S’ils sont utilisés avec légitimité et dans les balises éthiques, les outils de géolocalisation des téléphones intelligents peuvent grandement aider les gouvernements bien saisir l’état de la situation et à mettre en place des mesures efficaces pour freiner la pandémie, plaide le spécialiste cybersécurité, Steve Waterhouse.

Les outils technologiques au service de la lutte à la COVID-19

Le premier ministre Justin Trudeau n’a pas fermé la porte à l’utilisation des données de géolocalisation des téléphones intelligents pour freiner la propagation du virus au pays comme cela a été fait ailleurs dans le monde.

Cette idée de faire un recensement de la localisation des gens pour freiner la pandémie est d’abord venue de la Chine et de la Corée du Sud, indique le spécialiste en cybersécurité, Steve Waterhouse.

L’intérêt d’une telle démarche est d’accélérer la «recherche de contacts» (Contact-Tracing), que l’Organisation mondiale de la santé décrit en trois étapes: établir une liste des personnes qui sont entrées en contact avec un personne infectée, les retrouver pour les informer des mesures à prendre ainsi que des tests à réaliser et faire le suivi de l’apparition de symptômes.

«En Chine, comme ils documentent tout le monde à chaque instant, ils ont été capables de contacter les gens via les médias sociaux pour leur dire de se rapporter pour des tests de dépistage, puisqu’ils avaient été en contact avec une personne infectée, explique Steve Waterhouse. D’un point de vue gestion, c’est d’une efficacité incroyable, mais ça soulève plusieurs questions éthiques.»

L’Iran, par exemple, a lancé une application sur Google Play Store, qui a ensuite été retirée par Google puisqu’elle ne servait pas qu’à aider à freiner la pandémie, mais aussi à récolter des données sur sa population, poursuit-il.

Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a mis sur pied le Private Kit: Safe Path, un guide sur la bonne méthode à employer pour suivre la progression du virus à partir de données, mais en les rendant anonymes afin d’éviter les dérapages éthiques et qu’il n’y ait pas de conséquences sur la protection de la vie privée des individus.

La surveillance de la part d’une instance indépendante est essentielle pour assurer le respect de la vie privée des citoyens, affirme Steve Waterhouse. Il doit y «avoir une capacité de vérification par le Commissaire de l’accès à l’information du Québec ou du celui de la Vie privée du Canada. Ils doivent pouvoir vérifier le traitement qui est fait des données et être en mesure de prouver que les données n’ont pas été compromises. L’abus est présent en l’absence de ligne directrice», poursuit-il.

Autour du globe

D’autres pays ont déjà commencé à utiliser les technologies pour freiner la propagation du virus. Les États-Unis ont notamment appelé les géants du web à accéder à leurs données, en les rendant anonymes, afin de dresser le portrait de la situation.

Singapour a développé une application nommée TraceTogether, qui permet d’informer les citoyens s’ils ont été à proximité d’un cas confirmé de coronavirus, à travers la technologie Bluetooth.

L’application japonaise comprend même un volet pour la consultation médicale en ligne.

La Chine a aussi implanté un système de code QR qui indiquait le niveau de santé des citoyens selon une échelle de couleur, attribuée en fonction des symptômes et des derniers déplacements de la personne. Les citoyens devaient ensuite présenter leur code QR pour circuler dans certains endroits publics, comme au restaurant ou au supermarché.

L’application de Taïwan permet quant à elle aux fournisseurs d’équipements médicaux d’envoyer leur inventaire de masques, de gants et de respirateurs dans une base de données pour faciliter les opérations.

Dans les balises éthiques

S’ils sont utilisés avec légitimité et dans les balises éthiques, ces outils technologiques peuvent grandement aider les gouvernements à bien saisir l’état de la situation et à mettre en place des mesures efficaces pour freiner la pandémie, plaide le spécialiste en cybersécurité.

« Il faut que tu t’assures de la légalité de ton acte pour être capable d’anticiper les conséquences, c’est beaucoup mieux de documenter les choses pour que ça soit fait de la bonne façon et que la population garde confiance en ses institutions», conclut Steve Waterhouse, qui évalue que la majorité des applications déployées dans le monde l’ont été de cette manière pour éviter de devoir subir des procès publics, comme Facebook a eu à le faire dans le passé.