Le médecin conseil et chef de l’équipe des infections nosocomiales à l’institut national de la Santé publique du Québec, le Dr Jasmin Villeneuve. 
Le médecin conseil et chef de l’équipe des infections nosocomiales à l’institut national de la Santé publique du Québec, le Dr Jasmin Villeneuve. 

Masques de protection: aucune raison de modifier l’approche

L’institut national de la Santé publique du Québec (INSPQ) n’a pas de raison de modifier les directives sur l’utilisation des masques de protection destinés au personnel soignant dans les CHSLD, malgré des situations comme celles vécue au CHSLD de la Colline, où le personnel s’infecte plus rapidement que les résidents et n’a pas non plus entre les mains les données pour comparer la performance entre les masques N95 et le masque de procédure.

Le docteur Jasmin Villeneuve, médecin conseil et chef de l’équipe des infections nosocomiales à l’INSPQ, indique d’entrée de jeu qu’il ne fait pas partie de l’équipe de surveillance et qu’il n’a pas sous la main de données relatives à la performance des deux masques qui soulèvent des débats depuis le début de la pandémie au Québec. Encore hier, la FIQ du Saguenay-Lac-Saint-Jean demandait au CIUSSS de fournir au personnel du CHSLD de la Colline des masques N95 en remplacement du masque de procédure en raison de l’ampleur de la contamination du personnel.

«Nous avons eu au Québec des endroits où il y a eu des éclosions et elles ont été contrôlées. Mais nous avons aussi d’autres endroits, comme à Sainte-Dorothée, de la Colline, où le virus est entré et, comme on dit, ça flambe. Il y a une raison pour que ça se passe de la sorte, mais on ne connaît pas cette raison», explique le médecin, qui est prudent quand il cite la situation du CHSLD de la Colline, puisqu’il n’est pas allé sur place et n’a pas toute l’information pertinente.

La chef du programme de Soutien à l’autonomie des personnes âgées, Chantale Boivin, avait en point de presse évoqué l’architecture de l’immeuble qui n’était pas nécessairement propice à la gestion d’une telle éclosion. Le médecin se s’est pas avancé, mais croit qu’au terme de la pandémie, il devra y avoir une réflexion sur toute la question des infections nosocomiales dans ces milieux de vie.

L’état de la science démontre que le coronavirus se propage d’une personne à une autre par les gouttelettes émises par la personne A qui parviennent à atteindre les muqueuses de la personne B. Le masque de procédure répond donc à cette particularité puisqu’il s’agit d’un masque de barrière qui va empêcher la gouttelette provenant de la personne infectée d’entrer en contact avec celle qui porte l’équipement, en plus des lunettes ou de la visière pour les yeux. Il va aussi bloquer les gouttelettes de celle qui le porte.

Le masque N95 qui, selon le médecin, est une norme industrielle, est un masque respiratoire. Il a été conçu pour éviter que les personnes qui travaillent avec des produits chimiques aspirent ces produits qui pourraient s’accumuler dans l’organisme et causer des dommages à long terme. Pour le virus, il n’y a pas d’accumulation, la gouttelette atteint la muqueuse ou non.

Le masque N95, selon la directive de l’INRSQ, a donc été recommandé pour le personnel qui doit travailler de très près avec les patients dans des interventions médicales plus lourdes comme l’intubation.

Le masque n’est qu’un élément de tout ce qu’il est nécessaire d’utiliser et de mettre en place pour la protection du personnel. Le médecin souligne que des directives sont émises sur la façon de porter le masque et les différentes zones à délimiter quand une éclosion est confirmée dans un milieu.

L’autre grande inconnue dans toute cette équation de transmission est le rôle joué par les personnes asymptomatiques. Selon le médecin, il faudra en apprendre beaucoup plus concernant les personnes infectées qui ne développent aucun symptôme et leur capacité ou non à infecter d’autres personnes.

Consignes tardives

La FSSS-CSN, qui représente les préposés aux bénéficiaires dans la région, émet des réserves sur les masques, mais ne croit pas que la situation du CHSLD de la Colline soit attribuable uniquement à cette problématique.

Selon Gaston Langevin, le flottement qui a prévalu dans les premiers jours de l’éclosion explique à son avis le résultat d’aujourd’hui. «C’est simple, comme partout au Québec, le milieu des CHSLD n’était pas prêt à faire face à la pandémie. Il a fallu un certain temps pour avoir des consignes claires. Nous sommes inquiets de la situation», explique le leader syndical.

«Tous les jours, reprend Gaston Langevin, nous rappelons à l’employeur qu’il ne faudrait pas une autre éclosion dans un CHLSLD avec ce scénario.»

Les syndicats ont été témoins des difficultés à trouver le personnel suffisant pour venir en aide aux équipes de La Colline. Ils nourrissent des doutes sur la capacité d’affronter une autre éclosion majeure.