Les organismes communautaires se réinventent en temps de crise

Si de nombreux travailleurs sont actuellement en congé forcé, leur générosité, elle, ne semble pas faire relâche. Tellement, qu’elle est devenue un enjeu pour certains services d’entraide.

Dans les services d’entraide de certaines municipalités, des bénévoles ont dû se retirer. Soit en raison de leur âge, soit parce que la taille des locaux de leur permettaient pas de s’y retrouver plusieurs à la fois. Résultat, à certains endroits, les vêtements et les dons s’accumulent près des points de chute. La Ville de Lévis a d’ailleurs rencontré la problématique sur son territoire. Elle a depuis fait appel au Groupe Levasse, une entreprise spécialisée en transport de marchandises basée à St-Romuald, pour l’aider à désencombrer les boîtes de récupération de vêtements et d’articles usagés. 

«Bien entendu, les gens sont en plein ménage de printemps et les dons s’accumulaient près des conteneurs. La Ville de Lévis a pensé à nous pour aider les services d’entraide à entreposer ce qu’ils reçoivent et ça tombe bien, parce qu’on cherchait un moyen pour faire notre part dans la communauté», raconte Julien Prost, directeur général du Groupe Levasse. L’entreprise qui détient une cinquantaine de remorques et une trentaine de camions a donc accepté de prêter «pour une durée indéterminée» une remorque de 53 pieds au Service d’entraide de Saint-Jean-Chrysostome et une autre à celui de Bernières-Saint-Nicolas.

Le Groupe Levasse a accepté de prêter une remorque de 53 pieds au Service d’entraide de Saint-Jean-Chrysostome (photo) et une autre à celui de Bernières-Saint-Nicolas.

«Depuis le début de la crise, on a connu une baisse d’environ 60% de l’exploitation de nos véhicules. C’était tout naturel pour nous de les offrir gratuitement et on sera heureux de le faire pour d’autres s’ils lèvent la main», renchérit M. Prost. 

«Gardez vos dons»

Cette initiative conjointe de la Ville de Lévis et du Groupe Levasse n’a pas manqué de réjouir le personnel de ces services d’aide, qui continuent de répondre aux besoins de la population vulnérable. Sylvie Leblanc, directrice de l’organisme de Saint-Jean-Chrysostome, considère que la remorque était «nécessaire» dans le contexte actuel. «À partir du mois de mars, les gens donnent et nos conteneurs sont toujours pleins aux trois quarts, observe-t-elle. Le problème, c’est qu’à l’habitude j’ai 15 bénévoles par jour pour trier les vêtements, mais en ce moment le tri est sur pause pour éviter la contamination». 

«Les gens continuent de donner, mais ça fait en sorte que les dons s’accumulent», ajoute Mme Leblanc, qui réitère que la Ville de Lévis demande à la population d’«éviter le débordement des boîtes et la perte de dons». 

En effet, comme l’explique Francine Dufort, coordonnatrice de l’organisme qui dessert le Grand St-Nicolas, les biens qui sont demeurés à l’extérieur des bacs et qui ont subi les intempéries sont jetés. Le Service d’entraide de Bernières-Saint-Nicolas s’est d’ailleurs retrouvé enseveli sous les dons matériels depuis que la Ressourcerie de Lévis, qui récupère habituellement le surplus de vêtements, a suspendu ses activités temporairement.


« Les gens ne comprennent pas qu’ils doivent garder leurs dons pour plus tard, on va en avoir encore besoin après la crise »
Francine Dufort, coordonnatrice du Service d'entraide Bernières-St-Nicolas

«On ne voulait pas les mettre aux vidanges, mais ça nous prenait un espace pour vider nos locaux», mentionne la dame de 71 ans qui continue de s’impliquer dans sa communauté. Elle le fait depuis 1996, mais «à distance» depuis quelque temps. 

Mme Dufort a elle-même placé un mémo sur les quatre points de chute à la disposition de la population sur son territoire qui s’étend sur 22km. Elle attend donc avec impatience l’arrivée de la remorque fournie par le Groupe Levasse, qui devrait être installée en début de semaine. «Ça va libérer de l’espace et nous permettre de recommencer à donner l’aide alimentaire qu’on a arrêté il y a 15 jours», se réjouit-elle. En attendant, elle faisait parvenir par la poste des cartes-cadeaux pour permettre aux gens de se procurer eux-mêmes leurs denrées à l’épicerie.

«De nouvelles familles bénéficieront de ce service [aide alimentaire] déjà essentiel pour beaucoup de monde». Aux deux semaines, elle affirme préparer en moyenne une cinquantaine d’épiceries pour des familles ou des personnes seules de son territoire.

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L’HEURE EST À L’ADAPTATION

L’appel aux bénévoles pour prêter main-forte dans le milieu communautaire de la région s’est fait entendre. Seulement sur la plateforme Jebénévole.ca, créée le 26 mars dernier, 3535 personnes de la Capitale-Nationale et 913 de Chaudière-Appalaches se sont inscrites pour faire du bénévolat. Dans la province, ce nombre grimpe à 26 000. Toutefois, la pénurie de bénévoles n’était pas le seul enjeu rencontré par les organismes communautaires et les centres d’action bénévole (FCABQ). Ils sont pourtant toujours à pied d’oeuvre pour remplir leur mission. 

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Michel-Alexandre Cauchon, directeur général de la Fédération des centres d’action bénévole du Québec, avoue que la situation de crise n’est pas de tout repos. «Il a fallu conjuguer avec les règles de distanciation sociale pour conserver les services essentiels», explique M. Cauchon. 

«La crise a confirmé les besoins des gens vulnérables et isolés pour les services», précise-t-il. Ainsi, l’accompagnement en transport, l’aide alimentaire et le télébénévolat, consistant à téléphoner aux personnes isolées, sont les principaux services «essentiels» qui ont été maintenus.


« Les gens vulnérables et isolés ils existaient avant la crise et ils existeront après. Et nous on sera toujours là »
Michel-Alexandre Cauchon, directeur général de la Fédération des centres d’action bénévole du Québec

Du côté de Centraide Québec et Chaudière-Appalaches, on ne cache pas que la COVID-19 a engendré des dépenses significatives pour correspondre aux règles du gouvernement. Dans les banques alimentaires, il a notamment fallu embaucher des livreurs pour distribuer les plats et se procurer du matériel pour l’emballage individuel. Un fonds d’urgence a d’ailleurs été mis sur pied, pour venir en aide aux organismes, pointe Marie-Danièle Dussault, relationniste pour Centraide.

«On le sent que les gens vont commencer à avoir encore plus de besoins. On est en confinement depuis quelques semaines déjà alors les organismes voient venir la vague», illustre-t-elle, faisant entre autres allusion à une potentielle explosion des demandes en santé mentale. 

«On est tous à la recherche de solutions, alors autant c’est une situation difficile, mais c’est aussi magnifique de voir de la débrouillardise sur le terrain», termine Michel-Alexandre Cauchon de la FCABQ.