La perspective d’une escapade outre-mer à l’automne ne semble pas enchanter beaucoup de voyageurs, au vu de la situation sanitaire dans certains pays européens.
La perspective d’une escapade outre-mer à l’automne ne semble pas enchanter beaucoup de voyageurs, au vu de la situation sanitaire dans certains pays européens.

L’industrie du voyage dans le brouillard

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
Aux aguets du moindre avis émis par les gouvernements de la planète, près d’un téléphone qui ne sonne plus depuis deux mois, les propriétaires d’agences de voyages et les opérateurs de tours vivent une période anxiogène. Face à la désertion des clients, craintifs à l’idée de s’évader sous des cieux plus ou moins sécuritaires, une gestion à court terme s’impose. Avec, comme seule quasi-certitude en cette année pas comme les autres, un été touristique qui se vivra au Québec.

Comme la plupart des joueurs de l’industrie, le président de Groupe Voyages Québec, Laurent Plourde, navigue dans le brouillard, au gré des ajustements quotidiens post-confinement. L’ouverture de la frontière américaine n’étant pas pour demain, les traditionnels séjours sur les plages de la Nouvelle-Angleterre risquent d’écoper.

L’annonce cette semaine de la fermeture pour l’été des frontières interprovinciales du Nouveau-Brunswick avec le Québec cause aussi des maux de tête. «Le voyageur québécois qui voulait aller aux Îles-de-la-Madeleine doit passer par le Nouveau-Brunswick. Prendre l’avion coûtera plus cher», explique M. Plourde.

«Les clients sont frileux, affirme Laurent Grand’Maison, directeur de Voyages Paradis, de Place de la Cité. Ils ne savent pas comment ça va se passer en matière de distanciation, dans les autobus, les restaurants, les hôtels. C’est assez compliqué d’y voir clair. On est à l’affût de ce qui se passe en matière de déconfinement un peu partout. On voit au jour le jour.»

Le Québec risque d'être une destination prisée par les voyageurs pour la période estivale.

«Ça recommence tranquillement pas vite, mentionne Lina Audet, présidente et fondatrice de Voyages Globe-Trotter, sur l’avenue Cartier. Air Canada pense faire voler une partie de sa flotte vers la fin de juin, c’est déjà ça.» 

Peu de temps avant de s’entretenir avec Le Soleil, Mme Audet venait d’ailleurs d’avoir une conversation avec un fournisseur en vue d’un plan de relance. Des forfaits pour le Sud et dans l’Ouest canadien commencent à poindre à l’horizon, dit-elle, un tantinet soulagée. 

Vendre le Québec

Si la perspective d’une escapade outre-mer à l’automne ne semble pas enchanter beaucoup de voyageurs, au vu de la situation sanitaire dans certains pays européens, tout indique que le Québec sera pris d’assaut comme jamais dans les prochains moins par les gens d’ici.

«Le Québec, c’est grand, c’est majestueux, il y a des paysages différents d’un endroit à un autre. Ce n’est pas un prix de consolation», note Laurent Plourde. Son agence travaille à mettre sur pied des forfaits dans l’Est-du-Québec, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, en Abitibi. «En plus, voyager au Québec, c’est encourager l’économie locale, c’est bon pour la balance commerciale.»

«Le secteur touristique mondial est en train d’établir des règles sanitaires avant d’ouvrir [ses frontières], poursuit-il. Tous les pays travaillent ensemble pour avoir des normes qui vont assurer la sécurité des voyageurs.»

Mais justement, le désir d’évasion à tout prix sera-t-il plus fort que la crainte de la COVID-19? «Ça va être le gros enjeu. Le voyageur ne partira pas s’il n’a pas la garantie de vivre une expérience plaisante. Sinon, il va attendre, avance Laurent Plourde. Mais il reste encore un bassin de voyageurs. Les gens sont habitués de partir, c’est quelque chose d’accessible et qui reste important pour plusieurs.»


« Le Québec, c’est grand, c’est majestueux, il y a des paysages différents d’un endroit à un autre. Ce n’est pas un prix de consolation. »
Laurent Plourde, président de Groupe Voyages Québec

«Je ne suis pas encore sûr que mes clients soient prêts à voyager, croit Laurent Grand’Maison, dont l’agence est à élaborer des escapades au Québec, mais aussi à Niagara Falls, en Ontario. Avec tout ce qu’on entend, ce n’est pas évident, vraiment pas.»

En mutation

Partir est une chose, crécher à un endroit en sera une autre. Le secteur hôtelier est lui aussi en train de revoir ses règles. Établissements plus petits, disparition des buffets, moins de mobilier autour des piscines, manipulation de bagages revue, autant d’éléments auxquels devront s’habituer les voyageurs. «L’industrie hôtelière est elle aussi en train de se transformer», explique M. Plourde.

Les règlements que mettront en place les compagnies aériennes — prise de température avant l’embarquement, distanciation dans l’appareil, port du masque, désinfection régulière de l’habitacle — seront également susceptibles de redonner confiance aux voyageurs, croit Lina Audet. «On peut pas rester confinés pendant de mois et des mois. Ces mesures de sécurité vont rester en place tant qu’un vaccin ne sera pas disponible.»