerces d'équipements de plein air et de chaussures de course — ont vu leurs ventes augmenter.

Les vélos, en particulier, connaissent une période de gloire durant la pandémie, explique Nicholas Mathieu, qui dirige Le Pied sportif, à Magog, en Estrie. Ses ventes sont «exponentielles», dit-il, tellement que les fournisseurs commencent à avoir du mal à répondre à la demande, en particulier pour les vélos électriques et les modèles plus abordables pour les enfants et les familles, qui recherchent des activités à faire près de chez eux.

«Tout le monde veut sortir, tout le monde veut bouger», explique M. Mathieu, qui soutient que certains gros vendeurs ont vu leurs chiffres doubler. Et il s'attend à ce que les chiffres s'améliorent encore maintenant que le gouvernement du Québec a autorisé l'ouverture des parcs provinciaux : il anticipe déjà une forte augmentation de la demande pour les vélos de montagne.