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Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus

L’OMS accuse des pays riches de saper le système de distribution de vaccins aux pays pauvres

Christophe Vogt
Agence France-Presse
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GENÈVE — Le patron de l’OMS a accusé lundi certains pays riches de «saper» le dispositif de distribution de vaccins anti-COVID, Covax, destiné notamment au pays défavorisés, en persistant à approcher directement les fabricants pour avoir accès à davantage de doses.

«Certains pays riches sont actuellement en train d’approcher les fabricants pour s’assurer l’accès à des doses de vaccins supplémentaires, ce qui a un effet sur les contrats avec Covax,» a déclaré le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus lors d’une conférence de presse commune par visioconférence avec le président allemand, Frank-Walter Steinmeier.

«Le nombre de doses allouées à Covax a été réduit à cause de cela,» a-t-il ajouté.

Le système Covax a été mis en place pour tenter d’éviter que les pays riches n’accaparent l’ensemble des doses de vaccin qui sont encore fabriquées en quantités trop réduites pour répondre à la demande mondiale. Covax comprend notamment un mécanisme de financement qui doit permettre à 92 économies à faible et moyen revenu d’avoir accès aux vaccins.

Mais la pénurie de vaccins fait que les premières distributions aux pays démunis ne devraient pas avoir lieu avant la fin du mois quand dans beaucoup de pays riches les campagnes de vaccination ont commencé fin 2020.

Augmenter la production

Répondant à une question sur les engagements conséquents pris par les États-Unis, l’Union européenne et l’Allemagne d’augmenter sensiblement leur contribution à Covax, le directeur général a laissé paraître sa frustration.

«Avoir l’argent ne veut rien dire, si vous ne pouvez pas l’utiliser pour acheter des vaccins», a-t-il dit.


« Nous pouvons seulement livrer des vaccins aux pays membres de Covax si les pays riches coopèrent en respectant les contrats passés par Covax. »
Tedros Adhanom Ghebreyesus

Tedros Adhanom Ghebreyesus a demandé à ces pays, qu’il n’a pas cités, de s’assurer que leur comportement ne sape pas le système de distribution chapeauté entre autres par l’OMS et l’alliance pour les vaccins (Gavi).

Et de lâcher : «Mais je ne pense pas qu’ils se posent la question».

Frank-Walter Steinmeier a lui aussi plaidé pour que les vaccins soient plus largement distribués, pour des raisons morales, mais aussi parce que c’est dans l’intérêt bien compris de tous d’éradiquer le virus rapidement, pour éviter que des variants, parfois plus dangereux, ne continuent d’éclore un peu partout.

Mais, a-t-il reconnu, «les gouvernements ont d’abord et avant tout une obligation envers leur population».

La Commission européenne collabore avec les laboratoires pharmaceutiques pour accroître leurs productions de vaccins.

À la tête d’un groupe de travail de la Commission européenne sur la production de vaccins contre le coronavirus, le commissaire européen Thierry Breton s’est dit confiant, lors d’une visite de l’usine de Pfizer-BioNTech à Puurs en Belgique, que l’Europe allait devenir d’ici la fin de l’année «le premier continent industriel en termes de fabrications de vaccins». «Avec j’espère une capacité de deux ou trois milliards de doses par an», a-t-il ajouté.

«C’est plus qu’il en faut pour nous autres, Européens. Nous sommes  450 millions».

Il a toutefois promis que le reste de la planète ne serait pas oublié : «C’est très important de pouvoir commencer très vite de pouvoir donner ces doses à tous ceux qui en ont besoin, et en particulier nos amis africains».

Le Dr Tedros a pour sa part apporté son soutien à l’idée de suspendre la propriété intellectuelle sur les vaccins anti-COVID pour pouvoir rapidement augmenter leur production. Une proposition dans ce sens est discutée depuis l’année dernière à l’Organisation mondiale du commerce, mais elle est fermement contestée par l’industrie pharmaceutique et un certain nombre de grands pays où celle-ci est basée.

Il a aussi appelé les fabricants qui ne produisent pas leur propre vaccin anti-COVID à mettre leurs capacités de production à disposition de leurs concurrents, à l’instar d’une initiative prise par le Français Sanofi.

«Des licences non exclusives seraient un moyen supplémentaire» de produire plus vite, a-t-il expliqué, reconnaissant que tant qu’il y aurait pénurie les gens resteraient sourds à l’appel à partager les vaccins avec l’ensemble de la communauté internationale.